‹ Saint Gilles (volume 2)Chapitre 81 sur 253 · VII. - VALENCIENNES · texte numérisé non relu

VII. - VALENCIENNES

Saint Gilles fut choisi de bonne heure comme patron de Valenciennes, ce qui explique la popularité de son culte dans

Q) Lettre du 20 Avril 1872.

(^) Lisez : Flavius Wamba. «

(^) Le tableau décrit par M. Desilve est mentionne dans le travail de M. Cellier : Une commune flamande. Recherches sur les institutions politiques de la ville de Valenciennes; travail, qui occupe presque tout le tome III des Mémoires historiques sur V arrondissement de Valenciennes, publiés par la Société d'' agriculture, sciences et arts, Valenciennes 1873. Voyez pp. 251, 252. L'auteur se trompe, en donnant le nom de Pharamond au prince, que le tableau d'Onnaing nous montre agenouillé aux pieds de saint Gilles.

Nous avons eu la chance belle, en ce qui concerne Valenciennes. Par sa lettre du 21 Février 1872, M. le chanoine Destombes, de Cambrai, nous apprenait, entre autres choses, l'existence à Onnaing d'un tableau de prix, retraçant un épisode de la légende de saint Gilles. M. l'abbé Lefcbvre,

cette ville, durant plusieurs siècles. Les auteurs, qui se sont occupés de Fliistoire religieuse de Yalenciennes, vont nous fournir à cet égard de curieux renseigneriients.

Yoici tout d'abord ce que nous lisons dans un rarissime petit livre, intitulé : La dévote et solemnelle procession, quy se faict en la Ville de Valencienne, le huictième jour de Septembre (1) :

L'Eglise de S. G-illes, dite de ?Hostellerie. " L'an de grâce 367, Yalentinien Empereur fit bastir quelques ramparts en forme de Yille à-l'entour du Chasteau du Yal des Cygnes, et la nomma Yalentinienne, maintenant nous l'appelions Yalencienne, et Comme il estoit bon Chrestien il fit détruire les Idoles, et convertir le peuple à la Foy Catholique : dedans ce Chasteau il y avoit un viel Hospital pour les Sarrazins, il le restaura, (C'est or' la maison de l'Hostellerie) et y fonda une petite Eglise à l'honneur de Dieu et de Monsieur S. Gilles. Aussy est il le Patron de la Yille, et Ceste Eglise la première et la plus ancienne de toutes " (^).

pro-curé de cette paroisse, auquel nous avions demandé des renseignements, nous fit répondre par M. l'abbé Isidore Desilve, curé de Basuel, que nos lecteurs connaissent déjà, et qui avait rempli jadis les fonctions de vicaire à Onnaing. La lettre de M. Desilve, datée du 20 Avril 1872, contenait, outre la description du tableau, plusieurs détails intéressants sur le culte de saint Gilles à Valenciennes. Cette lettre fut le point de départ d'une active correspondance, qui enrichit notre répertoire de neuf lettres, d'un style charmant et d'une surprenante variété de détails historiques, liturgiques et artistiques. M. le curé Desilve a bien mérité de notre travail; il a apporté une bonne et solide pierre à l'édifice si laborieusement élevé à la gloire de saint Gilles, et, dût son humilité en souffrir, nous sentons le besoin de le remercier publiquement de son intelligent et vigoureux coup de main.

Nommons encore ici, comme ayant droit à toute notre reconnaissance, M, le chanoine Jules Lasne, ancien doyen de Saint- Géry, à Valenciennes, aujourd'hui curé-doyen de Saint-Maurice, à Lille, bien connu par ses édifiantes notices biographiques sur plusieurs prêtres éminents du diocèse de Cambrai. Le digne doyen nous fit l'honneur de nous adresser, le 19 Février 1872, une longue lettre, remplie de détails la plupart inédits; c'était le fruit des recherches de I M. Caffiaux, le savant archiviste de Valenciennes, consulté par M. Lasne, et qui I avait mis à nous obliger tout l'empressement et toute la bienveillance possibles. Mille remerciments à MM. Lasne et Caffiaux pour leur concours dévoué. (-) A Valencienne, de l'Imprimerie de lean Vervliet, à la Bible d'or, 1614, P. 67. — Cet extrait nous a été communiqué par M. le curé Desilve.

Un anachronisme impardonnable dépare ces lignes. Elles nous montrent Fempereur Valentinien dédiant une église à saint Grilles, en 367; or, le Saint mourut, au plus tôt, en 720 ! ! Les autres historiens de Valenciennes, tels que Simon Le Boucq (^) et le P. Pierre d^Oultreman (2), ont eu soin d^éviter cette erreur.

Simon Le Boucq nous a laissé, entre autres travaux, un Bref Recueil des Antiqvitez de Valentienne. Où est représenté ce qui s'est passé de remarquable en ladiste Ville et Seigneurie^ depuis sa fondation iusques à Van 1619 {^).

Nous y lisons à Fannée 367 :

" L^empereur Yalentinian restaura le Chasteau du Val des Sens, et luy imposa son nom, à sçauoir Valentinianne, luy octroiant diuers Preuileges Impériaux, mettant aussi hors dVn Hospital qui y estoit, les Vierges dédiées à la Déesse Vesta, et y mit des Chrestiens pour subuenir aux panures affligez. Iceluy Hospital at du depuis esté dédié à Phonneur

(^) Simon Le BoTicq, né à Valenciennes, le 15 Juin 1591, mourut en cette ville, le l^' Décembre 1657. On lira avec plaisir la Notice historique et hihliographique sur Simon Le Boucq, prévôt et historien de Valenciennes, écrite par M. Arthur Dinaux, et insérée dans les Archives historiques et littéraires du Nord de la France et du Midi de la Belgique, nonv. série, tora. iv, Valenciennes 1842, pp. 607 et suiv.

(^) Pierre d'Oultreman, né à Valenciennes, en 1591, entra, à l'âge de vingt ans, dans la Compagnie de Jésus. Il se distingua par son talent pour la chaire, mais la faiblesse de sa santé le fit renoncer à cette carrière, et il se livra à Tétude de l'histoire. Il mourut dans sa ville natale, le 23 Avril 1656. Voyez la liste de ses écrits, dans la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus, des PP. Augustin et Aloïs De Backer, tom. i, Liège 1853, pp. 537, 538.

(') A Valentienne, de l'Imprimerie de lean Vervliet, à la Bible d'or, l'an M. DC. XIX.

Cet ouvrage, formant un volume in-8, de 42 pages et un feuillet non ; chiffré, est la seule des nombreuses productions de Simon Le Boucq, livrée à l'impression, pendant la vie de l'auteur. Les exemplaires du Bref Recueil étant devenus d'une excessive rareté, M. Arthur Dinaux jugea utile de le réimprimer, en forme de fac-similé, dans les Archives historiques et littéraires du Nord de la France et du Midi de la Belgique, nouv. série, tom. iv, pp. 505 et suiv.; cette réimpression est précédée de la biographie de Simon Le Boucq. M. Dinaux y a joint, outre un court glossaire (pp. 565-567), le portrait de l'historien, gi-avé d'après son bustè en marbre, qui orne le musée de Valen- | '-•iennos.

de Dieu et de S. Gîlle, et s'appelle pour le iourd'huy FHostelerie du Cliasteau S. lean" (^).

L'ouvrage du P. d'Oultreman, auquel nous faisons allusion, est La Cour saincte de la Glorieuse Vierge Marie à Valentiennes, ou Discours moraux et historiques tant sur la feste et les mystères de la Nativité de Nostre-Bame que sur V origine et les pièces les jplus considérables en la solemnelle et dévote procession qui se faict en ceste ville annuellement, par le commandement de la mesme Vierge, le jour de sa feste (^) .

