JOANNES JOSEPHUS FAICT
miseratione divina et Sanctse Sedis Apostolicas gratia, EPISCOPUS buttg-ensis, Suse Sanctitatis Praslatus domesticus,
Omnibus et singulis praesentes litteras visuris, salutem et benedictionem in Domino.
Ad gloriam et honorem S S"'"' Trinitatis et ad cultum promovendum S" jEgidii, Abbatis, precibus Eev. admodum Domini Frederici Van Coillie, Parochi ecclesise S*' -^gidii, in hac civitate, bénigne annuentes, in ecclesia prsedicta, tenore prsesentium, denuo erigimus Confraternitatem snb titulo Sancti Maimi, Abbatis, ibi ab antique existentem, sed injuria temporum collapsam.
Directorem hujus Confraternitatis nominamus Rev. admodum Dominum Parochum ecclesiae pro tempore existentem, cum facultate subdelegandi unum ex Vicepastoribus suis, ad nomina fidelium dictas Sodalitati adscribendum.
Confratres sic adscripti singula die recitabunt semel Orationem dominicam et Salutationem angelicam, cum invocatione : Sancte ^gidi, ora pro nohis.
Concedimus autem indulgentiam quadraginta dierum, semel in die lucrandam ab omnibus sodalibus, qui prsefatas preces dévote recitaverint.
Datmn Brugis, in Palatio nostro episcopali, die 30" mensis Augnsti anno Domini 1865.
t JoANNES JosEPHUS, Episc. Brugen, De mandato 111'"' ac Rev'"' D"' Episcopi. L. S. F. 'NoLT, Can. Secret.
Quatre ans s'écoulèrent, et, malgré tous les efforts, la confrérie ne prospérait pas. Un honnête ouvrier de la paroisse fut Finstrument dont Dieu se servit pour la faire fleurir. Le 26 Septembre 1869, il se mit en quête de nouveaux membres; - il frappa à toutes les portes, ne se laissa rebuter par aucun refus, et fit si bien, qu'après quelques jours, deux à trois cents paroissiens s'étaient enrôlés sous la pacifique bannière de saint Gilles. Avant la fin de l'année, la confrérie comptait quatre cents membres. Au mois d'Août 1870, un conseil d'administration fut constitué, sous la présidence de M. le curédoyen; dès cette même année, par les soins de la confrérie, l'octave de saint Gilles fut célébrée avec grande solennité, et, pour attirer plus sûrement les fidèles, on eut soin d'annoncer les offices, par voie d'afficlies et de billets distribués à domicile. Voyant s'accroître ses ressources, le conseil de la confrérie, dans sa réunion annuelle du mois d'Août 1873, décida de faire célébrer, le troisième Mercredi de cliaque mois, un salut en l'honneur de saint Gilles. La confrérie fit confectionner une jolie bannière en 1871 (^), et une seconde en 1874; cette dernière est destinée à figurer aux funérailles des membres. Paisse la nouvelle confrérie continuer à fleurir, et, plus heureuse que ses devancières, braver le temps et ses vicissitudes !
IX. Coutumes populaiees, traditions locales. — La Saint-Gilles était jadis une fête populaire, et donnait lieu à des réjouissances, dont il reste encore quelques vestiges. Nous tenons de la bouche des vieillards de la paroisse divers détails
O Voyez la description de cette bannière, p. 79.
curieux, que nous voulons consigner ici, pour les sauver de l'oubli.
Comme dans beaucoup d'autres fêtes, le feu jouait le principal rôle dans celles de la Saint-Grilles.
Un feu de bois était allumé au milieu de la rue. Tandis que la flamme s'élevait joyeuse et pétillante, les habitants du quartier formaient des rondes en se tenant la main, et dansaient autour du feu, en chantant :
Gilleken heeft een fluitje gekocht, Een fluitje van twee blanken; ^ Roert, Gilleken, roert myn billeken, En laet de meiskens dansen (^).
Parfois on substituait au feu, soit une lanterne renfermant une cbandelle allumée, soit même simplement une ou plusieurs chandelles fixées dans la terre glaise. Aujourd'hui le feu de bois n'est plus en usage, et l'on ne se sert guère que de chandelles, avec ou sans accompagnement de lanterne; d'autre part, les rondes sont exclusivement composées d'enfants, qui chantent toujours le refrain traditionnel : Gillehen, etc.
