‹ Saint-Germain, Poissy, Maisons, Marley-le-RoiChapitre 3 sur 3 · IÔ · texte numérisé non relu

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lorsque cette mort arriverait ». L’enfant royal expira le lendemain et la nouvelle en fut apportée à M lle de Montpensier « par un fou que la Reine avait, nommé Tri comini ».

Quant à René de Longueil, pour qui la seigneurie de Maisons avait été érigée en marquisat, en 1658, il mourut en 1677, à quatre-vingts ans passés, et fut enseveli à Paris, dans la chapelle du Couvent des Cordeliers, qui se trouvait sur l’emplacement de la Place de l’École de Médecine actuelle.

Jean de Longueil hérita de la charge de Président, et du Château, qui ne subit point de remaniements importants. Il mourut octogénaire, comme son père, en 1705. Son fils, Claude de Longueil, Président à Mortier ainsi que son père et son grand-père, épousa, après un premier mariage, la sœur aînée de la Maréchale de Villars, qui avait « la taille belle et une beauté romaine », dit Saint-Simon, mais trop d’embonpoint. Lui-même « était un grand homme, de fort belle représentation, de beaucoup d’espçit, de sens, de vues et d’ambition ». Il était bien en cour et sut mettre à la mode, pour les courtisans, de venir de Marly dîner (c’est-à-dire déjeûner) à Maisons. On lui rendait ses politesses quand il venait à Marly bu à Versailles, et Louis XIV avait toujours pour lui une parole aimable. Cependant le Grand Roi vieillissait et la question se posait de sa succession au trône. Claude de Longueil prit ouvertement parti pour Philippe d’Orléans, comme Régent éventuel, contre les bâtards légitimés de M me de Montespan. Il ourdit en sa faveur une trame savante et ténébreuse, que nous a contée tout au long Saint-Simon. Mais une crise intestinale l’emporta soudain, à quarante-huit ans, en août 1715, un mois environ avant la mort de Louis XIV.

Son fils, Jean- René de Longueil, n’avait encore que quinze ans. Mais c’était un enfant précoce qui, à douze ans, commentait déjà les poètes latins, qui se passionnait à quatorze ans

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pour la physique, et qui posséda si rapidement le Code et les lois qu'à dix-huit ans il siégeait déjà au Parlement et y était tenu en grande considération. Il était, comme soq. père, dit Saint-Simon, qui, on le sait, n'aimait point le Parlement : « homme du monde et parfaitement décrassé des fatuités de la Présidence et du langage de la robe ». Mais, dédaignant la politique, il s'adonna tout entier à la science et installa, au Château de Maisons, un Jardin Botanique, où il réussit à faire mûrir du café, un Laboratoire de Chimie, où il produisit pour l'industrie un excellent bleu de Prusse, un Cabinet de Physique, où il répéta les expériences de Newton sur la lumière. En 1726, il était nommé membre honoraire de l'Académie des Sciences, qu'il présida en 1730. Il réunit autour de lui une société de savants, de lettrés et de philosophes, d'où les femmes n'étaient pas exclues. C'est devant ce cénacle, dont il était un des plus brillants fleurons, que Voltaire lut successivement tous les Chants de sa Henriade. Il était fort amoureux de la jeune tante de son hôte, M me de Villars la cadette, près de laquelle, il nous l'a conté lui-même, il perdit beaucoup de temps à soupirer. H avait sa chambre au Château et il y pouvait venir autant qu'il lui plaisait. En 1723 {il avait alors vingt-neuf ans), le 4 novembre, il tomba malade à Maisons, de la petite vérole. Bien soigné, il en guérit, et put être en état de se faire transporter à Paris, le I er décembre. « Mais, écrit-il, à peine suis-je à deux cents pas du Château qu'une partie du plancher de la chambre où j'avais été, tombe tout enflammée. Les chambres voisines, les appartements qui étaient au-dessous, les meubles précieux dont ils étaient ornés, tout fut consumé par le feu. La perte monte à cent mille livres [trois cent mille francs environ], et, sans le secours des pompes qu'on envoya chercher à Paris, un des plus beaux édifices du royaume allait

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être détruit... Je ne pouvais concevoir comment le feu avait pu prendre si brusquement dans ma chambre, où je n avais laissé quVin tison presque éteint. J’appris que la cause de cet

Cérès, par Houdon.

(Château de Maisons.)

embrasement était une poutre qui passait précisément sous la cheminée. Elle s’était embrasée peu à peu, par la chaleur de l’âtre, et le feu, qui couvait depuis deux jours, n’éclata qu’un moment après mon départ... M me et M. de Maisons reçurent la nouvelle plus tranquillement que moi ; leur générosité fut aussi grande que leur perte et que ma douleur. »

Photo N. D.

L’Automne, par Clodion.

(Château de Maisons.)

teau passa à la branche cadette des Longueil, en la personne, de la marquise de la Belleforière.

La marquise était âgée et ne tarda pas à léguer Maisons à un petit-fils, Louis-Armand, marquis de Soyecourt, Maréchal,

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des Camps et Armées du Roi. Il ne semble pas qu’en dépit de ce titre ronflant ce grand seigneur ait jamais beaucoup fréquenté l’armée. Ce qui est certain, c’est qu’il faisait ample

Photo N. D.

Pomone, par Boizot.

(Château de Maisons.)

dépense et en fut finalement réduit à tirer argent dé son héritage.

Ce fut d’abord M me de Pompadour, que possédait le démon d’acquérir ou de se faire construire partout des logis nouveaux, qui sollicita le roi de lui acheter Maisons. Après avoir promis, semble-t-il, I/>uis XV se ravisa et le

Photo I\. D.

Flore, par Foucou. (Château de Maisons.)

