I. — Du Japon à Malacca
Le voyage du retour, entre le Japon et la Chine, fut marqué par un épisode célèbre ^ Après avoir quitté les eaux japonaises, le navire était aux deux tiers de sa route, à la hauteur de Tchang-tcheou, quand une tempête se leva^. Laissons ici la parole aux témoins oculaires.
« Nous nous tenions pour perdus, disait le soldat Antoine Diaz. Soudain le câble qui rattachait la chaloupe au navire fut rompu; la barque s'en allait à la dérive. Elle portait quatre matelots musulmans. Impossible de les secourir. Comme la tourmente était furieuse, le capitaine décida de passer outre; la chaloupe était perdue. Le Père François le supplia, lui et les autres, de s'arrêter, d'attendre, promettant que l'embarcation allait reparaître"^: « La fille va revenir à la mère », disait-iP.
1. Nous le racontons d'après les témoins au procès de 1556. Témoins oculaires : Duarte da Gama (Malacca, n. 1), Antoine Diaz (Goa, n. 31), Galeotto Pereira (Gochin, n. 2). Témoins auriculaires : J. Fereira, rapportant les souvenirs de Diogo Pereira (Goa, n. 28) ; Martin Darvello, d'après le pilote N. Aguiar [Procès de 1616, n. 10). — Il y a encore la très longue et très pittoresque narralion de Mendez Pinto (ch. 214). Ce qu'il raconte de la tempête est d'une invraisemblance étrange. Le navire aurait, des environs de Forraose (île Minacoo, ou Mankia?), été entraîné par le cyclone vers le nord, puis se serait retrouvé du côté des îles Papouas, de Gélèbes et de Mindanao, et, de là, reporté droit sur Ganton. C'est de la haute fantaisie géographique. Pour ce qui est du rôle de Xavier pendant la tempête, les détails fournis par Pinto concordent en général avec les récits plus sobres des témoins au procès de 1556. C'est lui qu'ont copié presque tous les anciens biographes.