L'auteur s'énonce ainsi :

" La plus ancienne Eglise de ceste ville, selon la créance commune, et la tradition, est celle de l'Hostellerie, ou Hospital de Sainct Grilles, jadis maison et temple des Vestales; depuis rebastie et desdiée à Dieu et à sa glorieuse Mère par l'Empereur Yalentinian, aux environs de l'an de nostre Seigneur 367 ou 68, d'où il appert que cest Empereur ne fut pas le fondateur, nj bâtisseur de Yalenciennes (comme aucuns ont pensé) mais restaurateur et parrin seulement. Aussi André Thenet, après plusieurs anciens auteurs, escrit que la ville

(^) Archives historiques et littéraires du Nord de la France et du Midi de la iBelgique, nouv. série, tom. iv, pp. 537, 538.

Voyez encore, STir la " bonne maison de l'Hostellerie dn Chastean Sainct Jehan ", à Yalenciennes, Le Boucq, Histoire ecclésiastique de la Ville et Qortité le Valentienne (1650), publiée par les soins de MM. Prignet et Dinanx, d'après e manuscrit autographe de l'auteur, appartenant à la Bibliothèque publique le Yalenciennes, VEtlenciennes 1844, pp. 179 et saiv.

Après avoir dit que la ville de Yalenciennes doit son nom à l'empereur Valentinien, qui y vint en 367, l'auteur ajoute que ce prince fit partir les i/"estales, établies, au château, et " y feit bastir une chappelle, laquelle il feit llédier et consacrer à l'honneur de Dieu et de l'incomparable Yierge... " Quelques lignes plus loin, Le Boucq écrit :

" Du depuis ce lieu tomba en ruine, mais fut rebasti plus grand qu'il 'estoit, et la chappelle rendue plus spatieuse comme on le voit à présent, t fut dédiée à l'honneur de Nostre- Sauveur et Eédempteur Jésus- Christ fc de Saint-Gilles, à raison que ladicte ville, presque au mesme temps dudit ebastiment, avoit, après la glorieuse Yierge, prins ledict sainct pour Patron, 'omme elle tient encore présentement " (p. 180, col. i).

L'article est accompagné d'une vue de la chapelle.

(-) A Yalentiennes, chez Jean Boucher, 1653.

de Valeiitiennes estoit en estre avant que Jules César vinst en Gaule. Plusieurs siècles après Yalentinian (nous n^en savons pas le temps précis) ceste Eglise fut rebastie et desdiée à S* Grilles Abbé, lequel par ceste occasion fut choisy pour Patron secondaire de ceste ville (^).

Simon Le Boucq et le P. d'Oultreman ne précisent pas Fépoque à laquelle F église de V Hostellerie fut reconstruite, et mise sous le vocable de saint Gilles. M. Fabbé Julien, dans son travail, portant pour titre : Le culte de Notre-Dame du Saint-Gordon a Valenciennes, du XI^ au XIX^ siècle (^), place cet événement au VIP siècle :

" Saint Gilles, dit-il, est le patron de Valenciennes. Lorsqu'au VIP siècle on voulut rebâtir Fhôpital et la chapelle que Valentinien avait fait élever sur remplacement d'une maison de Vestales, le nouveau temple fut consacré en Fhonneur de saint Gilles. Ce pieux personnage, mort peu auparavant, avait rempli toute la Gaule du bruit de ses miracles; Cliildebert l'avait eu en grande vénération; on comprend donc aisément pourquoi il fut choisi comme titulaire de l'église. C'est le premier saint à qui Valenciennes voua un culte spécial : aussi est-il devenu le patron de la ville toute entière " (^).

Impossible de nous rallier à l'opinion de M. Julien, et ce pour l'excellent motif, qu'on n'a pu, au VII^ siècle, dédier une église à saint Gilles, mort au VIII^ Nous croyons plus sage de dire, avec le P. d'Oultreman, que la reconstruction de l'église ou chapelle de l' Hostellerie, sa dédicace en l'honneur de saint Gilles, et le choix que les Valenciennois firent de ce Saint, comme patron de leur ville, remontent à

Q) Nous devons la copie de ce passage à Mgr. Le Hardy du Marais, aujourd'hui évêque de Laval, et qui, à l'époque de sa bienveillante communication (14 Mars 1876), était vicaire général honoraire de Nevers, et résidait a Valenciennes, sa ville natale, où il avait réuni une riche collection de livres, sortis des anciennes presses valenciennoises.

(-) Valenciennes 1864.

plusieurs siècles après Valentinien, mais que nous n'en savons pas le temps précis.

D'Oultreman ne reconnaît à saint Gilles que le titre de patron secondaire de Yalenciennes; il diffère en cela des autres historiens^ qui qualifient ce Saint, sans restriction aucune^ de patron de la ville.

Le culte de saint Gilles — nous écrit M. le doyen Lasne, — s'est affaibli progressivement à partir du XI^ siècle, quand la sainte Vierge fut devenue, après le miracle de Fan 1008, la patronne de Yalenciennes, sous le nom de Notre-Dame du Saint- Cordon (^). D'ailleurs, il semblait déjà auparavant relégué au rang secondaire, à cause du culte populaire rendu à saint Saulve, qui fut un apôtre du pays (^) .

Q) En 1008, une peste affreuse décimait la ville de Valenciennes, qui vit succomber, en quelques jours, huit mille de ses enfants. Les remèdes humains étaient impuissants à conjurer le fléau; la population le comprit, se tourna vers le ciel, et mit toute sa confiance en Marie. Le dernier jour du mois d'Août, la Mère de Dieu apparut à un saint ermite, nommé Bertzolin, et lui enjoignit de dire aux habitants de Valenciennes, qu'ils eussent à se réunir sur les remparts de leur cité, le 7 Septembre, à la tombée de la nuit, pour être témoins de la merveille, qui allait s'accomplir. Au jour et à l'heure marqués, en présence de plus de quinze mille spectateurs, la Vierge, entourée d'une auréole étincelante et accompagnée d'une troupe d'anges, descendit au-dessus de l'antique oratoire, bâti en son honneur par Charlemagne. Elle tenait à la main un immense cordon écarlate. Un ange en prit une extrémité, et, d'un essor rapide, fit le tour de la ville, dans une circonférence de deux lieues, en laissant tomber sur son passage le précieux cordon, qui bientôt environna la cité comme d'une ceinture protectrice. Quand la vision céleste se fut évanouie, Marie visita une seconde fois l'ermite Bertzolin, et le chargea de 1 signifier aux habitants de Valenciennes, que chaque année, au jour de sa Nativité, ils devaient faire une procession solennelle, en suivant le tracé du cordon descendu des cieux; qu'il fallait commencer dès le lendemain, et qu'au retour, la peste cesserait de sévir. Ainsi fut fait, et le fléau disparut. Le Magistrat, au nom de la cité, s'engagea par vœu à faire tous les ans, le 8 Septembre, une procession en l'honneur de la Vierge Marie, vénérée depuis lors à Valenciennes, sous le nom de Notre-Dame du Saint-Cordon. Cette procession a lieu encore aujourd'hui. (Julien, Le culte de Notre-Dame du Saint-Cordon à Valenciennes, pp. 13 et suiv. — Possoz, Les sanctuaires de la Mère de Dieu dans les arrondissements de Garnirai, Valenciennes et Avesnes, Lille 1848, pp. 83 et suiv. Le P. Possoz donne à l'ermite le nom de Bertelain.

