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Saint François Xavier

Une longue préface n'est pas ici nécessaire. Sainl P'rançois Xavier n'a pas besoin d'être présenté au lecteur. Il est un des saints les plus populaires des derniers siècles, un des plus invoqués, un des plus secourables. Son nom est grand dans l'histoire ; sa courte carrière a été le point de départ d'un mouvement apostolique qui dure encore. Il symbolise, pour les temps modernes, cette fécondité de l'Eglise qui la pousse aux conquêtes ; parla, il appartient à l'apologétique. 11 force l'admiration des hérétiques et des incrédules, et il a fallu l'insupportable fatuité de Voltaire pour oser en faire une caricature.

Quant au livre, il n'est peut-être pas superflu d'en justifier l'apparition.

Saint François Xavier n'a pas été trop malheureux en biographes. Les livres de Tursellini, de Lucena, de Bartoli, sont des œuvres sérieuses, faites sur pièces authentiques, et n'ont pas trop subi, en somme, la fâcheuse influence des panégyristes. S'il y a plus d'un détail à corriger dans le portrait qu'ils nous ont laissé de l'apôtre, le portrait demeure. Les retouches les plus importantes ont été faites ces derniers temps par le Père L. M. Gros, et nous n'y avons presque rien ajouté.

Il n'en va pas de même du cadre. Déjà, au xviii" siècle, les missionnaires disaient du Père Lucena : « Son livre est excellent, mais il a été écrit en Europe. »

Celui-ci également, hélas! a été écrit loin des Indes et du Japon. L'auteur n'a étudié l'Asie que du fond d'une bibliothèque. L'inconvénient pourtant n'est peut-être pas aussi grand aujourd'hui qu'autrefois. Il est facile, quand on n'a pas vu soi-même les lieux et les races, de faire parler ceux qui ont vu : leurs livres ne se comptent pas. Facile encore de consulter; et nous remercions les missionnaires qui ont bien voulu répondre longuement

VI rilEFACE

à des questionnaires parfois indiscrets. Leurs commentaires nous ont plus d'une fois permis d'éviter, dans la lecture des textes, ces contresens qui respectent la lettre et faussent l'esprit. Mais avons-nous tout prévu? En lisant ces pages, ne trouveront-ils pas encore beaucoup à corriger? Nous comptons sur leur collaboration pour nous aider, si cette œuvre en vaut la peine, à en éliminer les erreurs les plus choquantes.

Nous osons espérer que, tel quel, ce récit mettra saint François Xavier dans un cadre politique, géographique, moral, un peu plus précis que les histoires précédentes : c'est avant tout ce que nous avons voulu faire. Et peut-être, sur ce fond détaillé, la physionomie du saint ressortira-t-elle moins hiératique, moins épique, disons le mot, moins déclamatoire que dans Bouhours et ses émules, mais un peu plus vivante en somme, et plus réelle.

Cnnf,or!)éj'y, Saint Mary's collège,

en la fétc de snint Ignace,

31 juillet 1911.

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