Louis XIV. Après la mort de M me de Pompadour, c'est M me du Barry qu'il amena avec lui. Nous trouvons celle-ci séjournant à Maisons en 1770. Le Château lui plaisait et, poussée sans doute par M. de Soyecôurt, elle souhaita en devenir propriétaire. Cette fois encore, la vente échoua.

L'affaire réussit avec le Comte d'Artois, frère de Louis XVI.

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L'acte de vente fut passé, le 25 février 1777, par devant maître Pot, notaire. La vente était faite au prix de 2.300.000 livres (4.600.000 francs environ) et comprenait, outre la seigneurie de Maisons, celle de Poissy. Le riche mobilier ancien qui meublait le Château, en partie dispersé, 'n'était compté que pour 41.655 livres (83.310 francs). Le revenu du domaine de Maisons (le moulin sur la Seine; le lac; la vente des boutures de saule ; la pêche en Seine ; le droit de péage sur toutes les marchandises transportées par les bateaux qui passaient devant Maisons, etc.) était évalué à 33.427 livres (66.854 francs). Il s'augmenta facilement de quelques milliers de livres par une exploitation plus régulière de la coupe des foins et de celle des arbres.

Le futur Charles X remeubla entièrement le Château, en fit remanier une partie des Appartements à la mode du jour, embellit ses Jardins. Il y dépensa 600.000 livres. D'autre part, Louis XVI ne tarda pas à revendiquer pour la Couronne le domaine de Poissy, comme frauduleusement vendu par le marquis de Soyecourt, et le Comte d'Artois dut payer de ce chef, à son frère, 1.500.000 livres de surplus. On sait que, par contre, il en avait reçu, à titre gracieux, le Château Neuf de Saint-Germain, qu'il avait fait démolir, pour le reconstruire sur de nouveaux plans 4 . Cet imbroglio familial n'était pas encore terminé. Louis XVI demande à son frère de lui céder le Parc de Maisons, pour en agrandir la forêt de Saint-Germain, et en offre 900.000 livres. Le Comte d'Artois, flairant une bonne affaire, déclare qu'il ne vendra pas le Parc sans le Château et, comme Louis XVI assure qu'il n'a que faire de celui-ci, il lui répond qu'il n'a qu’à le raser ! Ce qui prouve, une fois de plus, que le Français a été de tout temps un démoli) Page 38.

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lisseür acharné, un destructeur impénitent des legs du passé. Heureusement pour Maisons, la cassette royale, que Marie- Antoinette saignait à blanc, était vide. Le Comte d'Artois dut se résigner à conserver Parc et Château, qu'il continua du reste à embellir, et où il donna des fêtes splendides auxquelles assistèrent Louis XVI et Marie-Antoinette.

Durant la Révolution, Maisons fut mis sous séquestre. La Nation, représentée par le maire et les officiers municipaux du bourg, administre pour son propre compte le bien de « l'émigré Capet » et y mange de l'argent. La vente ne fut cependant décidée que par le Directoire, en 1796, et un fournisseur de la guerre, le sieur Jean Lanchère, devenait possesseur du domaine pour 853.853 francs. Il le conserva durant sept ans, sans rien détruire ; ce dont il convient de le féliciter.

En 1804, le 26 vendémiaire, le maréchal Lances acquiert, pour 400.000 francs, le Château seul ; il lui adjoint le Parc, peu après. Durant les loisirs que lui laisse la guerre, il se transforme en fermier, organise la culture de la terre et élève des moutons mérinos. Sur les pelouses qui s'étendent entre le Château et la Seine, il plante lui-même des peupliers dans un ordre défini. Chacun des arbres figure un corps de troupe, et leur ensemble représente le plan stratégique d'une des batailles gagnées par le maréchal. Ces peupliefs existaient encore en 1858. Lannes est emporté par un boulet, à Essling, en 1809. La maréchale continue d'habiter Maisons et y reçoit de temps à autre la visite de l’Empereur, qui venait chasser aux environs. Il n'existait encore, pour traverser la Seine, qu'un bac, singulièrement incommode. Napoléon, en 1811, ordonna la construction d'un pont de charpente, et décréta celle d'un pont de pierre, qui ne fut exécuté qu'en 1855. C'est le pont actuel, qui a cinq arches.

En 1818, le célèbre et opulent banquier Jacques Laffitte,

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qui a, depuis, ajouté son nom à celui du pays, acquit Maisons de M me de Montebello. H y exerça une large hospitalité et y reçut les plus ardents adversaires de la Restauration : le général Foy, La Fayette, Benjamin Constant, Mignet, Manuel, Thiers, Arago. Après son expulsion de la Chambre, en 1823, et son retrait de la vie politique, Manuel vint habiter au

Photo N. D.

Chant et Musique, par Sarrazin et P. de Buyster.

Escalier d’Honneur.

Château, où il mourut, en 1827. Béranger, dans un moment de détresse, y reçut le toit et la table. Mais « ses goûts démocratiques » l'empêchèrent de se trouver à son aise dans cette belle demeure et il se persuada à lui-même qu'il n'y pourrait jamais tourner un couplet. Maintes fois ce brave homme reprocha à Laffitte de s'en être encombré.

Laffitte, au demeurant, était loin d'avoir personnellement l'éducation artistique et le goût raffiné de l'ancien Président de Maisons. Il ne se gêna point pour arracher les boiseries, là où elles demandaient à être réparées, et pour remplacer le

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bois sculpté par du papier peint. Pis encore, il ordonna de démolir les magnifiques Écuries, élevées par François Mansart, dans le même style que le Château et dont les doubles bâtiments s'allongeaient, avec leurs colonnades, sur l'arrièreface de celui-ci, de chaque côté de Y Avenue du Château actuelle. Il n'en subsiste, dans une propriété privée (au numéro 4), que

Photo N. D.

Arts et Sciences, par Sarrazin et P. de Buyster.

Escalier d’Honneur.

