PROVINCE DE BRABANT
(ARCHIDIOCÈSE DE MALINES)
Trois églises paroissiales de cette province sont placées sous l'invocation de saint Gilles, celles de Cumpticb, de Grand-Bigard et de Saint-Gilles-lez-Bruxelles.
I. - CUMPTICH (') La paroisse de Cumpticb existait certainement déjà au
(^) Détails communiqués par M. l'abbé Lavant.
(") Voyez une courte notice biographique sur M. le curé Van Oosthuyse. clans la feuille hebdomadaire De godsdienstige Week van Vlaanderen, vu jaar. 1874-1875, pp. 303, 304, 311, 312. C'est aux efforts persévérants de ce digne curé que la populeuse commune de Zele doit sa magnifique école dominicale) et la plupart des constructions de son hospice; cette dernière maison, servanti» à la fois d'hôpital et de refuge pour les vieillards et les orphelines, est deve | nue, grâce à M. Van Oosthuyse, l'un des établissements de bienfaisance le: ,' plus importants de nos Flandres. ji Cumptich est situé à 4 kilomètres N. N. 0. de Tirlemont. Voyez, sul cette localité, Van Gestel, Hisforia sacra et lorofana Archiepiscopatus Mechlim niensU, tom. i, Ilagae Comitum 1725, p. 279, et surtout Wauters, La BelgiqvË ancienne et moderne. Géographie et histoire des communes belges. ArrondisscJ ment do Louvain. Canton de Tirlemont (Communes rurales, deuxième partie" Bruxelles 187fi, pp. 138 et suiv.
Dans les anciens documents, Cumptich est appelé tantôt Cumptheui (Van Gestel, loc. cit.), tantôt Conteyum (acte de 1189, à citer), Contheym Le sceau d'un acte échevinal de 1375, conservé à l'abbaye de Parc-lez-Louvaii porte S. commune scabinorum de Contheyo (R. P. Moulaert, Essai sur comté de Bmnengeruz^ appelé, par les historiens modernes, comté de Brugero\
XII*^ siècle (^). Nous en trouvons la preuve dans un acte, par lequel Rodulplie, évêque de Liège, et l'arcliidiacre Albert (^), prévôt de la collégiale de Saint- Jean l'JÉvangéliste, en cette ville, confirment la cession de Téglise et des dîmes de Tirleniont, faite au chapitre de cette collégiale; cet acte est daté du 1" Janvier 1189, et parmi les témoins nous voyons figurer Godescalc de Cumpticli {Godescalcus de Gonteyo) (^).
La fondation de l'église de Cumpticb doit être bien antérieure à cet acte, puisque, dès le commencement du XIII^ siècle, cette église possédait des revenus considérables^
dans les Bulletins de la Commission royale cfhistoire, 2^ série, tom. x, Bruxelles 1858. Ce détail se trouve à la page 185, en note). Un pouillé du diocèse de Liège, auquel ressortissait Cumpticli, avant l'érection des nouveaux évêchés aux Pays-Bas, pouillé dressé en 1558, à l'occasion de Tavénement du princeévêque Robert de Berghes, désigne l'église de Cumptich sous le nom de Contegum (Analectes pour servir à Vhistoire ecclésiastique de la Belgique, tom ii, Louvain 1865, p. ] 45). Voyez, au reste, Wauters, op. et tom. cit., p. 138^ l'auteur relève les variantes qu'on observe, aux diverses époques, dans le nom de cette localité.
La paroisse de Cumpticb est administrée, depuis le 25 Septembre 1828, par M. ,T. Théodore Lanen. Nous avons de grandes obligations à ce vénérable ecclésiastique, pour l'intérêt qu'il a daigné nous témoigner, dans le cours de nos reclierches; malgré son âge, M. Lanen fut un des premiers à résoudre les demandes de notre questionnaire, et à peine nous avait-il retourné celui-ci de quelques jours, qu'il nous adressait, le 5 Juillet 1871, une lettre supplémentaire, remplie des plus curieux détails.
La longévité semble un apanage des curés de Cumpticb. Depuis 260 ans, la cure n'a compté que huit titulaires (Wauters, op. et tom. cit., p. 157).