Les enfants parcouraient, le soir, les rues de la paroisse, portant des citrouilles, des betteraves, de gros navets, artistement évidés et découpés, éclairés par une chandelle, et fixés sur un bâton; ou bien encore des bouts de gros câbles de navire goudronnés, qu'ils faisaient brûler en guise de torches. Le quatrain : GilleTcen, etc., formait le complément obligé de ce jeu, que la police a défendu, comme offrant des dangers réels d'incendie.
Autre divertissement. Les voisins formaient cercle en pleine rue, pour jouer au GilWke leeft nog. Yoici en quoi ce jeu consistait. On mettait le feu à une allumette, et on se la passait de main en main, jusqu'à ce qu'elle s'éteignît ou fût complètement consumée. Aussi longtemps que l'allumette con-
On chantait anssi : ... laet de vrouivTcens ou de ivyvelcens dansen. D'antres remplaçaient Roert Gilleken, par Vivat GilleJcen! Ces variantes s'expliquent aisément dans la bouche du peuple.
servait du feu, celui qui la remettait à son voisin, disait : Gilleke leeft nog, le petit Gilles vit encore. C^était surtout lorsque Fallumette menaçait de s^éteindre, ou qu^elle était sur le point de se consumer, qu'on faisait des efforts désespérés, pour y maintenir un souffle de vie. Celui entre les mains duquel Fallumette s'éteignait, devait payer une légère amende pécuniaire. Ce manège recommençait ensuite, pour ne finir que lorsque le produit des amendes suffisait à couvrir les frais d'un petit régal. Cet amusement est tombé en désuétude à Bruges, mais il existe encore dans quelques localités de nos Flandres (1).
Au reste, le dicton populaire Gillehe leeft nog n'est pas exclusivement propre à ce jeu; il s'emploie journellement dans une bonne partie du pays flamand, où on aime à se l'appliquer, par exemple, au sortir d'une maladie grave, après un accident qui a failli coûter la vie, etc.
Une légende, qui a cours parmi le peuple, explique, de la manière suivante, l'origine de ce dicton. Quand saint Gilles eut été découvert dans sa retraite de la forêt gothique, par quelques officiers de la suite du roi Wamba, ceux-ci furent douloureusement surpris, en voyant que la flèche, destinée à la biche du saint ermite, avait fait une blessure profonde à la main de son maître; pour les rassurer, le bon anachorète leur dit en souriant : Ce n'est rien, Gilles vit encore. " M. Gezelle a reproduit cette légende dans un curieux article du /aer 30, où il raconte aussi comment le Gillehe leeft nog se joue à Poucques, dans la Flandre orientale. Écoutons son récit :
De menschen vertellen daerby nog, 'k en weet met of 'fc waer is, als Sint Gillis die schote in zynen arm gekregen hadde, en dat koning Wamba, met zjne jagers, daer by hem stond, en klagen, dat Sint Gillis zei : " 't en. is niet ! Gilleke leeft nog ! " en dat men naderhand daer een familiespel van gemaekt heef t, dat ik, op eenen zekeren keer, te Poucke in Oostvlaenderen, hebbe zien spelen.
(^) Passé nne vingtaine d'années, nous avons vu souvent à Menin des enfants s'amuser à ce jeu.
I^amelyk :
De familie zit rond de tafel of rond den heerd, en men ontsteekt een sulfer, die men al branden, aen een's gebuer of een's gebuernege overgeeft, zeggende: " Gilleke leeft nog! " Gebuer of gebuernege doet en zegt percys bet zelve, en men geeffc alshan voort, van hand tôt band, tôt dat Gilleke dood is. In wiens banden Gilleke sterfi, dat is, de sulfer dood gaet, hy of zy moet pand geven, of boete doen, of is " a/" gelyk in andere spelen.
De schalkaerds trachten altyd, in 't overzetten, zoodanig de sulfer te houden, of, als men ze al vast beeft, te bewegen, dat men gevaer loopt van een's vingers te branden, bet gene, by kinders en vrouwelien bezonderlyk, aenleidinge geeft tôt uitroepen, schetteren, lacben en woeyeaeyen dat 't scbauwe geeft.
Dat altemael, gemengeld met den berbaelden roep van " Gilleke leeft nog ! " en de baestige beweginge van die Gilleke zou geern kwyt zyn, is éen leutig vertoog, waervan bet oud gebeugen misscbien menigen lezer of lezeresse zal doen monkelen (^).