(^) Saint Saulve, évêque régionnaire d'après les uns, d'après les autres evêque d'Angoulême, prêcha la foi à Valenciennes et dans les environs, et fut

Gardons-nous exagérer la portée de ces lignes; mal comprises, elles tendraient à faire croire, que les Valenciennois laissèrent insensiblement tomber dans Foubli le culte du premier patron de leur cité. La dévotion à Notre-Dame du Saint-Cordon et à saint Saulve, si développée qu^on la suppose, n'empêcha jamais les habitants de Valenciennes de donner des témoignages multiples, et non équivoques, d'amour et de vénération envers saint Gilles; les nombreux détails, que nous allons faire passer sous les yeux du lecteur, ne laisseront aucun doute à cet égard.

Nous disons donc que toujours le peuple de Yalenciennes eut une grande dévotion pour le saint abbé; c'est au point qu'on en était venu à ne prononcer jamais le nom de saint Gilles j sans j ajouter ces mots, en forme de rime : le patron de notre ville (^) .

La bannière de saint Gilles était regardée comme la bannière de la cité; cette bannière, dit un historien, n'était pas en moindre renom à Valenciennes, que celle de saint Denis en France (^). Elle figurait dans les processions, et en particulier dans celle du 8 Septembre, instituée en l'honneur de Notre- Dame du Saint-Cordon. Quand la guerre ou des bandes armées ravageaient la campagne, on faisait appuyer le cortège d'un corps de bourgeois équipés, auxquels il était enjoint de se rallier, en cas d'attaque, autour de la bannière de saint Gilles.

Les comptes de la ville de Valenciennes, de l'année 1381, renferment de curieux détails sur la confection d'une nouvelle bannière. Parmi les paiements, qui y sont renseignés, nous rencontrons les suivants :

martyrisé près de cette ville, à Benvrage, le 26 Juin 798, d'après d'Oultreman.

Voyez Destombes, Les Vies des Saints des diocèses de Cambrai et d^Arras,

tom. III, Cambrai 1852, pp. 187 et suiv.

(^) Détail communiqué par M. le curé Desilve.

(2) Julien, Le culte de Notre-Dame du Saint-Cordon à Valenciennes, pp. 182, 183.

A Jehan de Malines, pour blanc cendal(^), soye et frienges(2) a lui accatet (^) par Jehan de Yendeyies, au command dou Pourvost (^) et des Jurés, pour faire une baniere et 1 S* Gilles ens (®), pour porter avoec (') les gens d'armes de piet, le jour de la pourcession, et yans (^) ralier a iceluy, se (^) besoins estoit, ensi que ordenet fu (^°) des dessus dis Pourvost et Jurés....

A Oolard de Marciennes pointre, pour son sallaire de poindre la dite baniere et faire ens 1 S' Gilles,., xxv s. (").

Une statue de saint Gilles décorait la façade de ^ancien hôtel de ville de Valenciennes, bâti, en 1336, par Guillaumele-Bon, comte de Hainaut; cette façade subsista jusqu^en 1612, époque de la construction de la façade actuelle, restaurée, en 1778, par Danezan(^^). Une gravure au trait de cet élégant édifice accompagne ^article de M. Arthur Dinaux, inséré dans les Archives historiques et littéraires du Nord de la France et du Midi de la Belgique, sous le titre à'Entrée joyeuse de Vemjpereur Gharles-Quint en sa ville de Valenciennes, avec les fils du roi de France, François du nom (1540) (^^). A la hauteur du premier étage, presque au-dessus

{}) Cendal, sorte d'étoffe de soie, dont on se servait au moyen âge, surtout pour les bannières. Ce mot paraît dériver du latin sindon, grec atvhœv, étoffe fine (Littré, Dictionnaire de la langue française, tom. i, Paris 1873, p. 522, col. 2, v° Cendal).

(^) Frienges, franges.

(^) Accatet, achetés.

{^) Au command, au commandement, sur l'ordre. (^) Pourvost, prévôt.

(®) Ens, dedans, du latin in : une figure de saint Gilles dans le champ. (') Avoec, avec.

(^) Yans, gens.

(«) Se, si.

(^°) Ensi que ordenet fu, ainsi que fut ordonné.

(") Tous ces détails sur la bannière de saint Gilles sont extraits de la lettre de M. le doyen Lasne.

(^^) Archives historiques et littéraires du Nord de la France et du Midi de la Belgique, 1" série, tom. m, Valenoiennes 1833, pp. 331, 332. Ces détails sont empruntés à l'article de M. Arthur Dinaux : Une fête flamande sous Charles- Quint. Principauté de Plaisance à Valenciennes (1548). — Julien, Le culte de Notre-Darae du Saint- Cordon à Valenciennes, p. 139, en no5e.

Q'"^) Nouv. série, t. iv, pp. 349 et suiv. La gravure se trouve en regard de la p. 358, où l'auteur décrit, en quelques lignes, l'ancienne façade de l'édifice.

de la porte principale, à gauclie du spectateur, se voit la statue de saiut Gilles, en habit de moine, avec la crosse et la biche^ ayante à sa droite^, la Vierge, portant FEnfant Jésus, et, à sa gauche, saint Saulve, en costume épiscopal. Ce dernier Saint a la face tournée vers saint Grilles. Ces trois statues, refaites, en 1572, dans des proportions colossales (^), disparurent en 1612, lors de la reconstruction de la façade. De saint Gilles, il ne reste à l'hôtel de ville actuel que son nom, donné à celle des deux portes, qui se trouve à la gauche du spectateur; c'est à peu près là qu'était autrefois la statue (^).

Le lecteur aura remarqué que la statue de saint Gilles occupait la place d'honneur. Cela prouve, comme nous le disions tantôt, que le culte de Notre-Dame du Saint- Cordon ne fit point tomber celui de saint Gilles, et indique clairement, ce nous semble, qu'après la peste de 1008, tout comme avant, le saint abbé continua d'être regardé comme le patron principal de la cité. Si la Vierge lui avait été substituée, en qualité de première patronne, la statue de Marie eût évidemment occupé, au frontispice du palais communal, la place qui dès lors lui revenait de droit, au milieu des statues de saint Gilles et de saint Saulve.

Ne quittons pas l'hôtel de ville de Vajenciennes, sans parler de la chapelle de Saint-Pierre, qui lui était contiguë {^).

Q) Archives historiques et littéraires du Nord de la France et du Midi de la Belgique, série, tom. m, p. 331, note 2.

(^) Ce dernier détail nous vient de M. le doyen Lasne.

(^) M. Cellier consacre le chapitre xvii de ses Recherches sur les institutions politiques de la ville de Valenciennes à Thistoire et à la description de la chapelle de Saiat-Pierre. Voyez les Mémoires historiques sur l'arrondissement de Valenciennes, tom, m, pp. 236 et suiv. Ij Histoire de la Ville et Comté de Valentienne, de Simon Le Boucq, offre, en regard de la p. 194, une vue de la dite chapelle, que M. Cellier (op. cit., p. 244) croit avoir été dessinée vers 1611. Les Délices des Pays-Bas renferment au tome m (Anvers 1786), en regard de la page 213, une planche gravée, qui nous fait voir, sur le même alignement, la chapelle de Saint-Pierre, la maison de ville et la halle au blé.

