‹ Saint François de XavierChapitre 62 sur 84 · DOMINICAINS A GOA · texte numérisé non relu

DOMINICAINS A GOA

^ans rinde, et qui, grâces à Dieu et à V. A., avait de si leaux commencements, tant de milliers de chrétiens y étant déjà convertis, et ses progrès incessants autorisant à espérer, pour un avenir prochain, la conversion de l'île entière. Mais, à cause de nos péchés, cet espoir ne se réalise pas ; tout se défait et se dissout; non point certes par la faute de V. A., mais de ceux qui sont ici : n'y étant venus que pour amasser de l'argent, ils donneraient tout Ceylan et leurs âmes au Diable pour un teston.

Ces chrétiens, encore tendres en la Foi, se voyant persécutés, et par leur propre roi, et par le Capitaine, et par ses employés, sans que le Gouverneur y pourvoie et leur vienne en aide, que peuvent-ils faire, sinon laisser la Foi, renier la Foi et le nom chrétien? Et notre péché est bien grand, car, les ayant baptisés, nous avons l'immense obligation de leur venir en aide pour qu'ils n'apostasient pas, n'abandonnent pas la Foi, condition pire que celle des païens.

En de telles affaires, V. A. doit donner créance aux Religieux vertueux et zélés, qui ne prétendent à d'autre intérêt qu'à celui de Dieu, et qui ne sont pas venus ici chercher de l'argent, mais des âmes : dans le cas présent, peu de gens diront la vérité à V. A.; à peu de gens elle doit se Her.

Je me souviens que l'Empereur alla, bien longtemps, trompé au sujet des affaires de la chrétienté de la Nouvelle-Espagne, jusqu'à ce que Fray Bartolomé de Las Casas, qui maintenant est évêque aux Indes, et, il y a quatre ou cinq ans, s'entretint avec V. A. à Almerin, le détrompa. Alors, pour être instniit de la vérité, l'Empereur dépouilla de sa charge le Président des Indes, qui était l'Archevêque de Séville, et de leurs offices les Auditeurs, parce qu'ils lui avaient menti, l'avaient trompé et trahi, afin de garder leurs pots-de-vin et autres intérêts.

Tout ceci soit dit pour faire entendre à V. A. la créance qui

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est due, en pareilles atFaires, à de bons religieux. Je prie V. A. et nous la prions tous, avec beaucoup d'insistance, d'y pourvoir; et puisque le Père Fray Joan (de Villa-el-Conde) ne s'engage que pour cela dans les peines et périls d'un voyage d'aller et retour en Portugal, que V. A. lui donne créance, comme à quelqu'un qui est, mieux que personne, renseigné sur Ceylan, puisqu'il y a six ans qu'il en a la charge, et que toutes les affaires qui s'y rapportent sont passées par ses mains. Que V. A. ne renvoie pas ces affaires aux Gouverneurs, car ils les ont vite oubliées ; que tout se vérifie en Portugal, et que, la vérité bien connue, il n'arrive ici que des décisions bien nettes à exécuter : W A. trouvera auprès d'elle des personnes mieux instruites des affaires de ce pays-ci, que ne le sont les gens qui y résident : et nous, voyant que les intérêts de la chrétienté de l'Inde sont dans les mains de V. A. et favorisés par elle, nous serons encouragés à persévérer dans cette œuvre de Dieu, jusqu'à y perdre volontiers la vie, sans faire un pas en arrière.

Que V. A. le sache bien, nous tous, Religieux, qui sommes ici, nous ne pouvons rien, sans un grand appui de V. A. ; si cet appui nous manque, nous perdons cœur {desmaiamos) et ne faisons rien» Ainsi j'ai trouvé l'Evêque, je veux dire froid et triste; et de même Maître François et les autres Pères, parce qu'ils voient, d'une part, si peu de concours (ajuda)^ et, de l'autre, tant d'empêchement que le Diable et ses membres mettent à cette affaire; de sorte que, faite pour grandir, elle décroît, se défait, et ira se ruinant chaque jour davantage, à moins que V. A. n'y remédie.

Nous savons le zèle de V. A., l'amour et la diligence qu'elle met à s'occuper des affaires de Dieu; aussi espéronsnous de sa miséricorde que V. A. mettra la main à une œuvre de si grande importance, et qui intéresse à un tel point le service de Dieu.

FRAY VICENTE A CRANGANOR (1548). 405

Qu'il lui plaise, à ce jg^rand Dieu, carder toujours en son amour et sa crainte !a sérénissime personne de V. A.

De cette Aille de Goa, 6 décembre i548.

Le moindre cnpellan de V. A.

Fray Diogo Bermitdez, vicaire \

Le départ de François pour le Japon ne pouvait, on le comprend, qu'açgraver, aux yeux de ceux qui n'en ignoraient pas le dessein, une situation déjà si grave : telle était bien la pensée de Fray Vicente, qu'il exprimait dans sa lettre à Jean III, du i" janvier i549 •

Je prie Votre Altesse, pour l'amour de Dieu Notre-Seiçneur et pour la consolation de mon âme, de me laisser achever mes jours sur cette pauvre terre de Malabar et dans ce collège de TApôtre saint Jacques; parce que, après avoir commencé une œuvre de si «crande utilité pour le service de Dieu, la laisser inachevée serait pour moi une g^rande tristesse. Je vous demande cette charité ^.

Maître François fait beaucoup de service à Dieu Xotre- Seiçneur... Les Pères font beaucoup de fruit et donnent très bon exemple... Maître François s'en va au Japon : je ne sais jusqu'à quel point il vise juste (quanta acertn); à Goa, il

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