‹ Saint François XavierChapitre 88 sur 820 · Fkanco, Synopsis Annalium, anno 1540, n. 17, p · texte numérisé non relu

Fkanco, Synopsis Annalium, anno 1540, n. 17, p

4. Ibid., p. 216, 218. Cet évêque est probablement Mgr Ambroise Péreira, évéque titulaire résidant à Lisbanne. Le confesseur est l'Augustin déchausié Jean Soarrz.

de dimanche en huit ; et l'on nous est si affectionné en cette ville que certainement nous ferons du bien. Ce que nous demandons instamment à Dieu, c'est que aiigeat eorum fîdem qui de nobis aliquam expectationem vel opinionemhabent. Etant donné l'idée qu'ils ont de nous, nous avons confiance en Dieu Notre-Seigneur, que, sans égard à nous, mais en considération de la foi de ceux qui nous veulent entendre, il nous donnera savoir et grâce ut possimus et consolari eos, et quœ vel necessaria vel utilia sunt ad aiiimarum salutem dicereK »

Il fallut donc s'exécuter et prendre un peu sur le temps du confessionnal pour monter en chaire. C'est alors que les Pères commencèrent à être appelés dans le public les apôtres, titre d'honneur qu'ils passèrent à leurs disciples, que leurs ennemis leur ont parfois reproché comme une usurpation, et qu'on leur donnait encore deux cents ans plus tard, au temps de Pombal^.

Mais les Pères eurent beau consacrer toutes leurs journées au ministère, faire le sacrifice, qui leurfut pénible, de ne plusquêter leur nourriture, il fallut renoncer à la chaire. « Trop de confessions, disaient-ils ; nous ne pouvons plus prêcher. Nous croyons servir plus efficacement Notre-Seigneur en confessant. Les orateurs ne manquent pas à la cour ^, » Aussi bien on venait de leur confier des pénitents d'un genre nouveau, les prisonniers du Saint-Office.

La cour de Lisbonne, vers ce temps-là, était en délicatesse avec celle de Rome au sujet de l'Inquisition, et c'était là précisément une des affaires que Mascarenhas avait dû traiter pendant son ambassade.

A l'imitation des princes espagnols, et pour parer au péril juif, en 1496, le roi Emmanuel avait mis les Israélites de ses Etats en demeure de choisir entre l'exil et le baptême. La

l.P. 218. — « Qu'il augmente la foi de ceux qui ont de nous quelque estime... que nous puissions et les consoler et leur dire ce qui est utile et nécessaire au salut des âmes. »

2. Grlandini, 1. III, n.W; — Epi$tolae Mixtae, t. I, p. 515 (lettre de 1548); cf. Çros, Vie, t. I, p. 170.

3. Mon. Xav., p. 240. Plus tard, aux Indes, Xavier mettra la prédication au-dessus de la confession, comme opérant un bien plus général {ibid., p. 861, n. 9). Ce sera aussi la pensée de saint Ignace (Const., p. 7, ch. 2, E).

plupart choisirent l'exil. Effrayé alors du vide qui se faisait en Portugal, il ordonna d'enlever et de baptiser les enfants juifs au-dessous de quatorze ans, d'arrêter les émigrants et de les baptiser, eux aussi, de gré ou de force. Faute énorme. Il y eut désormais dans le royaume un ennemi caché, insaisissable. Les « nouveaux chrétiens », comme on les appelait, judaïsaient à huis clos. Sorte de société secrète qui, à la haine de race, ajoutait la haine du vaincu. A tort ou à raison, ils étaient chargés d'accusations graves. Maintenant le Portugal était obligé de se défendre contre un ennemi qu'il s'était gratuitement donné. C'est pourquoi Jean III voulait réorganiser l'Inquisition sur le modèle du Saint-Office espagnol. Paul III résistait; à ses concessions, il mettait des limites qui marquaient nettement sa défiance ^

Le conflit était dans toute son acuité quand les deux Pères furent amenés à s'occuper des prisonniers. Ils ne devaient pas ignorer que l'infant dom Henri, de qui ils tenaient ce nouveau ministère, n'était point reconnu pour grand Inquisiteur par le Saint-Siège. Mais la discrétion leur interdisait de parler dans leur correspondance d'une afl'aire qui ne les regardait pas. On les priait d'évangéliser les détenus; il y avait là des âmes à sauver, ils acceptèrent.

Malheureusement ils sont également sobres de détails sur leurs travaux. Nous savons seulement que tous les jours ils allaient dans les cachots. Or ces cachots étaient nombreux et remplis 2. Ils catéchisaient, ilsdonnaientdes Exercices ce que les prisonniers pouvaient porter, et plusieurs déclarèrent à Xavier que ces enseignements étaient pour eux absolument nouveaux. Il fallait les encourager, élever leurs esprits aigris ou irrités au-dessus des passions humaines, leur faire voir, jusque dans leur lamentable situation, la miséricorde divine qui voulait leur salut éternel. Une fois au moins, François et Simon eurent

1. Sur toute cetle affaire, Cartas de San Ignacio, l. I, p. 496 et suiv. — Hercolano dk Gakvalho e Araujo, Du Origem e estabelecirnento da Inquisiçâo em Portugal, Lisbonne, ISôi-Sy, 3 in-8° (nettement hostile à l'Inquisition).

2. Hercolano, t. III, p. 173. Les années 1540-1546 auraient été particulièrement rigoureuses, à en juger par la quantité de pièces conservées aux archives de la Torre del Tombo (t. II, p. 303). Or c'est le moment où le conflit avec Rome fut le plus aigu.

à conduire des condamnés jusqu'au bûcher'. A ces quelques traits se réduit ce que nous savons de leur ministère.

On se demandera quel souvenir notre saint conserva de l'Inquisition portugaise et de ses rigueurs. Catholique, et catholique espagnol, sans aucune des timidités libérales que nous connaissons, il n'avait pas contre l'institution même d'objection de principe. Il n'en avait pas davantage contre l'alliance de l'Eglise et de l'Etat dans la défense de la foi et la répression de certains crimes. Son père Ignace avait eu plus d'une fois affaire avec le Saint-Office; il en avait même connu les cachots en Espagne. Il ne lui en gardait pas rancune cependant, et déclarait très net avoir pleine confiance en l'équité des juges-. Il en fut de même pour Xavier. Bientôt, en Orient, il se retrouvera en face des « nouveaux chrétiens » judaïsants. Il constatera le danger, et il en appellera à la vigilance inquisitoriale^. C'est à l'Inquisition encore qu'il songera pour réprimer les abus de pouvoir de certains officiers coloniaux^. Or Xavier, quelque ardente que fut sa foi, n'avait rien d'un fanatique. Il est donc à croire que, dans le Saint-Office de Lisbonne, tel qu'il le vit fonctionner en 1540, il ne découvrit pas les mystères d'iniquité dont on nous rebat les oreilles.

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