(Château de Maisons.)

les débris de l'Abreuvoir, qui figurait une Grotte revêtue de rocailles et de coquillages, dans le style de celles de Saint- Germain. On y lit encore la date : 1646. En même temps, il lotit une partie du Parc, où s'élevèrent des villas, sur le dépeçage du terrain. Ce fut une excellente spéculation. Laffitte mourut en 1844. Ses héritiers conservèrent le Château jusqu'en 1849. vendirent alors à un homme d'affaires,

M. Thomas, de Colmar.

La partie du Parc qui avoisinait le Château et qui n'avait

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pas été lotie, avait conservé son ancien dessin, à la française, ses quinconces et ses allées majestueuses de marronniers et de tilleuls. M. Thomas mit son parc à la mode et en fit un jardin paysager, biscornu à souhait, avec un lac et unlaquet, et des allées en tire-bouchon.

Les lotissements continuèrent durant les dernières années du xix e siècle. En 1904, un syndicat de Vandales s'apprêtait à acquérir le Château et, afin de laisser le terrain libre pour la construction de nouvelles bicoques, à lui faire subir le sort dont l'avait déjà menacé le Comte d'Artois. Au dernier moment, l'État se décida à faire le geste nécessaire. Il acquit et sauva l'œuvre de François Mansart. Il était temps. Une restauration générale a eu lieu, par les soins de l'architecte Malençon.

Extérieurement, le Château a peu souffert et l'aspect qu'il nous offre n'est pas sensiblement différent de celui que connut René de Longueil. Seuls, les grands corps de cheminée qui s'élèvent des toits étaient alors surmontés de vases de pierre, qui ont disparu. Les cascades aussi se sont taries, qui tombaient en nappes de la Terrasse qui court devant la façade, du côté de la Seine. Les Parterres, comme il va de soi, s'étendaient, du même côté, jusqu'au fleuve. De fâcheux premiers plans, d'une propreté souvent douteuse, les ont remplacés. Sur l'arrièreface, la Cour d'Honneur et ses Parterres en broderies de buis sont entourés aujourd'hui d'une magnifique Grille en fer forgé, du xvin e siècle, provenant du Château de Mailly, en Picardie. Elle est peinte en bleu de roi, rehaussé d'or. La porte qui s'y ouvre offre, à ses montants, une décoration de pommes de pin, de caducées et de flèches enrubannées ; deux têtes de hallebardes encadrent son fronton.

Photo G. B.

Cheminée du Petit Salon de la Galerie, sculptures par Gilles Guérin ; Louis XIV par H. Rigaud. (Château de Maisons.)

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Le Grand Vestibule du Château, qui en occupe le centre, ainsi que Y Escalier d’Honneur, est entièrement en pierre blanche, toute lumineuse, et d'une décoration sobre et harmonieuse. Les quatre compartiments de la voûte sont ornés de bas-reliefs figurant les Quatre Éléments , représentés par Jupiter, Junon, Neptune et Cybèle. Jacques Sarrazin en donna le dessin. Aux encoignures, quatre grands Aigles semblent une adjonction de l'époque du Premier Empire, de même que ceux qui sont extérieurement sculptés sur la Façade principale. Le maréchal Lannes, cependant, n'y est pour rien. L'Aigle (Long œil ou Longue ailé) était, pour les Longueil, un de ces symboles figurés, fort en honneur à l'époque. De même Fouquet avait pour emblème un Ecureuil, avec la devise : « Quo non ascendam? »; Colbert une Couleuvre, en latin Coluber; Louvois un Loup, parce que le « Loup voit » ; les « gruyers », qui étaient des agents forestiers de l'Ancien Régime, une Grue héraldique; etc. Au faîte de l'Escalier, quatre délicieux groupes d'enfants ailés, exécutés en pierre par Philippe de Buyster, sur esquisse de Sarrazin, sont assis sur une large corniche et représentent : Chant et Musique ; Arts et Sciences ; Hymen et Amour ; Art de la Guerre. Ces petits chefs-d'œuvre, d'une exécution parfaite, en même temps que d'une inspiration toute primesautière, sont d'un intérêt capital pour l'art du xvn e siècle. La jeunesse et la liberté de leur facture n'ont pas encore connu les pompes de Versailles, l'influence alourdissante de l'Italie et l'inflexible règle de Le Brun, qui imposera son despotisme à tous ceux qui travailleront sous ses ordres. Gais et joyeux, ou comiquement graves, jambe de ci, jambe de là, en équilibre sur le vide, ces gentils gamins ignorent le conventionnel et la gêne. A l'époque où ils vinrent au monde, sous le crayon de Sarrazin et le ciseau de Buyster, Louis XIV lui aussi était

Cheminée ornée de Hauts-reliefs à la gloire de Louis XIII, par Gilles Guérin. (Château de Maisons.)

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jeune. Lui aussi « courait, sautait, jouait au palet » dans les parterres de Saint-Germain et les fossés de Versailles. Dans le Vestibule étaient placées les deux célèbres Grilles en fer poli, luisant comme de l'acier, qui ornent aujourd'hui, au Louvre, la Galerie d'Apollon et la Salle des Bronzes antiques. Elles furent exécutées à Maisons même, pour René de Longueil, par deux artistes dont l'un, si l'on en croit la tradition, était Français, l'autre Allemand. Elles passent pour avoir coûté 40.000 écus (120.000 livres, ou 600.000 francs environ). Véritable dentelle métallique, feurs souples filigranes décrivent des rinceaux d'une ténuité merveilleuse, figurant : au panneau supérieur, un Satyre couronné par des Enfants ; aux deux battants, un cartouche ovale, un caducée, des épis de blé et des feuilles de chêne. L'ensemble de l'ornementation est légèrement différent dans les deux grilles, qui furent transportées au Louvre à l'époque de la Révolution.

