I. Introduction à la vie dévote, III* partie, chap. ni
a. « Nous disons souvent que nous ne sommes rien, que nous sommes la misère mesme et l'ordure du monde ; mais nous serions bien marris qu'on nous prist au mot et qu'on nous publiast tels que nous disons. Au contraire nous faisons semblant de fuir et de nous cacher afin qu'on nous coure après et qu'on nous cherche ; nous faisons contenance de vouloir estre les derniers et assis au bas bout de la table, mais c'est afin de passer plus avantageusement au haut bout. La vraye humilité ne fait pas
loppe en nous le sentiment de notre misère ; nous rappelant ce que nous avons été quand nous avons voulu marcher seuls et sans nous appuyer sur la grâce de Dieu, nous représentant ce que nous serions si nous étions livrés à notre propre faiblesse, elle ne nous permet pas de nous élever au-dessus de qui que ce soit d'entre nos frères, ni de nous attribuer le mérite du bien qui peut être en nous. Il ne s'agit donc pas pour l'âme chrétienne de ne pas voir ce bien ou de le nier, car l'humilité n'est pas la pratique du mensonge ; il s'agit de pratiquer la justice en le rapportant à sa source et en en rendant la gloire à qui elle appartient, a Plusieurs ne veulent ni n'osent penser et considérer les grâces que Dieu leur a faites en particulier, de peur de prendre de la vaine gloire et complaysance, en quoy certes ils se trompent. Car au contraire, rien ne nous peut tant humilier devant la miséricorde de Dieu que la multitude de ses bienfaitz, et rien tant humilier devant sa justice que la multitude de nos mesfaitz. Considérons ce qu'il a fait pour nous et ce que nous avons fait contre luy*. » Comment l'humilité se concilie avec le juste soin que l'honnête homme doit avoir de sa bonne renommée; comment, jointe à la charité, elle nous guérit de la maladie des jugements téméraires ; comment elle nous rend doux envers le prochain et doux aussi envers nous-mêmes 1 ; comment au milieu du monde et dans la
semblant de l'estre et ne dit guères de paroles d'humilité. » (III* partie, chap. x).
i. Introduction à la vie dévote, IIP partie, chap. v.
a. « Kelevez-Yous de yos chûtes avec une grande suavité de coeur, tous humiliant beaucoup devant Dieu par l'aveu de rostre
possession de ses biens, l'âme chrétienne peut et doit pratiquer le détachement et la pauvreté d'esprit; comment et dans quelle mesure elle y doit joindre une pauvreté effective par la pratique de l'aumône, par les sacrifices qu'elle fera, pour les pauvres, de ses jouissances, de son temps, de ses répugnances ; comment la loyauté et la justice doivent, en y ajoutant l'onction de la charité, présider à toutes les relations de notre vie sociale ; comment l'exercice de la présence de Dieu et le regard habituellement tourné vers lui doivent être notre soutien et notre sauvegarde ; comment nous devons faire, par des inventaires périodiques, le compte de nos profits et de nos pertes dans l'ordre spirituel et moral, afin que notre vie soit un progrès et non une routine ; tout cela, et bien d'autres chapitres encore de cette admirable hygiène spirituelle, ne peut qu'à peine être indiqué ici, et doit être tout entier lu, médité, goûté dans le texte même de Y Introduction à la vie dévote, véritable introduction qui ne conduit pas seulement au seuil et ne le fait pas seulement franchir, mais fait pénétrer l'âme dans l'intérieur, dans le sanctuaire intime et sacré que nulle sagesse humaine n'a connu. Elle ne se contente pas de dire ce qu'il faut faire, elle donne le secret de le faire, elle échauffe, elle encourage, elle élève. Elle ne néglige aucun détail
misère, mais sans vous étonner de rostre faute; car quel sujet y a-t-il de s'étonner que l'infirmité soit infirme et la misère misérable? Détestés néanmoins de toutes tos forces l'injure que tous avez faite à sa divine Majesté, et avec une grande et courageuse confiance en sa miséricorde rentrés dans les vojes de la vertu que vous aviez quittées. »
comme indigne d'attention, et en même temps elle fait la guerre la plus vive, la plus victorieuse, la plus brillante si je l'osais dire, à tout ce qui est minutie, étroitesse et scrupule d'esprit. Si rien n'est plus fin et plus délicat, rien aussi n'est plus large, plus haut et plus vaillant. Si rien n'est plus doux, rien aussi n'est plus fort. L'homme qui se mettrait sérieusement à l'école de ce petit livre non pas pour en goûter le charme avec un dilettantisme de psychologue ou de lettré, mais pour en être le disciple en esprit et en vérité, cet hommelà deviendrait un saint dans le monde, un saint aimable et qui gagnerait des âmes en faisant aimer la sainteté. Et ce saint, dans la situation quelconque où Dieu l'aurait mis, offrirait un modèle accompli des vertus professionnelles, depuis celle du plus humble artisan jusqu'à celle de l'homme d'État et de l'homme de guerre. Et la physionomie de ce saint irait s'embellissant de jour en jour par un progrès continu. Et si le moment venait des grands dévouements et des grands actes d'héroïsme, ces occasions sublimes le trouveraient porté d'avance à leur niveau par le souffle divin de l'amour.