{}) Le nom de Cumptich, dit M. Alphonse Wauters, " témoigne de son ancienneté, car il est évidemment d'origine celtique : il dérive de /comb, kumh, qui signifie, suivant Du Cange, un vallon entouré de hauteurs, ce qui correspond bien à la situation du centre de la commune. " (Op. et tom. cit., p. 138.)
("-) Cet archidiacre n'est autre que saint Albert de Louvain, élu évêque de Liège, le 8 Septembre 1191, sacré à Reims, le 20 Septembre 1192, et massacré traitreusement aux portes de cette ville, le 24 Novembre de la même année.
(^) Archives de l'État à Liège. Cartulaires du chapitre de St.-Jean, n^'iôG et 457, section F, case 6*^. Le texte de cet acte, tel que nous le trouvons dans Miraeus (Opéra diplomatica, tom. i, Lovanii 1723, p. 190) fourmille de fautes; pour n'en citer qu'une, on y lit Godescalcus de Contexo, au lieu de CoxTEYo. M. Bets a donné une copie exacte de ce document dans son Jlistoire de la ville et des institutions de Tirlemont, tom. ii, Louvain 1861, pp. 210- 213, parmi les pièces justificatives.
ce qui permet de supposer une origine déjà ancienne. Par acte du 25 Mars 1212, Florent, abbé d^Inde ou de Cornelismunster, près d'Aix-la-Chapelle {^), voulant pourvoir à l'insuffisance des revenus de ses religieux, céda à la communauté de son monastère deux des meilleures églises, c'est-à-dire, des plus richement dotées, dont la collation lui appartenait; Cumpticli était l'une d'elles {^).
Ce droit de collation exercé primitivement par l'abbé, et plus tard par la communauté de Cornelismunster, nous aidera à découvrir l'origine du culte de saint Gilles à Cumpticli. Cette abbaye appartenait à l'ordre de Saint-Benoît, dont saint Gilles est une des plus brillantes illustrations. Autrefois, et probablement à une époque reculée (^), il y avait à Cumptich un prieuré de Bénédictins, dépendant de l'abbaye-mère de Cornelismunster; c'est Van Gestel qui nous l'apprend : Hic
(^) " L'empereur Louis-le-Débonnaire, le fils de Charlemagne, fonda, près d'Aix-la-Chapelle, une grande abbaye dont il confia la direction à saint Benoît d'Aniane et qui reçut le nom de Sint-Corneli Munster (le Monastère de Saint- Corneille) ou, d'après un ruisseau qui en arrose l'emplacement, d'IwcZe. Selon la tradition, c'est depuis cette époque que Cumptich, etc., appartinrent aa monastère d'Inde; mais aucun document de ce dernier ne les mentionne antérieurement au XIII*^ siècle. Cumptich est toutefois cité, dès 1047, comme une des localités oii Folcard, premier seigneur d'Aa (à Anderlecht), avait des possessions. " (Wauters, op. et tom. cit., p. 144.)
L'église de Cumptich a été reconstruite en partie, il y a une quarantaine d'années. M. Wauters signale à l'attention des archéologues le mur terminal de l'abside, dont la constraction, en style byzantin, remonte probablement an XI"^ siècle. Entre autres ornements de ce mur " on remarque un petit cartouche de forme carrée, et offrant le buste d'un personnage, qui n'est autre, peutêtre, que Louis-le-Débonnaire, fondateur de l'abbaye d'Inde. " (Op. et tom. cit., p. 158.)
(^) Christian. Quix, Codex diidomaticus Aquensis, tom. i, p. 76. — Voyez Wauters, Table chronologique des chartes et diplômes imprimés, concernant Vhistoire de la Belgique, tom. m, Bruxelles 1871, p. 356; voyez aussi l'aualyse de diverses pièces qui se rattachent à cette cession, au tome iv de ce vaste travail (Bruxelles 1874), pp. 197, 256, 633, 645, 666.