Au Premier Étage, tout en grandes fenêtres et en lumière, sur ses deux faces, s'étend vers la gauche l'Appartement d'Honneur, qui prit et garda le nom à’ Appartement du Roi , après que Louis XIV y eût couché, en 1671. Il reçut ensuite Louis XV et Louis XVI. Une vaste Galerie, où l'on festoyait, dansait et collationnait, et où se tenaient, le cas échéant, les Gardes du Roi, a conservé, à l'une de ses extrémités, tout contre le plafond, la curieuse petite Tribune où s'empilaient, tant mal que bien, les musiciens. A son autre bout, une baie cintrée, fermée à sa base par un balustre en bois doré et encadrée de deux portes, précède un Petit Salon, qui correspondait à l'CEil-de-Bœuf de Versailles, et qui a gardé sa Cheminée monumentale. C'est un morceau décoratif de premier ordre, dont la sculpture a été exécutée par Gilles Guérin. Au-dessus de l'entablement du foyer, deux Cornes d'Abondance supportent un grand médaillon ovale (il encadre aujourd'hui

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un Louis XIV, par Rigaud), surmonté d’un Coquille. A droite et à gauche, deux grandes Nymphes à la grecque, en pierre blanche, font, dans leur robe transparente, office de cariatides et, de leurs beaux bras nus, soutiennent légèrement sur leur tête deux corbeilles dorées, chargées de fleurs et de fruits. Au faîte de la Cheminée, deux Aigles encartent le Blason des Longueil, surmonté d’un Casque à cimier, tandis que deux enfants, petits frères sans nul doute de ceux de l’Escalier, soulèvent une draperie, où ils gaminent. La Chambre du Roi fait suite. Elle a des boiseries du xvm e siècle et l’alcôve royale a été refaite au temps du comte d’Artois. Une autre pièce, dite Chambre à V italienne, offre une coupole décorée de Cariatides. Un curieux Cabinet de Glaces circulaire en est voisin. S’il a malheureusement perdu ses glaces, qui se reflétaient à l'infini, les unes dans les autres, et qu’il serait facile de rétablir, il a gardé du moins son curieux parquet de marqueterie, où se mêlent aux bois précieux, diversement colorés, des incrustations d’os et d’étain. Les pilastres qui s’appliquent aux murs et séparaient les glaces sont faits des mêmes matières, et le plafond est orné de fresques.

L 'Appartement de la Reine , parallèle à l’Appartement du Roi, de l’autre côté de l’Escalier, ^n’a rien conservé de sa décoration ancienne.

On monte au Second Étage par un petit escalier, ménagé dans l’épaisseur d’un mur, et d’autres escaliers de souffrance le desservent. On y trouve une série de corridors, conduisant à des chambres et à des cabinets où étaient logés les hôtes du Château. La plus intéressante de ces pièces est celle qui porte le nom de Chambre de Voltaire et dont l’alcôve profonde est décorée, à son plafond, d’une Danaé. Voltaire a-t-il réellement habité cette chambre, comme le veut la tradition ? Ce n’est pas, en tous cas, celle dont il nous parle et

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qui a brûlé. Une autre Chambre est celle de La Fayette. Un peu plus haut, le Belvédère, qui domine le Château et éclaire la cage du Grand Escalier, commande une vue magnifique.

Si nous redescendons maintenant au Rez-de-Chaussée, nous y retrouverons l’ancien Cabinet de Travail de René de Longue il, avec son plafond allégorique du xvn e siècle, et un beau Salon d* Angle, dont la Cheminée monumentale est décorée de hauts-reliefs, par Gilles Guérin, consacrés à la Gloire de Louis XIII. Le profil osseux du Roi, à l’Antique, occupe le médaillon central, que supportent des Captifs enchaînés. Puis c’est une note toute différente qui nous est donnée, à ce même étage, par une série de pièces dont la décoration fut entièrement renouvelée pour le Comte d’Artois, sous la direction de l’architecte Bellanger, qui éleva « Bagatelle » : Salle à manger d } Hiver; Salon de Jeu , orné de stucs, imitant le marbre, et de bas-reliefs où apparaît le Cygne, motif décoratif qui sera si souvent employé dans l’art du Premier Empire ; Salle à manger d’Eté, qui est un des spécimens les plus parfaits de l’art Louis XVI. Entièrement en pierre blanche, elle a un plafond à caissons, porté par des colonnes cannelées, à chapiteau corinthien, qui s’appliquent le long des murs. Les sculptures décoratives, à la Cheminée et aux Dessus de portes, sont de Lhuillier. Dans quatre niches, quatre statues (ce sont les originaux en plâtre ; leur exécution en pierre n’a jamais eu lieu) représentent : Flore , par Foucou ; Cérès, par Houdon ; Pomone, par Boizot ; Erigone , par Clodion. Ces motifs symbolisant les Saisons (le Printemps, l'Été, et pour les deux derniers, l'Automne), si fréquents au xvn e et au xvin e siècle, ont été renouvelés ici d’une façon charmante. Ce ne sont plus des Déesses descendues de l’Olympe et stylisées dans leur nature surhumaine, mais de gracieuses jeunes femmes, au

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corps souple, en qui frissonne la vie. Ea plus sévère d'entre elles est la Cérès de Houdon qui, comme Isis, lentement soulève son voile.

Entièrement vide lorsque l'État l'a racheté, le Château de Maisons a reçu quelques beaux meubles et des tableaux de l'époque Eouis XIII, qui rappellent ceux que connut René de Eongueil. D’autres, de style Empire, nous remémorent le passage du maréchal Eannes. D'autres encore nous amènent, avec moins d'art, à Eaffitte et à la société de 1830.

Proche du Château, vers la droite en regardant la Seine, on aperçoit l'ancienne et pittoresque Église paroissiale, du xv e siècle, simple et robuste, avec son petit clocher paysan, autour de laquelle se forma le village de Maisons. Mais un pays devenu si mondain et qui, par surcroît, possède un champ de courses, ne pouvait continuer à venir prier Dieu sous ces antiques arceaux gothiques. Une église neuve a été construite, reluisante à souhait, et la vieille église a reçu la pompe à incendie.