Fermée au culte, à l'époque de la révolution française, gravement entamée par les projectiles autrichiens, lors du bombardement de 1793, la chapelle de Saint- Pierre n'offrait plus, au commencement de ce siècle, qu'un amas de

Cette cliapelle appartenait primitivement à l'abbaye de Saint- Jean, à Valenciennes; cédée à la ville, en 1680, elle fut affectée à l'usage particulier du Magistrat, qui en fit reconstruire le portail, en 1685, et décorer l'intérieur avec une grande ricliesse (^). Nous allons passer en revue quelques-uns des objets d'art, qui ornaient la cliapelle, et témoignaient, tout à la fois, du bon goût des édiles valenciennois et de leur vénération pour le Saint tutélaire de la cité.

Au maître- autel on voyait un beau tableau, retraçant l'épisode de la découverte de saint Gilles dans la forêt gothique, par le roi Flavius Wamba. Cette toile, attribuée au pinceau de Philippe de Champagne, se trouve aujourd'hui à l'église paroissiale d'Onnaing; nous renvoyons le lecteur à la description que nous en avons faite plus haut (^).

Du sanctuaire jusqu'au jubé, le chœur était tendu de magnifiques tapisseries, représentant la légende de saint Gilles, exécutées, en 1682, par le haute -lisseur valenciennois Philippe de May, d'après les dessins de Jacques- Albert Gérin (^). Elles

décombres. Les derniers vestiges en disparurent, en 1825, lorsque la municipalité résolut d'abattre ce qui restait des murailles, pour prolonger sur ce terrain, suivant un plan uniforme, l'hôtel de ville dont les locaux étaient devenus insuffisants. (Cellier, Recherches sur les institutions politiques de la ville de Valenciennes, loo. cit., p. 267.)

C) Cellier, op. et loc. cit., pp. 242, 243, 245.

(^) " Jacques -Albert Gérin, peintre d'histoire, né à Valenciennes avant le j milieu du X VII^ siècle, annonça de bonne heure un goût remarquable pour les |arts. Il dessina habilement, se mit à faire des compositions chrétiennes et j réussit assez bien dans cette partie. La grande quantité d'établissements reli- Igieux, que possédaient Yalenciennes et les environs, fut d'une heureuse circonstance pour l'essor de son talent. Il avait un certain coloris, il rendait les figures avec expression et sentiment, et presque toutes les corporations se hâtèrent de lui faire quelque commande pour orner leurs chapelles et leurs temples. " (Archives historiques et littéraires du Nord de la France et du Midi '-e la Belgique, 3"^^ série, tom. m, Valenciennes 1852, p. 534.) L'auteur de ces ignes, M. Arthur Dinaux, parle ensuite de la mission que Gérin reçut, en 1681, du Magistrat de Valenciennes, de composer et dessiner huit sujets tirés cle l'histoire de saint Gilles. " Gérin, dit-il, se tira adroitement de cette commande, qni rentrait dans le genre de son talent. L'exécution en tapisserie de cette histoire du saint révéré à Valenciennes fut confiée à Philippe de May,

étaient encliâssées à demeure dans la boiserie; la prudence avait dicté cette sage mesure (^).

M. Cellier a inséré, parmi les pièces justificatives de son beau travail, un document fort curieux : c^est le compte explicatif et détaillé des dépenses faites par le Magistrat de Yalenciennes, pour ^exécution des tapisseries de la ciiapelle de Saint-Pierre et des peintures, qui leur servirent de modèles. Ce compte indique les sujets des tapisseries, leurs dimensions exactes, les dates précises de leur livraison, etc. Voici le texte de cette pièce, intéressante à plus d'un titre : '

Compte et Renseignement

qu'à ses très honorez et prudens Seigneurs Messieurs les Prévost, Jurez et Eschevins signateurs et auditeurs advoué par le Grand Conseil de ceste ville de Yallenc. faict et rend le sieur Jean-Baptiste Seppa, Eschevin de cette ville, des receptes et payements des deniers nécessaires pour la fabricque de huit pièces de tappisseries de haulteliche, représentant l'histoire de Saint Gilles, ordonné par mesdis Seigneurs du Magistrat et du consentement du Conseil particulier, cy après déclarez, pour la décoration de l'Église de Saint-Pierre, à prendre sur les trois cens livres tournois de bienvenues des sieurs Prévost et Eschevins, tant moderne que futurs {^), que ce présent compteur at faict

ouvrier célèbre en ce genre. On devait sans doute en décorer une des pièces de l'hôtel de ville ". C'est une erreur; ces tapisseries furent destinées, de prime ■ abord, à la chapelle de Saint-Pierre. M. Dinaux ajoute : " Les tapisseries résistent quelquefois moins longtemps que les tableaux; aussi a-t-on perdu les traces de celles dont Gérin a fourni les cartons, tandis qu'on connaît encore plusieurs de ses tableaux qui étaient très-répandus dans Valenciennes avant le siège de 1793 " (p. 535).

(') Cellier, Recherches sur les institutions politiques de la ville de Valenciennes, loc. cit., p. 251. L'auteur nous apprend pourquoi les tapisseries avaient été fixées dans la boiserie : " Cette mesure de précaution, dit-il, avait été motivée par l'indélicatesse d'un intendant de la province, qui, ayant em- | prunté ces précieuses tentures pour une solennité quelconque, avait oublié de les rendre à son départ. Elles auraient été perdues pour la ville sans la présence d'esprit d'un échevin, qui ne craignit pas de faire arrêt, en plein marche, sur les équipages du magistrat déloyal. La restitution eut lieu, non sans grandes récriminations de la part de la valetaille, car c'était un acte inouï d'audace que cette résistance de la bourgeoisie aux désirs de M^'' l'intendant .

(^) Pour l'intelligence de ces dernières lignes, il importe de connaître la décision prise par le Magistrat de Valenciennes, lors de l'acquisition par la ville, en 1680, de la ciiapelle de Saint-Pierre :

tant en suitte de commission, comme appert par extrait du Conseil particulier, tenus le donze de may seize cens quattre vingt deux pour le regard des deniers advancé par les sieurs Massars, suivant aultro résolution dudit Conseil particulier du nœuf décembre seize cent quattre vingt un, que conjoinctement avecq le sieur Bernard de Nimay, aussy Eschevin et licentié es loix, pour le regard des deniers provenants des sieurs Prévost et Eschevins nouveaux de la Prevosté moderne de sire Jacques -Albert Despret, seigneur de la Tourelle, ensuitte d'authorisation porté en certain contract passé avecq Philippe de May, maistre tappissier (^), pour le fabricque des dittes huit pièces de tappisseries, signé J. du Chasteau, lequel compt se fait à correction et amendement, tant en receptes comme en mises, sy erreur y estoit de vingt gros pour la livre, comme s'enssuit.

Premiers^.

A maistre Phles de May, maistre tappissier en ceste ville, pour avoir livrez le vingt cinq de septembre de l'an seize cens quattre vingt deux une pièce de tappisseries de haulteliche représentant Saint Cilles dans le désert, avecq lequel une biche s'est venue familiariser, contenant huit aulnes onze seiziesme de longueur et cincq aulnes deux seiziesmes de Brabant de haulteur, faisant enssemble quarante quattre aulnes et soixante sept cent vingt huitiesmes, à trente livres par aulne, at esté payé la somme de mil trois cens trente cincq livres quattorze i sols tournois j'^iij'^xxxv 1. xiiij s.