Il n^est pas difficile de découvrir Porigine des feux de joie de la Saint-Gilles et des autres divertissements, dont nous avons parlé. Jadis à Bruges, et ailleurs, le commencement des veillées était fixé au P^" Septembre. Le luminaire d^hiver s^ allumait alors pour la première fois,, et Touverture de cette ^longue période de l'année, pendant laquelle les ouvriers travaillent à la chandelle (aujourd'liui détrônée par le pétrole), se prêtait, comme de juste, à une honnête récréation. Quoi de plus naturel de faire intervenir dans ces réjouissances le feu et la lumière, qui, durant de longs mois, allaient jouer un rôle si important ?
Il est vrai qu'à Bruges, et presque partout ailleurs, le commencement des veillées d'hiver a été reculé jusqu'aux premiers jours d'Octobre, ou même fixé à une époque plus avancée de l'année. Il y a cependant des contrées, où l'usage de les commencer à la Saint- Gilles s'est maintenu; telle est, en France, l'ancienne Picardie, (formant le département de
{}) H Jaer 30, n" du 2 Septembre 1865. — M. De Bo a inséré ce passage dans son Westvlaamsch Idioticon, tom, i, pp. 238, 239, v° Gillehe.
la Somme), témoin le dicton picard, encore en vogue de nos jours :
Al' Saint-Gilles, Saint-Leu, El' lampe à ch' cleu.
A cette époque (1^'^' Septembre), dit M. Fabbé J. Corblet, les ouvriers de la campagne suspendent leur créchet à un clou, pour commencer les veillées (^).
Nous trouvons quelques détails intéressants sur les amusements de la Saint- Gilles dans Touvrage de M. le baron de Reinsberg-Diiringsfeld, intitulé : Calendrier Belge. Fêtes religieuses et civiles, usages, croyances et ^pratiques 'pojmlaires des Belges anciens et modernes (^). Nous reproduisons en entier le passage de l^auteur, oii tout n'est pa,s également exact:
A Bruges commencent, le jour de Sint-Gillehen^', les veillées qui ailleurs ne prennent leur commencement qu^à la Saint- Michel, au premier lundi d^octobre, à la Saint-Gai ou à la veille de la Saint-Martin. Le luminaire de Fliiver s'allume pour la première fois, et pour ouvrir dignement la longue période de l'année pendant laquelle les ouvriers travaillent à la cliandelle, les artisans ou artistes donnent un régal, que l'on appelle " Keershegieting '\ arrosement de la cbandelle. Autrefois la dame maîtresse donnait à cette occasion un repas, oii l'oie, entourée de lumières {licMgans), jouait un rôle obligatoire. De nos jours les cabarets regorgent d'ouvriers qui se croient tenus à faire honneur à la dénomination bachique du jour, en lui donnant une acception par trop littérale. Aujourd'hui ce n'est qu'à Ypres, que la Keershegieting " donne encore lieu à une cérémonie qui est fort singulière.
^' On y place, le soir du premier lundi d'octobre, au milieu de la voie publique, une grande chandelle, autour de laquelle circulent en dansant des guirlandes de jeunes garçons et de
Hagiographie du diocèse d'Amiens, tom. iv, Arras 1874, p. 305. ('") Bruxelles 1861-1862.
jeunes filles. Tout en se tenant par la main^ les danseurs et les danseuses font des évolutions en tous sens et présentent parfois^ à la lumière des cliandelles qui éclairent les groupes^ les tableaux les plus ravissants (^).
Nous joignons ici quelques détails^ qui nous semblent trouver leur place à la fin de ce paragraphe^ bien qu^ils concernent la Flandre en général^ sans rapport spécial avec la ville de Bruges.
En beaucoup d^ endroits, les petits écoliers célébraient la Saint- Gilles comme une de leurs principales fêtes. M. Frans De Potter,, notre infatigable historien, a bien voulu nous communiquer la note suivante, qui décrit cette fête d'enfants :
Het S* Gillisfeest was vroeger algemeen verspreid in Ylaanderen, en is heden nog op vele plaatsen in gebruik.
Eenige dagen voor de plechtigheid brachten de kleine knapen der speelschool een zeker getal centen meê, die, in de handen der meestersse verzameld, een klein sommeke uitmaakten. Dit was de kermisschat.