MARLY-LE-ROI

Louis XIV et son « ermitage » de Marly. — L’Abreuvoir. — L’ancien Parc. — Splendeurs disparues. — Le bourg de Marly-le-Roi. — Louveciennes, le Château Du Barry et l’Aqueduc.

A mi-chemin, à peu près, entre Versailles et Saint-Germain, Louis XIV s'était ménagé, au faîte d’un haut vallon boisé qui s'ouvre vers la Seine, qu'il domine, un « ermitage », comme dit Saint-Simon, qui n'avait rien assurément de l'humble retraite d'un ermite chrétien des premiers âges, mais où la vie de parade se détendait, où la verdure primait la pierre, où les jardins l'emportaient en importance sur la demeure.

Les premiers défrichements de Marly commencèrent en 1679, c'est-à-dire un peu avant que Louis XIV eût définitivement abandonné Saint-Germain pour Versailles. Les travaux peuvent se classer en deux périodes : l'une qui va jusqu'en 1686 ; la seconde qui reprit en 1696 et ne se termine guère qu'avec la mort du Grand Roi, celui-ci n'ayant jamais cessé de remanier dans leur détail bassins, bosquets et décoration sculpturale. Mansart et Le Brun furent les deux principaux ordonnateurs de Marly, où 11.686.969 livres (46.747.876 francs environ) furent finalement dépensés. De toute la féerie des jardins, des eaux calmes ou jaillissantes, des statues et des marbres, accumulés autour de l'ermitage royal, et de l'ermitage lui-même, le plan seul du terrain a subsisté, et le vert décor des arbres, dans la grandiose beauté du paysage ambiant, parmi quelques ruines et quelques pierrailles.

De Saint-Germain, on suit d'abord la route de Paris, jus-

MARLY-LE-ROI

qu'à Port-Marly, où la Duchesse de Bourgogne, la mère endiablée de Iyouis XV, descendait, en dépit du Grand Roi et du médecin, se baigner dans la Seine, trouble déjà, et en rapportait, en riant, maint accès de fièvre. On tourne ensuite à droite, par la route de Versailles, et, passant devant l'intéressante Église de Port-Marly, du style I/mis XVI, dont la double colonnade extérieure est lamentablement délabrée, on monte vers Marly, où l'on arrive, près de l'Abreuvoir.

TJ Abreuvoir est le seul morceau architectural du décor de Marly dont l'ensemble nous ait été conservé. Ses pierres, ravagées par le temps, léprosées de lichens, sont demeurées debout et cintrent encore leur ligne harmonieuse, qui s'arrondit comme une enceinte de cirque romain. Des trous, qui y sont forés, retenaient des crampons de fer, auxquels étaient scellés de gros coquillages, des stalactites sculptées et des rocailles. Des restaurations partielles, grossières et peu heureuses, ont eu lieu il y a quelques années. Aux deux extrémités du mur de soutènement qui domine l'Abreuvoir, étaient posés, se découpant sur le ciel, deux groupes de Chevaux. Ce furent d'abord, sous I/mis XIV, deux Chevaux Ailés, accompagnés d'une Renommée, sculptés par Coysevox, et qui furent, en 1719, transportés à Paris, sur la Place de la Concorde actuelle, à l'entrée du Jardin des Tuileries. Ils y sont toujours. Deux autres groupes furent ensuite, pour les remplacer, commandés à Guillaume Coustou. D'allure plus réaliste, ils se composent chacun d'un écuyer nu, tenant par la bride un cheval de sang qui se cabre sur ses pieds de derrière, et s'y tient debout, en un bref équilibre. Ce sont les deux groupes les plus populaires, connus sous le nom de Chevaux de Marly. Amenés eux aussi à Paris, à l'époque de la Révolution (en l'an IV, ou 1795), ils encadrent, face à ceux de Coysevox, l'Avenue des Champs-Élysées.

MARLY-LK-ROI

On monte, de là, l'Avenue des Combattants, plantée de tilleuls taillés, et où Ton voit à droite la propriété, aux grands arbres, qui appartint à Rachel, la tragédienne. A gauche, on longe le mur du Parc, où s'ouvrait une Porte magnifique, aujourd'hui fermée, que couronne un fronton triangulaire, à l'Antique. Des bas-reliefs, à l'ample facture, y figurent des faisceaux de licteurs, des têtes de béliers, des haches, des casques, des boucliers et des glaives. D'écusson central portait les Armes de France, grattées à la Révolution. Des vantaux de bois ont conservé quçlques-unes de leurs sculptures anciennes. Cette avenue était autrefois garnie de petits marchands, comme il s'en trouvait autour de tous les Châteaux Royaux, barbiers, horlogers, libraires, marchandes à la toilette et revendeurs de la « Desserte de la Cour ». Ainsi nommait-on les innombrables reliefs de la table du Roi et de celle des courtisans, où les trois quarts des mets servis, ou comptés, n'étaient même pas touchés ou présentés. Il y avait de quoi nourrir toute la population avoisinante, pour qui c'était une excellente et peu coûteuse aubaine. Un peu plus haut, une seconde Porte, plus simple, mais élégante encore avec ses lignes fines, donne accès à l'ancien Parc. Des bâtiments de la Surintendance, dont rien ne reste, étaient voisins ; une petite maison de garde en marque l'emplacement.

