TURSELLINI, 1. VI, Ch. V
n'ayant pas soixante ans, silence et lecture à table, pour distraction le jardinage et la pêche, mais non le jeu et la chasse. « Tous les avantages de la vie apostolique, leur disait-on, vous sont offerts. Vous avez un bon abri contre les périls du monde dans l'église et abbadla de Santa Maria de Exavierr, et rien ne vous manque de ce qui est nécessaire pour traverser la vie présente et mériter une belle récompense dans la vie éternelle! » Telles étaient les idées singulièrement ascétiques qui régnaient au château de Xavier. Si toutes ces prescriptions étaient observées, le jeune François n'eut jamais sous les yeux que le spectacle de vies sacerdotales réservées, austères, édifiantes.
La famille avait ses dévotions traditionnelles et l'apôtre en emportera le souvenir à travers le monde. Parmi les patrons de choix, il y avait saint Jérôme ', et nous verrons le rude solitaire intervenir au moment où, jeune prêlre, François entrera dans la vie apostolique. Saint Michel donnait son nom à la grosse tour du château ;il était le patron immémorial de Asnarez; la chapelle intérieure lui était dédiée : c'est lui que le missionnaire donnera pour protecteur à l'église japonaise^. On écrira un jour de notre saint : « Vous n'entendriez sortir de sa bouche que ces deux mots : Jésus, Très Sainte Trinité. » Or son grandpère Arnalt Periz saluait ses frères et compagnons de la Cour des comptes par cette formule peu commune : « La Sainte Trinité vous ait en sa sainte grâce ^. »
Enfin le crucifix. L'on vénérait, et l'on vénère encore, dans la chapelle privée des châtelains, un christ mystérieux. Au xiii" siècle, probablement quand les premiers Asnarez de Sada s'installèrent à Xavier, ils le trouvèrent dans un creux de la muraille, le corps détaché de la croix etles bras ramenés lelong du corps. Peutêtre avait-il été caché là au temps des guerres contre les Maures. Souvent François dut prier devant lui dans le sombre petit oratoire. Plus tard, au plus fort de ses courses apostoliques en Orient, le christ de Xavier, dit-on, se couvrit d'une sueur