Audit Phles de May, pour avoir livrés le quattriesme de décembre dudit an 1682 une seconde pièce de tappisseries de haulte liche représentant Saint Gilles dans le désert, à qui le Roy de France est venu

" Cette acquisition, écrit M. Cellier, imposait à la Ville de nouvelles cliarges en échange d'un avantage illusoire, puisqu'elle se trouvait avoir de Ifait la jouissance de la chapelle, et cette transaction ne lui conférait qu'un rain titre de propriété. Pour couper court aux réclamations, qui n'auraient pas manqué de se produire de la part des bourgeois, les membres du Magistrat consentirent à s'imposer un sacrifice, qui paraîtra bien lourd, si l'on tient compte de l'état des mœurs et des penchants gastronomiques de l'époque, ^'était une coutume, lors du renouvellement annuel du Magistrat, le jour de 1 prestation du serment, que le Prévôt et ses pairs en échevinage festoyassent lUX dépens de la caisse municipale. Ils firent généreusement l'abandon de ce irivilége, confirmé par un long usage, et décidèrent que l'argent destiné aux •anquets serait employé désormais à l'entretien et à l'ornement de la chapelle -aint-Pierre ". (Op. cit., p. 243.)

C) Ce contrat, passé le 16 Décembre 1681, portait, entre autres choses, iue les tapisseries seraient payées à raison de trentre livres tournois l'aune de Brabant.

rendre une visitte, contenante huit aulnes nœuf seiziesmes de longueur et cincq aulnes deux seiziesmes de Brabant de haulteur, faisant enssemble quarante trois aulnes et vingt sept trente deuxiesmes au prix de trente livres tournois l'aulne; at esté payé la somme de mil trois cens seize livres nœuf sols huit deniers.... j'"iij<=xvj 1. ix s. viij d.

Encore à Phles de May, maistre tappissier, at esté payé la somme de mil trois cens vingt six livres deux sols huit deniers tournois, pour avoir livré le dix huit décembre de l'an 1682 une troisiesme pièce de haulte liche représentant la chasse du Roy de France dans le bois dans lequel Saint Gilles s'estoit retiré, contenante huit aulnes dix seiziesmes de longueur et cincq aulnes deux seiziesmes de Brabant de haulteur, faisant enssemble quarante quattre aulnes et treize soixante quattriesmes au même prix de trente livres tournois. Partant icy

j'"iij''xxvj 1. ij s. viij d.

A Phles de May, maistre tappissier, pour avoir livrez le vmgt sept(embre) de l'an 1683 une quattriesme pièce de tappisseries de haulte liche représentant Saint Gilles donnant la bénédiction aux animaux dans le désert, contenante huit aulnes cincq seiziesmes de longueur et cincq aulnes deux seiziesmes de Brabant de haulteur, faisant ensemble quarante deux aulnes septante sept cent vingt huitiesmes d'aulne de Brabant à trente livres tournois l'aulne; at esté payé la somme de mil deux cens septant huit livres onze deniers tournois,

j"'ij'^lxxviij 1. xj d.

Audit Phles de May at encore estez payez la somme de mil trois cens vingt six livres deux sols huit deniers tournois, pour avoir livrez une cincquiesme pièce de tappisseries le 18 de mars de l'an 1683, représentant Saint Gilles qui donne son manteau à un pauvre estropié, contenante huit aulnes dix seiziesmes de longueur et cincq aulnes deux seiziesmes de haulteur, faisant ensemble quarante quattre aulnes treize soixante quattriesmes d'aulne de Brabant au prix de trente livres tournois, partant icy j'"iij'^xxvj 1. ij s. viij d.

Encore audit Phles de May, pour avoir livrez une sixiesme pièce de tappisserie représentante une ange qui présente une crosse à Saint Gilles dans le désert, contenante huit aulnes unze seiziesmes de longueur et cincq aulnes deux seiziesmes de haulteur, faisant ensemble quarante quattre aulnes soixante sept cent vingt huitiesmes d'aulne de Brabant, au prix de trente livres. At esté payez la somme de mil trois cens trente cincq livres quattorze sols tournois.... j'"iij'xxxv 1. xiiij s.

A Phles de May, maistre tappissier, at esté payé la somme de mil trois cens vingt six livres deux sols huit deniers tournois pour avoir livrez une septiesme pièce de tappisserie de haulte liche représentante

l'embarquement de Saint Gilles, contenante huit aulnes dix seiziesmes de longueur et cincq aulnes dix seiziesmes de haulteur, faisant ensemble quarante quattre aulnes treize soixante quattriesmes d'aulne de Brabant, au prix de trente livres tournois l'aulne. Partant icy ladite somme,

jm jjjc^xyj 1. ij s. viij d.

Finallement à Phles de May, pour avoir livrez le premier de juin de l'an 1683 la huittiesme et dernière pièce de tappisserie de haulte liche représentante Saint Gilles près de sa grotte, blessez d'un coup de flèche à la main, et le Roy de France à ses pieds surpris d'étonnement de ce que ses chasseurs ont blessez un saint vieillard au lieu d'une biche qu'ils poursuivoient, contenante icelle pièce huit aulnes dix seiziesmes de longueur et cincq aulnes deux seiziesmes de haulteur, faisant ensemble quarante quattre aulnes de Brabant et treize soixante quattriesmes, au prix de trente livres tournois, at esté payez la somme de mil trois cens vingt six livres deux sols huit deniers tournois,

j"'iij'=xxvj 1. ij s. viij d.

Aultres mises et délivrances d'argent faictes par le compteur sur et allencontre de la recepte avant ditte pour le regard des desseins, tant en figures comme en bastiments, perspectives et verdures nécessaires, pour la fabricque des huit pièces de tappisseries à cause que les desseins de verdure des pièces de tappisseries de Monsieur le Gouverneur sur lesquelz il at estez résolu que le tappissier travailleroit n'ont peu suffire pour l'achèvement desdittes huit pièces.

Premier.

A Jacques-Albert Gerin, at estez payez, le six de juin de l'an seize cens quattre vingt deux, la somme de deux cens quarante nœuf livres douze sols tournois, pour avoir peint et livrez à Phles de May, maistre tappissier, quattre pièces de peintures servantes de desseins, sçavoir une pièce représentante Saint Gilles, de la grandeur de deux pieds six pouches, avec une biche seuUement, au prix de huit pattacons et de travailler les aultres pièces à l'advenant. — La deuxiesme pièce représentant la chasse du Boy, la troisiesme la visitte et la quattriesme Saint Gilles donnant sa bénédiction aux animaux, partant icy

ij'^xlix 1. xij s.

Encore audit Jacques-Albert Gerin at estez payé la somme de cent livres seize sols tournois pour avoir livrez la pièce de peinture représentante le Roy avecq sa trouppe de chasseurs aux pieds de Saint Gilles blessez d'une flèche, compris les figures de la pièce de tappisserie

de l'embarquement dudit Saint, en suitte d'accord fait avecq ledit Gerin, Partant icy la somme de j'" 1. xvj s.

Item at encore estez payez audit Jacques-Albert Gerin la somme de quarante trois livres quattre sols tournois, pour avoir peinct et livrez à Phles de May, maistre tappissier, la pièce de peinture de Saint Gilles qui donne son manteau au pauvre, en suitte de convention faitte avec ledit Gerin. Partant icy xxxxiij 1. iiij s.

A Jacques-Albert Gerin, pour avoir peint et livrez la pièce représentant Saint Gilles dans le désert, à qui un ange présente une crosse, at esté payé le dix de febvrier de l'an 1683, en suitte du marché fait avecq luy, la somme de quarante huit livres tournois . . xxxxviij 1.

A Phles de May, maistre tappissier, at estez payez la somme de cent quattre vingt huit livres tournois, pour avoir fait peindre par un de ses ouvriers les desseins nécessaires pour les tappisseries, assavoir : pour avoir fait six animaux à l'huile, la somme de vingt livres; et pour avoir fait peindre quarante deux aulnes de desseins en papier à la gomme, qui ont servy à trois pièces de tappisseries plus amplement repris dans sa quittance, au prix de quarante patars l'aulne de desseins. Partant icy j*=iiij''''viij 1.