Op S* Gillisdag, 's morgens vroeg, kwamen de kinderen in hun zondagskleed naar school, Als allen er waren, wierd er een hoed met lotjens voor den dag gehaald, en de bruid of de bruidegom van 't feest getrokken. De gelukkige bruid werd verwellekomd met eenen monster
(^) Tom. II, Bruxelles 1862, p. 131, — L'auteur cite ensuite, mais d'une façon incomplète, le proverbe picard rapporté par M. Corblet; il l'énonce ainsi :
A la Saint-Leu, La lampe au cleu.
Parlant du culte de saint Gilles en Belgique, le baron de Reinsberg écrit, que plusieurs des sanctuaires dédiés au saint abbé sont le but de nombreux î»èleiinages, et que les fidèles y affluent de tous côtés, pour invoquer l'intercession du Saint contre le cancer ou le mal de saint Gilles. Il ajoute en note, d'après l'allemand Liebreclit, qu'en France on faisait autrefois passer un enfant, malade du mal de saint Gilles, dans la cbemise de son père, et qu'on portait ensuite cette chemise sur un autel du Saint (op. et tom. cit., p. 130). Nous ignorons oîi l'auteur a puisé les renseignements qui concernent nos provinces. Les réponses obtenues de tous les points de la Belgique, nous permettent d'assurer que, dans aucune église ou cliapelle du pays, on n'invoque saint Gilles contre le cancer; en revanche, on implore presque partout le secours du Saint contre le mal caduc ou le haut mal, qui, dans certaines localités, est appelé le mal Saint-Gilles, c'est-à-dire, le mal pour la guérison duquel il faut recourir à saint Gilles (Teissonniee, Notice historique sur Saint Gilles, p. 97). Le baron de Reinsberg aura confondu le mal caduc avec le cancer.
oranjekoek. Onder luid geroep liep men nu naar buiten op de speelplaats, vormde daar eenen stoet, en trok naar 't huis der bruid. De koninginne van 't feest stapte met haar geschenk op den arm in 't midden van de speelgenooten. Aan haar huis hield men stil; men strooide loof en bloemen voor de deur, en danste, tôt dat men binnentrok. Nu begon wat anders. De moeder der bruid diende den geheelen hoop hier en mastellen, of mastellen en chocolade op. Omtrent den middag keerden de kleinen naar hunne ouders terug.
's Namiddags vereenigden zich de kleinen op nieuw in de speelplaats, die nu veel meer geleek aan eene kermiskamer. 't Was nu de meestersse zelve, die tracteerde met hier en lekkergoed. Als het buikje der kinderen vol was, liet zy hen springen en zingen, tôt dat het uur sloeg om naar huis te gaan.
Den volgenden dag was 't nog eens kermis. De meestersse trok met hare kleinen naar buiten : een speelman voorop, de kinderen hem dansend achterna. Men trok éene groote boerenherberg, voor dien dag besproken, binnen, en smulde lekker aan welgesuikerde rystpap of wafels.
Tegen den avond, naar huis.
On attribue au jour de la fête de saint Gilles une grande influence sur le temps. D'après un vieux dicton flamand, le temps qu^il fait à la Saint-Gilles se maintient quatre semaines durant :
't Weere dat Sint Gillis biedt
En eindigt voor de vier weken niet.
D'autres disent que s'il pleut le 1^^ Septembre, il pleuvra pendant quarante jours (^).
Nos pieux ancêtres ont pris plaisir à consacrer aux Saints les plantes et les fleurs. Saint Gilles n'a pas été oublié; l'orpin reprise, Sedum telephium, lui est dédié (^).
(^) CoREMANs, L''année de Vancienne Belgique, dans les Bulletins de la Commission royale d^histoire, série, tora. vii, Bruxelles 1844, p. 95. — Item DE Reinsberg, op. et tom. cit., p. 130.
(^) DE Reinsberg, op. et tom. cit., p. 130. — Orpin est le nom d'un genre de crassulacées, dans lequel on distingue l'orpin reprise, dit vulgairement orpin, grassette, joubarbe des vignes, herbe aux coupures, herbe aux charpentiers, feuille grasse et feuille épaisse (sedum telephium), et l'orpin acre, vermiculaire brûlante, sédon brûlant {sedum acre). (Littré, Dictionnaire de la langue française, tom. iii, Paris 1874, p. 865, v" Orpin.) L'orpin reprise est
E) SOUVENIES DIVERS DU CULTE DE SAINT aiLLES