Une allée ombreuse laisse à droite, dans une dépression du sol, recouverte par de grands arbres dont les rayons du soleil transpercent à peine les ramures, la place des anciennes Glacières du Château. A gauche, une prairie et un petit bois touffu, avec une fontaine dans une excavation du sol, étaient occupés autrefois par un Mail et par le « Bosquet des Sénateurs », avec un bassin à son centre et des statues, alignées sur des socles, de Sénateurs Romains. Puis on arrive à un espace découvert, où l'on trouve une autre maison de garde et un

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MARLY-LE-ROI

haras. Ils sont encerclés par des murs de soutènement où s'accule le terrain, qui s'élève en amphithéâtre avec ses arbres, tordant et nouant dans la pierre leurs racines, co m me des serpents. C'est l'emplacement du « Grand Commun » et du « Petit Commun » (celui-ci dans le jardinet, planté de choux, qui est à gauche de la route), où logeaient les gens du service et où se préparait la nourriture destinée à la table royale. Près du Petit Commun était une « Salle de Verdure », destinée à la Collation, et, pour se mettre en appétit, on y trouvait une escarpolette. Un peu plus loin, à droite, des ruines nettement dessinées, drapées de lierre et accotées au terrain où elles s'enfoncent, avec une vague allure de tombeau égyptien, sont tout ce qui reste du « Pavillon des Offices ». Si, au contraire, on s'élevait parmi les arbres, au-dessus du haras, en appuyant vers la droite, on rencontrerait au sommet de la côte un rond-point. C'était le «Belvédère », où la vue est aujourd'hui presque entièrement obstruée, et qu'ornait jadis la statue de bronze d'Hercule terrassant l'Hydre de Leme.

Revenant à la route, qui est encadrée de hauts et magnifiques tilleuls découpant leurs grandes masses, bien alignées (ils ont été, comme tous les arbres du Parc, replantés au cours du xix e siècle), on parvient à une esplanade gazonnée, largement découverte, d'où l'on découvre un immense horizon vers Saint-Germain et sa forêt, et au delà, par-dessus la vallée de la Seine, vers la vallée de l'Oise. En son milieu exactement, un carré de pierres se dessine au ras du sol. Il marque les fondations du Château , le « Pavillon du Roi » ou « Pavillon du Soleil ». Ce pavillon, destiné au Souverain et à sa famille, élevé par Mansart en 1680, était symétrique sur ses quatre côtés et ne dépassait pas vingt et une toises (40 m ,929) sur chacun d'eux. Il se composait, sur chaque face, d'un rez-dechaussée, avec neuf grandes portes-fenêtres, et d'un premier

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étage, à neuf fenêtres. Les toits étaient plats et couronnés de balustres, que débordaient légèrement quatre frontons triangulaires. Les murs extérieurs étaient, comme pour toutes les constructions de Marly, couvertes de fresques eu trompe-l'œil, à Titalienne, qui figuraient ici des pilastres, des médaillons, des rinceaux, l'emblème du Soleil et divers motifs architecturaux. De même, la face du Pavillon des Offices qui regardait vers le Château simulait, en trompe l'œil, une façade de palais.

Aux quatre angles des Parterres qui entouraient le Pavillon du Soleil, quatre bassins rectangulaires, légèrement cintrés à leurs deux extrémités et tapissés de faïences multicolores, blanches, jaunes, bleues et vertes, étaient les « Bassins des Carpes ». C'est devant l'un d'eux que M me deMaintenon, raconte-t-on, regardant les gros poissons qui semblaient languissants dans leur somptueuse demeure, soupirait, en faisant un retour sur elle-même et sur le calme heureux de son obscurité passée : « Ces carpes sont comme moi, elles regrettent leur bourbe. » — En arrière, dévalant la pente de la colline, entre deux lignes d'arbres, la « Grande Cascade », dite aussi la « Rivière », déversait le torrent de ses nappes d'eau sur soixante marches de marbre. Elle fut détruite, au début du règne de Louis XV, par ordre du chiche Cardinal de Fleury, alors premier ministre, afin d'en économiser les réparations, devenues nécessaires. Elle fut alors remplacée par le Tapis Vert qui existe encore. L'excavation que l'on voit à sa base est celle du Bassin qu'emplissait l'eau de la Cascade. — En avant du Château, la perspective se développait comme aujourd'hui. On trouvait d'abord deux petits Bassins ronds, symétriques, dont l'un, à gauche, a subsisté, encombré de joncs et de plantes aquatiques, et peuplé de grenouilles. Dans la grande prairie qui fait suite et où l'on distingue encore le creux, plus verdoyant, de leurs lignes, se succédaient à la file, comme trois immenses miroirs

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d'eau reflétant le ciel, trois autres Bassins. Le premier était celui des « Quatre Gerbes » ; le second, le plus vaste, celui du « Grand Jet », avec un haut jet d'eau à son centre ; le troisième, celui des « Nappes ». L'eau de la Grande Cascade et celle du bassin qui la suivait, passant sous le Château dans des tuyaux souterrains, alimentait successivement ces trois bassins et se déversait finalement dans l'Abreuvoir, en contrebas du dernier d'entre eux. Le long des bassins, adossés au mur de verdure des grands arbres et à des portiques de charmilles, s'alignaient douze Petits Pavillons cubiques, six à droite et six à gauche, qui correspondaient aux Signes du Zodiaque. Ils étaient de l'invention de Le Brun et chacun d'eux mesurait six toises (n m ,694) de façade. Ils étaient bien aménagés et c'est là que le Grand Roi logeait ses invités. Chaque année il en faisait l'attribution. Saint-Simon habita l'un d'entre eux. — Parmi les bosquets, enfin, qui s'étendaient à droite, en arrière des Petits Pavillons, à la base et sur la pente du coteau qui se relève vers Louveciennes, on rencontrait d'abord (en venant du Pavillon du Soleil) 1 ' « Amphithéâtre dé Mercure », qui était voisin de la « Cascade Champêtre ». De celle-ci une petite allée à pic, sous de grands arbres, marque exactement l'emplacement. Plus loin, au milieu de la prairie, là où une source jaillit du sol, était le « Bosquet des Bains d'Agrippine », où la mère de Néron semblait prête à sortir du bain, assise dans une piscine, sur un siège de marbre. A l'extrémité de la prairie, vers la belle Porte à fronton, aujourd'hui fermée, qui s'ouvrait sur la route de Versailles, le « Bosquet des Muses » était parallèle à celui des Sénateurs, du côté de l’arrivée l .