Audit Phles de May, at estez payez le trois de juin de l'an 1683, la somme de trente huit livres huit sols tournois pour tout l'or qu'il at employez en quattres pièces de tappisseries tant au regard des habits et esquipage de cheval du Roy qu'aillieurs, en suitte d'authorisation de Messieurs du Magistrat en datte du nœuf de may 1682. Partant icy

xxxviij 1. viij s.

A Phles do May, maistre tappissier, at encore estez payez le seize de septembre seize cens quattre vingt deux, la somme de dix noeuf livres quattre solz tournois pour estre distribué à ses ouvriers pour une récréation à raison du nombre des huit pièces de tappisseries qu'ils debvoient travailler, et pour les encourager à bien continuer leurs ouvrages, en suitte de la promesse faite par Monsieur le Prévost, disant que si Monsieur le Gouverneur avoit donné quelque argent aux ouvriers à ce sujet, que ceste ville leur pourroit faire la mesme grâce. Partant icy xix 1. iiij s. (')• i

Nous trouvons encore^ parmi les pièces justificatives de J l'ouvrage de M. Cellier, un Inventaire des ornemens et lin-

(^) Cellier, Recherches sur les institutions 'politiques de la ville de Valenriennes, loc. cit., pp. 379 et sniv.

ges treiivez à Saint-Pierre servans à la célébration des messes qui se disent en ladite Eglise, iceulx ornemens et linges appartenans à la Ville, faict en présence des sieurs de Vendeville et Bursen, Eschevins, le XII novembre 1648. Cet inventaire mentionne :

Ung drap d'autel de damas rouge avecq une image de Saint Gilles au millieu et d'ung costé les armes de la ville et de l'aultre les armes d'ung particulier, avecq les frances or et soye (^).

Chaque année^ la fête de saint Gilles était célébrée solennellement à la chapelle de Saint-Pierre. Simon Le Boucq nous a conservé quelques détails sur cette solennité, dans son IIistoi7'e ecclésiastique de la Ville et Gomté de Valentienne (^) :

Q) Cellier, Recherches sur les institutions 'politiques de la ville de Valenciennes, loc. cit., p. 374,

(^) Le précieux manuscrit de cette Histoire, écrit tout entier de la main de Simon Le Boucq, sauf quelques additions à la fin, appartient aujourd'hui à la Bibliothèque publique de Valenciennes, et a été reproduit, pour la première fois, en 1844, par M. Prignet, imprimeur en cette ville. Le travail de Le Boucq, tiré seulement à 300 exemplaires, plus un sur peau de vélin, forme un beau volume, gr, in-4, à deux colonnes, de XI-306 pp.; il est précédé d'une notice historique et bibliographique sur l'auteur, par M. Arthur Dinaux, et orné de son portrait en pied, ainsi que d'une foule de lithographies, dessinées par M. Henri Macaire et représentant les anciens monuments de Valenciennes. Simon Le 1 Boucq écrivit son Histoire ecclésiastique de la Ville et Comté de Valentienne, ! en 1650. Voyez, sur cette œuvre, les Archives historiques et littéraires du Nord de la France et du Midi de la Belgique, nouv. série, tom. iv, pp. 522, 523.

On a peine à croire, en lisant Simon Le Boucq, que cet auteur écrivait en plein milieu du XVII^ siècle : " Simon Le Boucq, dit M. Arthur Dinaux, écrivait d'une manière pénible et laborieuse; nous ne savons s'il possédait la langue latine, mais certainement il ne savait pas le français : au moins n'était-il pas permis de récrire comme il le faisait, à l'époque où déjà la tragédie du Cid avait paru en France. Il est vrai qu'alors une frontière séparait Valenciennes et son prévôt Simon Le Boucq, de la patrie de Corneille. Aussi s'en aperçoit-on bien vite : par son style, Le Boucq est à cent ans et à cent lieues de ses contemporaias de Paris. Il s'était fait une orthographe à lui, fort éloignée de celle suivie en France. Ses règles sur les participes sont à rebrousse-poil de celles voulues par la grammaire. Il conjugue les verbes de la 2^ conjugaison comme ceux de la 1'% et ne manque pas de dire : il porta, il sorta; ses infinitifs en ir sont toujours écrits ire; enfin il se sert d'une foule d'expressions restées dans le patois du pays. " (Histoire ecclésiastique de la Ville et Comté de Valentienne,. p. II, col. 2.)

Et le jour St.-Gilles^ patron de ceste ville^ dit-il, chacun an se célébrera une messe solemnelle avecq la musique à l'honneur dudict sainct. Et premièrement les vespres la veille d'icelle feste et aussy mesme en musicque à faux bourdons. Ausquels offices tous ceux célébrans messe ou ayant quelque charge en ladicte église St. -Pierre y debveront assister, comme aussy le lendemain aux Vigilles des morts a noef leçons qui se chanteront à faux bourdon en icelle église et la messe en musicque par le chapelain desdits sieurs du Magistrat pour les ames de ceulx ayant esté dudict magistrat et supposts de la chambre eschevinalle trespassez, avecq diacre et soubdiacre revestus et les oraisons aultour de la bierre couverte de drap, qui se dressera en la nefve, y faisant les cérémonies avecq l'enchensoir et eauwe beniste comme d'ordinaire. (1)

Ces lignes sont extraites du Règlement concernant les offices divins qui se doibvent faire et chanter en V église de Saint- Pierre en la ville de Valentienne. Ce règlement fut dressé par le Magistrat, le 16 Janvier 1623 (2).

Simon Le Boucq ajoute : ^' Pour les offices qui se font la veille, le jour et le lendemain de Saint-Gilles, comme elles sont reprinses au Règlement susdit, se paie aux chapelain et assistans xv liv. t. et aux musiciens xxxv 1. t. et à iceulx chantres sont présentées six cannes de vin ^' (^).

Nous avons enregistré déjà bien des faits, qui témoignent du zèle déployé par le Magistrat de Yalenciennes, pour rehausser le culte du saint patron de la cité. En voici une preuve nouvelle, dont le souvenir nous a été conservé par Simon Le Boucq. Écoutons le naïf et pieux historien :

Comme passez longues années, plusieurs Magistrats avoient tasché d'obtenir et de faire observer la feste du jour

(^) Le Boucq, Histoire ecclésiastique de la Ville et Comté de Valentienne, p. 197, col. 1.

{-) Ici., p. 196, col. 2.

O la., p. 197, col. 2.

St.-Gilles^ patron de ceste ville^ comme il se praticque en tous lieux au jour pareil de leur patron,, sire Jean Desmaisières, prévost^ et ses pairs et compagnons en estât d'eschevinage, s'adreschèrent de reclief à Monseigneur Illust™^ et révérend™'^ archevesque de Cambray, le suppliant très-incessamment de vouloir coopérer à leur pieuse dévotion, à quoy il condescenda volontiers et donna la lettre^ de laquelle copie suit :

Franchois Yanderhurgt, par la grâce de Dieu et du St. Siège apostolicque, Archevesque et Duc de Cambray, Prince du St. Empire, Comte de Cambresis, etc. A tous ceulx qui ces présentes verront salut. Jaçoit(^) que le jour du glorieux confesseur et abbé saint Gilles ne soist feste de commandement en nostre diocèse, si est-ce touttesfois qu'es lieux où il est tenu pour patron et sainct tutélaire, la raison veult qu'il y soit honnoré plus solemnellement et son jour gardé plus dévotement. Comme donc nous entendons que la ville de Yalentiennes de nostre diocèse tient iceluy saint Gilles pour son patron, et cependant son jour n'y est solemnizé comme il appertient; ISTous, désirans exciter les citoyens et manans d'icelle ville à porter plus d'affection et dévotion vers le mesme sainct leur patron, affin d'estre tant mieulx garanty

j et assistez par ses mérites et prières, de nostre puissance et authorité ordinaire, octroions et eslargissons miséricordieusement en nostre Sr. quarante jours de vray pardon à tous ceulx et celles qui dévotement garderont, chômeront et solemniseront en ladicte ville de Yalentiennes la feste du mesme sainct Grilles, escheante le premier jour du mois de septembre; estantes ces présentes à tous jours vaillables. Donné à Cambray, en nostre Palais Archiépiscopal, soubz nostre scel et la signature de nostre secrétaire, le sixiesme jour du mois d'août, l'an de grâce 1630. — Sur le reply y avoit : " Par ordonnance de Sa Seign, Illustr. et

• Uév. estoit signé Foulon, secrét. ".

