‹ Saint François de Sales, modèle et guide du prêtre et du pasteurChapitre 1 sur 82 · RUE DES GRANDS— AUGUSTINS · texte numérisé non relu

RUE DES GRANDS— AUGUSTINS

AVANT-PROPOS

Ce n’est pas ici un livre dont le fond nous appartienne : c’est un simple recueil de pensées et d’exemples, empruntés à un Saint, éminemment digne d’être proposé pour guide et pour modèle à lous les ecclésiastiques.

La vie de saint François de Sales n'est plus à écrire, depuis qu’une plume élégante et facile en a tracé un si complet et si gracieux tableau. Loin de nous la prétention d’y signaler des lacunes ou d’y ajouter aucun trait. Mais précisément parce qu’elle est complète et qu’elle s’adresse à toutes sortes de lecteurs,* celte histoire nous a laissé le désir d’un autre travail plus restreint et plus détaillé tout à la fois. Il nous a semblé que ce serait une chose aussi intéressante qu’utile pour un grand nombre d'ecclésiastiques de pouvoir considérer le Saint à leur point de vue particulier, par rapport à leur vocation ; et c’est ce qui nous a porté à recueillir et à mettre en relief, dans un cadre spécial, tout ce que la vie ou les écrits de ce grand évêque renferment de plus précieux pour l'édification et la conduite des prêtres et des pasteurs.

11 n’est pas de maître qu’on écoute plus volontiers que

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saint François de Sales, parce qu’il n’en est pas qui inspire plus de sympathie et qui s’arroge moins d’empire. Nous ne pensons pas non plus qu’on puisse offrir au clergé de modèle plus sûr. Son expérience des hommes et ses succès dans le saint ministère suffiraient pour donner toute confiance. Lié par sa naissance et par sa position aux classes les plus élevées de la société, il a connu le inonde, ses usages, ses préventions, ses susceptibilités, et à force de prudence et de charitable discrétion, il a su faire agréer ou du moins respecter partout la plus austère vertu. Dévoué au service des pauvres par inclination comme par devoir, il a vu de près tous leurs besoins, tous leurs penchants, toutes leurs faiblesses, et il s’en est fait aimer par une bonté condescendante, sans rien perdre d’une dignité qui relevait son caractère. Enfin, membre du clergé séculier, simple prêtre d’abord, puis missionnaire, prédicateur, directeur, évêque, fondateur et réformateur d’institutions religieuses, il a été placé par la Providence dans les conditions les plus favorables pour recueillir d’utiles observations et laisser de sages avis sur les difficultés aussi embarrassantes que diverses de l’état ecclésiastique. Tout s’accorde donc pour dontfer à ses exemples comme à ses écrits une imposante autorité.

« J’avoue, » écrivait un illustre prélat quelques années après la mort du Saint S « que s’il y a en moi quelque mérite « ou quelque vertu, c’est aux instructions et aux exemples

1 C’est le cardinal Chigi, depuis pape sous le nom d’Alexandre VIT. 11 avait vu le Saint lui-même, et l’avait consulté sur son entrée dans 1 état ecclésiastique. Il eut la consolation de le canoniser solennellement en 1605.

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vu

« de ce grand évêque que j’en suis redevable. J’ai. lu et a relu ses ouvrages, et afin de m’en mieux pénétrer, j’ai « fait pour mon usage un extrait de ses sentiments et de sa « doctrine, que je médite sans cesse... Croyez-moi,» ajoutait-il en s’adressant à un jeune ecclésiastique, son parent, « prenez-le vous-même pour guide et pour mort dèle. Que ses avis deviennentla règle de votre conduite. « Qu J il soit pour vous ce personnage vénérable, en pré- « sence duquel un ancien 1 recommande de se tenir sans h cesse et d’agir en toute circonstance; et soyez convaincu « que si vous entrez dans cette voie, nous n’aurons jamais « à nous repentir, ni vous du parti que vous aurez pris, * ni moi du conseil que je vous donne. »

On voit assez par là quel a été notre but. Quant au plan et à l’ exécution, nous ne pouvons méconnaître les défauts de notre travail. Si Ton reproche à nos citations de la monotonie et de la disparité tout à la fois, nous n’en disconviendrons pas. Nous répéterons seulement à notre décharge, ce que disait saint François de Sales dans une occasion semblable, qu’il n’est pas de besogne parfaite icibas *, qu’en cette matière comme en toute autre le mieux est souvent opposé au bien, et que nous ne nous sommes résigné à certains inconvénients que pour en éviter d’autres qui nous ont paru plus grands.

Un des avantages que nous avons trouvés dans. notre méthode, et qui nous ont le plus souri, ç’a été de nous effacer presque entièrement. En fait de vertus et de perfection sacerdotale surtout, il nous convient mieux

1 Sénèq. — * Lett. cccxx, sur son Traité de l'Amour de Dieu.

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d’apprendre que d’enseigner, et nous préférons le rôle de disciple à celui de docteur. Aussi avons^nous laissé presque toujours la parole au saint évêque et à ses historiens, et autant que nous avons pu, nous nous sommes borné à reproduire, sans les altérer, les sentiments de l’un et les récits des autres.

C’est sur ce mérite, si facile qu’il soit, que nous comptons pour donner du prix à ce livre et pour le rendre utile. Il y a dans les paroles comme dans les actions des saints une vertu surnaturelle qui les distingue et qui les féconde : nous espérons que les âmes simples et droites en ressentiront l’influence en parcourant ces pages. Si nous pouvions nous fier à nos impressions, nous ajouterions qu’on ne les lira pas sans y trouver aussi quelque charme. Jusque dans ses moindres traits, on reconnaît saint Fwmçois de Sales; et on ne peut le reconnaître sans l’aimer. Tout ce qui lui appartient, tout ce qui vient de lui, porte l’empreinte de son caractère, de sa noble simplicité, du calme de son esprit, de la charité inaltérable de son coeur; et soit qu’on le voie ou qu’on l’entende, on ressent comme une .délicieuse communication de sa belle âme, et l’on goûte, selon la parole de Fénelon, ce qu’on peut imaginer de plus suave et de plus salutaire : la bénignité , la douceur et la modestie de Jésus-Christ 1 .

* Lett. vu, sur l’autorité de l’Église.

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