(i) Ce décor est, dans son ensemble, celui qui existait à la mort de Louis XIV et qui subsista au cours du xviii 6 siècle. C’est celui que Piganiol de la Force nous a décrit en 1702.

Transfert, de Marly à Paris, en 1795, des Chevaux de Guillaume Coustou.

{Estampe de Grobert.)

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Si nous continuons maintenant, au delà du Pavillon du Soleil, nous arrivons à une Demi-Lune, qui a conservé son mur d'enceinte circulaire, et qui précède la route pavée,

.fHolo Gruyer.

Porte de l’ancien Parc de Marly.

(Avenue des Combattants.)

droite comme un I et en pente rude, par où le carrosse royal arrivait de Versailles. A l'entrée de la Demi-Lune (du côté du Château), deux Pavillons symétriques étaient, l'un celui de la Chapelle, l'autre celui des Gardes. Une grille de fer forgé les réunissait et fermait la route. Non seulement les plans anciens, mais de nombreuses estampes, celles de Rigaud sont

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au nombre des plus charmantes, nous évoquent avec précision ce décor disparu.

La route pavée amène, à son sommet, à une autre Demi-

AMioio (jtiujer.

Les Sphinx sous le givre.

(Ancienne Propriété Sardou.)

Lune, qu'entouraient les Écuries, et qui, par la Grille Royale, ouvrait sur la route de Versailles. Cette seconde grille a également disparu. On n'en retrouve que les deux piliers de pierre, surmontés de deux Vases sculptés, de Noël Jouvenet.

Nous ne pouvons ici que rappeler brièvement quelle fut la triste fin de Marly. Pendant la Révolution, le Château fut

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démeublé, comme celui de Versailles, et le Parc ouvert à tout venant. Un ingénieux habitant du bourg y installa une gargotte, où il servait aux promeneurs, venus de Paris ou des environs, les carpes royales, soigneusement réunies et gardées par lui dans un seul bassin. Un certain nombre de statues, parmi les plus belles, furent transférées dans les réserves du

Photo Graver.

Abreuvoir de Marly.

Garde-Meuble. On en retrouve plusieurs au Jardin des Tuileries. L,es constructions étaient demeurées debout et le Parc subsistait avec une grande partie de son ancienne parure, lorsque le Directoire, à court d'argent, résolut de liquider ce Bien National. En 1798, il vendit Château et domaine, pour une somme dérisoire, à un obscur Vandale, à un Auvergnat nommé Saniel, qui installa une filature de drap, mue par des bœufs, dans le Pavillon du Soleil. Puis, ayant fait faillite, il battit monnaie, en 1806, des arbres qu'il coupa, des plombs des bassins et des marbres, qu'il dépeça, des fers forgés qu’il

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arracha et vendit au poids, et finalement du Château même, qu'il débita en moellons. Tout était anéanti lorsque Napoléon arracha au gredin et lui racheta le sol, qui est depuis demeuré propriété de l'Êtat.

C'est aujourd'hui un lieu mélancolique et beau, plein de grandeur, dont rien n'éveille plus les échos solitaires que la

Photo Gruyer.

Aqueduc de Louveciennes.

ruée sonore des trains, dévalant de Iyouveciennes sur le haut viaduc métallique jeté au-dessus de la vallée, un peu au delà de l'Abreuvoir.

Maintenant rien ri est plus du palais délectable Où le Grand Roi , soleil vivant . resplendissait ,

Que des caveaux servant à des chèvres d’ étable,

Des pans de murs croules, qrion voit parce quon sait.

Du Parc où le râteau striait si droit le sable ,

Des cascades où Veau des urnes susurrait ,

Une mare est encore, croupie et lamentable ,

Et des tilleuls noueux , que mange la foret.

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Il avait plu. La nuit , triste , fermait ses portes Sur le jour décroissant. De larges gouttes d'eau Tombaient dans le silence obscur de ce tombeau ,

Et j'écoutais couler ces pleurs des choses mortes , Tandis qu'avec le bruit des grands flots de la mer , Sous les trains lourds grondait le viaduc de fer.

L'Église paroissiale de Marly-le-Roi occupe le faîte de la colline sur laquelle s'étage le bourg. Bourg très ancien, qui eut des Seigneurs féodaux, et dont il est fait mention déjà, dès l'époque mérovingienne. Dédiée à Saint Vigor, elle a été reconstruite par ordre de Louis XIV, en 1688, en style néoromain, avec des voûtes surbaissées et une coupole ronde. Elle a conservé quelques bonnes toiles des xvn e et xvm e siècles et une intéressante Mise au Tombeau de 1512, peinte sur bois, dans le style des Primitifs. Le maître-autel, avec les deux Anges gracieux qui l'encadrent, provient de l'ancienne Chapelle du Château de Versailles qui, pendant une partie du règne de Louis XIV, précéda la chapelle actuelle.

Une belle propriété, qui est voisine, a appartenu à l'auteur dramatique Victorien Sardou. La maison d'habitation (on ne l'aperçoit que de profil) a été construite pour Blouin, Premier Valet de chambre de Louis XIV, vers 1683 ; elle n'a été terminée que dans la première moitié du xvm e siècle. Une superbe grille en fer forgé, sur la Place de l'Église, a été exécutée pour Sardou, sur le dessin de celle du Potager de Versailles ; c'est lui qui a fait également placer, en arrière de la grille, les dix Sphinx égyptiens, en granit rose. A cet emplacement s'élevait le vieux Château féodal de Marly. Sur la Place de la Mairie, on retrouve, avec ses mascarons sculptés, l'ancien Chenil de Louis XIV. La Mairie est un élégant édifice du style Louis XV ; c'est l'ancien Hôtel Couvé, bâti en 1736, pour un riche bourgeois de Paris.