" Ensuite de ceste lettre, messieurs du Magistrat feirent faire des debvoirs extraordinaires affin d'inciter le peuple à garder ceste feste laquelle tomboit ceste année par ung jour de dimence, faisant célébrer la grand' messe solemnelle en ceste église de St. Pierre, par messire P. de Lamine, abbé de St. Jean, oii ils assistèrent aussy en corps, et au soir devant

(^) Ja>;oit, qaoique.

icelle église fut allumé un feu de cincq tonnes de tercq (^), et pour la recréation de mesdits sieurs du Magistrat dudit jour, le Conseil particulier tenu le 6 septembre dudit an 1630, leur accorda la somme de cent et vingt liv. t. (^).

Encore une couple de menus détails, empruntés à Touvrage de Simon Le Boucq :

Après avoir dit, au chapitre xviii de son Histoire, que Féglise paroissiale de Saint-Vaast liors des murs fut démolie, en 1527, par ordre de Marguerite d' Autriche, gouvernante des Pays-Bas (^), l'auteur raconte, au chapitre suivant Comment la chappelle de Sainct Laurent en la place de Glategnie fut érigée en Péglise paroissialle et appellée de Sainct Vaast '\ Les meubles et ornements de Tancienne église furent transférés à la nouvelle : Les cloches — dit Simon Le Boucq, — furent posées sur une ancienne thour assise sur le bord de la rivière d'Escault, vis (à vis) du grand portai d'icelle église, et laquelle avoit esté fabricquée du temps de Jean d'Avesnes,

Tercq, goudron. "Variante, terque (Carpentier, Supplément au Glossarium de Du Gange, tom. iv, Parisiis 1766, col. 617, V Terque). " Poy, ter, maz, cromboz de nefz, et tout ce qui appartient à appareil de nefs, comme ankres... " (Gilliodts-van Severen, Inventaire des archives de la ville de Bruges, 1" série, tom. m, Bruges 1875, p. 360). "De meisme poy, tercq, poison sec et charbons dont feures vsent (Gilliodts-van Severen, op. cit., tom. v, Bruges 1876, p. 148). — De là enterquer, d'après Carpentier, Inducere pice, vulgari sermone Terque appellata, illinere : " Item avoit sur ledit marchie ung bel feu et grand,... oti avoit tonniaux, que on avoit Enterqués de sieu, pour les mieux alumer " (Carpentier, op. cit, tom. ii, Parisiis 1766, col. 913, v° Intrire). Ce mot tercq se rattache au flamand teer, goudron, west-flamand terre (De Bo, Westvlaanisch Idioticon, tom. ii, Brugge 1873, p. 1144, v° Terre); Meidinger expose la filiation de ce terme, dans son Dictionnaire étymologique et comparatif des langues teuto- gothiques, Francfort s/M. 1833, p. 412, col. 8, v° Theer.

(2) Le Boucq, Histoire ecclésiastique de la Ville et Comté de Valentienne, p. 199, col. 2.

(3) Le Boucq, op. cit., p. 50, col. 1. L'église de Saint-Vaast hors des murs était située sur une hauteur, à proximité des remparts. On craignait qu'en cas de siège, les ennemis ne s'en emparassent, pour s'y retrancher comme dans une forteresse, et lancer de là leurs projectiles sur la ville. D'autre part, la tour de l'édifice, surmontée d'une flèche très-élancée, eût permis à l'ennemi de vo:r tout ce qui se passait à l'intérieur des murs de la cité, (Le Boucq, op. et I. c.)

comte de Haynau {^), pour servir de bride (^) au chateau-le- Comte^ et estoit commuuément appellée la thour de St.-Gilles

En Tan 1637, — ajoute notre annaliste, — à la sollicitation de M^^ Erasme Rasseneur, pasteur de ceste église, fut fondu ung accord de dix-huict cloches, lesquelles furent beneictes le dimence 17 janvier de Tan 1638, par M^*^ Jacques Preudliomme, doyen de clirestienneté et pasteur de St. -Jacques en ceste ville...; (à) la troisième, appellée St. -Gilles, (fut parin) moy Simon Le Boucq, représentant le Magistrat de Yalenciennes. " {'^)

L'une des vingt cloclies, composant le carillon de Saint- Gréry, et fondues par Messire Jean Delecourt, maistre fondeur demeurant à Douay ^\ por;fea;it également le nom de Gilles : La 10«, Gilles, fondue et jettée ledict 20 d'aoust 1612, sur les trois heures après midy, baptizée le 25 dudict mois, pèse 479 livres (^).

Enfin, la statue de saint Gilles surmontait jadis la fontaine, qui coule près de la porte de Famars (^).

(^) Ce prince devint comte de ïïainaut, en 1280, et mourut à Valenciennes, en 1304.

(^) Carpentier explique Brida, par Machince jaculatoriœ species (Supplément au Glossarium de Du Gange, tom. i, Parisiis 1766, col. 639, r° Brida); Raynonard (Lexique roman ou Dictionnaire de la langue des troubadours, tom II, Paris 1844, p. 259, col. i) dit aussi : Brida, machine à lancer des traits.

La principal de las torrs es garnida...

Ni pauc ni trop no'l notz quayrel ni brida.

Palaytz de Savieza.

C'est à dire : La principale des tours est armée.... Carreau ni bride ne lui nuit ni peu ni beaucoup. — Pour le texte qui nous occupe, il faut, sans doute, comprendre qu'au sommet de la tour, dont parle Simon Le Boucq, se trouvait établie une machine à lancer des traits, en vue de la défense du Château-le- Comte.

(^) Le Boucq, Histoire ecclésiastique de la Ville et Comté de Valentienne, p. 52, col. 1.

Id., p. 54, coll. 1 et 2.

(•^) M., p. 65, col. 1.

(^) Julien, Le culte de Notre-Dame du Saint- Cordon ri Valenciennes, p. 182.

Ne quittons pas la ville de Valenciennes, sans visiter la nouvelle église de Notre-Dame du Saint-Cordon; le cher saint Gilles n'y a pas été oublié.

Bâtie dans le style du XIII^ siècle, sur les plans de M. Grigny, d'Arras, et consacrée, le 4 Mai 1864, par Mgr. René-François Régnier, archevêque de Cambrai, qui en avait posé la première pierre, le 13 Septembre 1852, Féglise de Notre-Dame du Saint-Cordon est un vaste édifice cruciforme, à trois nefs (}). Autour du sanctuaire principal se groupent dans Fabside cinq chapelles, semblables à autant de rayons qui partent du divin chef de Jésus- Christ, dont le maître-autel est ]a figure. Parmi ces chapelles, au nombre de cinq, il en est une dédiée à saint Gilles (^); elle est ornée de verrières, sorties des ateliers de M. Levêque, à Beauvais. Les trois fenêtres de la chapelle, composées chacune de dix médaillons, reproduisent la légende de saint Gilles; nous en donnons ici la description, telle qu'on la trouve dans l'intéressant travail de M. l'abbé Julien :

Prbmièee pénètre.