('*) Nous avons déjà dit que l'abbaye de Cornelismunster, dont le prieuré de Cumptich était un rejeton, fut fondée, au IX'^ siècle, par Louis-le-Débonnaire; un acte émané de ce prince, le 8 Février 821, affranchit le monastère du droit do tonlieu, dans toutes les provinces de son em})ii'c. (Mir/KUS, Opéra diplomaticay tom. m, Bruxellis 1734, p. 288.)
locij dit-il, olim fuit Prœposititra Benedictinorum ah Ahhatia Indensi dépendons (^). L'église de Cumpticli, sans aucun doute, doit son origine à ce prieuré, et il n'y a rien que de très -naturel à supposer, que les fondateurs lui auront donné pour patron un Saint de leur ordre, dont le culte, autorisé par d'éclatants miracles, commençait à se répandre par toute la chrétienté.
Saint Gilles est donc le titre de Féglise, dont un des autels lui est dédié; il est en outre le patron du lieu.
A l'entrée du chœur, on voit deux niches, en style renaissance, avec les statues de saint Gilles et de saint Corneille (2).
Il y avait (dans Féglise de Cumptich) un grand nombre de chapellenies... La chapellenie de Pautel de la messe des âmes [de zielmis) ou de Saint-Gilles (ailleurs de Saint-Éloi) était, en 1619, chargée d'une messe à dire le dimanche matin et d'une messe à dire dans la semaine, et dotée de 2 b. 1 journal (^) de terres, 3 journaux de pâtures et i journal de jardins, voisin du cimetière (revenu en 1787, 93 fl. 12 sous) " {'^).
Le saint abbé est en grande vénération, non-seulement auprès des paroissiens de Cumptich, mais encore auprès des
(^) Historia sacra et profana Archiepiscopatus Mechliniensis, tom. i, p. 279.
(^) Wauters, Géographie et histoire des communes belges, tom. cit., p. 158.
(^) Journal ou Journau est nne ancienne mesure agraire. L'étendue du journal a été calculée sur ce qu'une charrue peut labourer en un jour, et comme il y a des terres plus aisées à labourer que d'autres, le journal n'avait pas la même étendue partout. Le mot journal, pris en ce sens, est fort ancien. Par acte de vente, passé la trente -troisième année du règne de Charlemagne (801), Betton cède à saint Ludger, entre autres choses, un journal de terre labourable, et uno JURNALi m te7'ra arabili {Dictionnaire de Trévoux, tom.v, Paris 1771, p. 257, Journal). Le mot journal répond au latin jttgreî'um, ce qu'une paire de bœufs peut labourer en un jour, et au flamand Dachmael, Dachwant, termes qu'on rencontre dans les anciens textes : Ende ierst hinnen laheurt hy drye dachmaelen landts.... — I)aer mede hy es Idbeurende diverssche landen, huyten dese stadt ende prochie liggende, behoudelyck een dachwant lants ende es toehehoorende (Van Even, Geschiedenis van Leuven, geschreven in dejaren 1593 en 1594 door Willem Boonen, thans voor de eerste maal uitgegeven, Leuven 1880, p. 346, col. 2, et p. 347, col. 1.) {*) Wauters, op. et tom. cit., p. 157.
fidèles des environs, qui viennent en foule l'invoquer contre l'épilepsie ou le mal caduc. Il n'est pas de jour dans l'année qui n'amène des pèlerins, et l'église ne désemplit pas à la fête de saint Gilles et durant son octave. Les pèlerins offrent ce (ju'on appelle des cœurs vivants, levcnde herteHj des poules, des pigeons, des dindons, parfois des agneaux et des porcs (^).
Il est d'usage de réciter sur les pèlerins une formule de bénédiction, après quoi on leur présente à baiser les reliques du saint patron {-). Cette formule étant assez longue, il serait impossible de la répéter pour chaque fidèle, surtout quand la foule est grande, comme dans les premiers jours de Septembre; on se contente alors, au fur et à mesure de l'arrivée des pèlerins, de les bénir tous ensemble par une même formule.
Les femmes, qui se trouvent dans une position intéressante, viennent réclamer cette bénédiction pour obtenir une heureuse délivrance^ mais on la donne principalement aux enfants sujets au mal caduc {^); quoique conçue en termes généraux, la bénédiction est destinée avant tout, comme l'intitulé le prouve, aux malades atteints de cette triste infirmité. Voici le texte de la formule, tel que nous l'a communiqué M. le curé Lanen :
BENEDICTIO QUiE IN ECCLESIA LOCI DE CUMPTICH DATUR EPILEPTICIS VEL MORBO CADUCO LABOE.ANTIBUS.