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Sortant de l'ancien Parc par la Grille Royale et traversant la route de Versailles, on se trouve à Louveciennes , l'antique k Montagne de la Louve », et à quelques pas de l'Aqueduc monumental qui alimentait les bassins et les jets de Versailles et de Marly. 1

Louveciennes, comme Marly, prit son importance du voisinage de l'hôte royal et de la présence de la Cour, qui se logeait dans les deux bourgs, ainsi que nombre de gens de service. Plusieurs belles propriétés y furent construites, au xvii e et au xvni e siècle, dont la plus célèbre est celle qui est connue sous le nom de Château Du Barry. Ce château fut bâti en 1700, aux frais de la Couronne qui en demeura propriétaire, pour le Liégeois Arnold de Ville, un des deux constructeurs de la Machine de Marly. Il passa ensuite à M lle de Clermont, fille de M lle de Nantes (celle-ci fille légitimée de Louis XIV et de M ffle de Montespan), qui y mourut en 1741 ; puis à la comtesse de Toulouse (belle-fille de Louis XIV et de M me de Montespan) et, en 1766, à son fils, le duc de Penthièvre. En 1769, Louis XV reprit le domaine et le donna à M me du Barry, qui y fit exécuter divers travaux. La propriété, entourée d'un parc immense qui, des hauteurs de Louveciennes, descend jusqu'à la Seine, est aujourd'hui morcelée en deux moitiés. La première comprend le Château proprement dit, qui a été extérieurement défiguré, mais qui a conservé à l'intérieur de belles boiseries sculptées A . — Dans la seconde est enclos, sur le rebord du coteau, à pic au-dessus de la Seine, le bijou architectural qu'est le Pavillon Du Barry \ C'est une

(1) Il appartient aujourd’hui à la comtesse de Sartiges.

(2) Il appartient à M. Loucheur, homme politique.

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petite et blanche construction rectangulaire, de style néogrec, élevée en 1770 pour la maîtresse de Douis XV. Simple pavillon de réception, pour la Collation, la Danse ou le Con-

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Louveciennes : Ancienne Propriété Du Barry.

(Temple de l’Amour,)

cert, offerts au Souverain et à quelques invités de choix, elle se compose d'un unique rez-de-chaussée. Derrière des colonnes cannelées, s'arrondit le premier Vestibule, orné d'une frise charmante d'Enfants jouant avec des chèvres. Un second Vestibule intérieur, garni de marbres, rehaussés de dorures, donne

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accès à un Grand Salon et à deux Petits. L,e tout a été richement restauré 1 . Deux petits Temples de V Amour, gracieux de lignes, dont un est moderne, ornent les deux propriétés.

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Louveciennes : Ancienne Propriété Du Barry.

(Pavillon de Réception.)

Au-dessous du Pavillon Du Barry, de grandes roues à palettes, mues par la Seine, sont celles de la Machine actuelle

(i) Les peintures des boiseries et des portes sont aujourd’hui grises et or. Une des portes anciennes, que possède la Bibliothèque de Saint- Germain, semble indiquer qu’elles étaient autrefois bleu de roi et or.

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de Marly. L'ancienne Machine était l'œuvre de deux Liégeois, le Chevalier Arnold de Ville et le Maître-Charpentier Rennequin Sualem. Elle avait été construite de 1681 à 1684, pour élever l'eau de la Seine à l'Aqueduc de Louveciennes, d'où elle était conduite à Versailles, avant qu'elle ne fût détournée, en majeure partie, vers Marly. Ses roues et ses pompes aspirantes, qui s'échelonnaient le long de la colline, étaient en bois armé de fer, et tout un mécanisme compliqué d'engrenages, de chaînes et de cordages, hissait en geignant et grondant, le liquide élément. Elle fonctionnait encore au début du xix e siècle, tant bien que mal, pour l'alimentation publique.

Le magnifique Aqueduc est toujours debout, au faîte de la colline de Louveciennes, avec ses trente-cinq arches, semblable, dans sa robustesse majestueuse, aux monuments similaires que Rome élevait jadis pour l'éternité i . L'eau n'y passe plus aujourd'hui et les sources souterraines qu'aspire, dans la plaine de Croissy, la Machine actuelle, s'en vont directement à Versailles, dans des tuyaux de fonte. Mais c'est un incomparable décor, qui domine au loin la région. Du faîte de la tour terminale qui dresse, à cent trente-deux mètres au-dessus de la Seine, son énorme masse quadrangulaire, on domine à droite le haut vallon de Louveciennes, noyé dans les arbres, à gauche celui de Marly, qui se relève vers le bourg et vers son clocher. Puis c'est la forêt du même nom, vaste manteau vert qui, de ce côté, s'étend jusqu'à l'horizon. On reconnaît ensuite le Château de Saint Germain, dont le regard survole les toits plats, la longue ligne blanche de la Terrasse, avec la Seine luisante au-dessous d'elle et, derrière elle, la

(1) Sous la sixième arche, en comptant de la tour terminale, le petit cimetière de Louveciennes abrite la tombe de M œe Vigée-Lebrun. La jolie église gothique du bourg, des xm e etxiv 0 siècles, renferme d’elle un tableau figurant Sainte Geneviève .

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ligne sombre de la forêt, au delà de laquelle on retrouve la vallée du fleuve, vers Poissy. Du coté du nord, le cercle panoramique se termine, vers la droite, par la ligne des collines qui vont d'Herblay et de Cormeilles-en-Parisis à Sannois, Argenteuil et Montmorency. Vers la gauche, on distingue nettement le pont de pierre de Maisons-Laffitte et ses cinq arches claires, précédant le Château, dont les hautes toitures surgissent des arbres.

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