1° Naissance de saint Gilles. — Il vit le jour à Athènes; son père, Théodore, était de famille royale.

2° Son éducation. — Les plus habiles maîtres du temps furent ses précepteurs. Malgré ses succès dans les sciences profanes, il aimait avec prédilection les saintes lettres, où il puisait l'amour de Dieu et le mépris des grandeurs.

3° Il guérit un malade. — Un jour qu'il se rendait à l'église, il rencontra un malade presque nu; il le revêtit de son manteau, et aussitôt le pauvre recouvra la santé.

4P Mort des parents de saint Gilles. — Il leur rendit pieusement les derniers devoirs. ,

(^) Voyez, sur cotte église, JuLiEi\, Le culte de Notre-Dame du Saint-Cordon, à Valencicnnes, chapitres xvii et suivants, surtout le chapitre xxiii, pp. 160 et sniv., qui contient la description de l'édifice.

(-) Julien, op. cit., p. 154.

5^ Il guérit un homme piqué par un serpent. — La blessure était mortelle; Gilles, qui sortait de l'église^ sauva miraculeusement rinfortuné de tout péril.

6° Il délivre ton démoniaque. — Un jour qu^il assistait à Pofl&ce divin, il chassa le démon du corps d^un possédé qui troublait les fidèles par ses cris.

7° Il prêche devant V aréopage. — Son éloquence captiva tous les esprits et entraîna tous les cœurs {}).

Il apaise une tempête. — Fuyant sa patrie où sa réputation contrariait son goût pour l^humilité, il prit la mer. Un orage violent s^ éleva; à la prière de Gilles, les vents s'apaisèrent; tout Féquipage le regarda dès lors comme un Dieu.

9^^ Il s' embarque pour Arles. — Après être resté trois jours dans une île avec un saint vieillard, il remonta sur un vaisseau, et se dirigea vers la Provence. Il resta deux ans à Arles.

10^ Il habite avec un pieux ermite. — Il entra près d'Uzès dans une solitude où vivait le moine Vérédème, Grec comme lui; Gilles devint son disciple, et fit de grands progrès dans la vertu.

Deuxième fenêtre.

1*^ Nouveau miracle. — Il guérit une personne malade de la fièvre.

2° Miracle des récoltes. — Les habitants des environs, dans un temps de sécheresse, le supplièrent d'intercéder pour eux auprès du Seigneur. Il s'adressa à Dieu, et une pluie abondante vint sauver la moisson.

3° Il s'enfonce dans la solitude. — Pour éviter les honneurs que lui attiraient ses prodiges, il pénétra seul dans une profonde forêt, où il goûta les consolations ineffables du commerce avec Dieu.

C) Ce détail est purement fantaisiste; nous ignorons où il a été puiaé.

4*^ Le Seigneur lui envoie une hiche. — Le Ciel permit qu'une biche vînt tous les jours le nourrir de son lait; elle prit son refuge dans la caverne de l'ermite.

5^* Saint Gilles est blessé par le roi de France. — Cliildebert;, roi des Francs {^), dans une chasse,, poursuivit la biche qui se sauva dans la grotte. Il lui lança une flèche dont le saint fut grièvement blessé; toutefois^ saisi de frayeur, il n'osa entrer.

6° Le Roi et VÉvêqiie le visitent. — Le lendemain, Childebert, accompagné d'un évêque, revint à la caverne; on y pénétra, le saint fut découvert, et on pansa la blessure qu'il avait reçue.

7° On lui bâtit im monastère. — Le roi, qui venait souvent le voir, obtint, à force d'instancee, de lui bâtir un cloître pour y finir ses jours.

8° Consécration du monastère. — Elle se fit avec une pompe extraordinaire, et attira sur beaucoup de personnes les bénédictions d'en haut.

9^ Apparition d'un ange. — Il vint un jour voir le roi qui se recommanda à ses prières, parce que, disait-il, il avait commis une faute honteuse, dont il n'osait s'accuser même au saint. Le dimanche suivant, pendant la messe, Gilles vit un ange déposer sur l'autel un écrit.

10° Prophétie. — Rentré au couvent, il prédit aux moines que bientôt les ennemis ruineraient le monastère (^).

Teoisième fenêtre.

1° L'écrit est présenté au roi. — Il contenait le péché que le prince n'osait dire, et l'annonce que, grâce aux prières de Gilles, il serait pardonné à son repentir. Touché de ce miracle, ]e monarque se confessa humblement et se convertit.

(^) Lisez : Wamba, roi des Visigoths.

(-) Ce sujet devrait être le second de la troisième fenêtre. Les deux qui suivent remonteraient alors d'un rang. — Note de M. Julien.

2^ Résurrection d^un mort. — En revenant, saint Gilles rendit la vie au fils d^un prince à Nîmes.

3° Il fait jeter les portes de cyprès dans le Tihre. — Saint Grilles alla à Rome offrir au pape son couvent. Le Souverain Pontife lui fit présent de deux portes de cyprès enricliies de sculptures pour orner son monastère. Il les fit jeter dans le Tibre et les confia au fleuve.

4° Il va les chercher en procession. — Ayant appris à son retour que deux belles portes étaient venues écliouer au rivage, il alla les prendre avec tous ses religieux.

5^ Il les place au monastère. — Tous les assistants bénissent le ciel du nouveau prodige,

6° Il prédit sa mort. — Les moines rangés autour de lui écoutent ses derniers conseils.

7° Trépas de saint Gilles. — Il eut lieu le 1^^' septembre vers la fin du VL siècle (*) : les anges firent entendre autour de son corps de mélodieuses barmonies.

8*^ Ses Funérailles. — Un grand concours de peuple y assista.

9° Miracle de so7i Tombeau. — Dieu signala sa sainteté en faisant un éclatant miracle à son tombeau.

10° Saint Gilles devant le Père éternel. — Il lui donna la récompense de ses héroïques vertus (^) .

Le nouveau temple de Notre-Dame du Saint-Cordon renferme encore un autre souvenir de saint Gilles, savoir un ! grand médaillon ovale, en cbêne sculpté, de 1 mètre 40 centimètres de haut, sur 1 mètre de large. Ce bas-relief, d^un faire vigoureux et d'une exécution soignée, paraît dater de la fin du XYII^ siècle. En voici la description, faite sur place par l'obligeant M. Desilve :

C) Cette indication est erronée; d'après l'opinion aujourd'hui généralement suivie, saint Gilles mourut entre les années 720 et 726.

O Julien, Le cvMe de Notre-Dame du Saint-Cordon à Valenciennesy pp. 183 et suiv.

L^artiste nous fait assister à la découverte du saint ermite dans sa retraite. La scène est fort mouvementée. Le Saint est dans une forêt, à l'entrée d'une grotte, agenouillé en méditation devant une croix, qu'il tient à la main. Le roi est à cheval, la lance au poing. Derrière lui on aperçoit deux autres cavaliers, l'un armé d'un arc, l'autre semblant marquer à son compagnon, par un mouvement de la main, qu'il aperçoit le Saint. Devant le roi, deux archers à pied tirent de l'arc sur la biche, qui se réfugie près de son maître, tout essoufflée et poursuivie par trois lévriers. "

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