‹ Saint Gilles et son pèlerinageChapitre 11 sur 81 · SAINT GILLES QUITTE SA PATRIE · texte numérisé non relu

SAINT GILLES QUITTE SA PATRIE

et ce maître, tous deux si chers à son cœur.

Auprès de Vérédème, comme dans la ville d'Arles, les populations attirées par ses miracles si'étaient attachées à ses pas. Il veut échapper à la gloire en se retirant dans la vallée Flavienne. Là, dn moins, il espère jouir de cet oubli des hommes que recherchaient avant tout son humilité et son union avec Dieu. Une caverne perdue au fond des bois va lui servir de demeure, tandis que Vérédème, ce maître vénéré dans les voies de la perfection, dont il est devenu l'émule, semblable à la lumière placée sur le chandelier (i), est destiné au redoutable honneur de Tépiscopat. Appelé à occuper le siège d'Avignon par son saint prédécesseur Agricol, il ne se soumet à cette chsiVgQ formidable pour les épaules des anges eux-mêmes qu'à son corps défendant (2). C'est pour cette raison sans doute, que fortifié par

(i) Luc, ch. XI, V. 33.

(2) Invitum et reluctantem (propre du diocèse 3i août).

LA VALLEE FLAVIENNE 7

Dieu qui résiste aux superbes et donne sa grâce à V humble (i), Vérédème ajoutera aux gloires d'Avignon, et préparera, en quelque sorte, la grande place qu'elle doit tenir dans rhistoire de T Église.

LA VALLÉE FLAVIENNE

Pour décrire la vie de saint Gilles dans cette solitude, il faudrait retracer celle des solitaires de r Egypte et de la Thébaïde. Son oraison continuelle élève ses pensées au-dessus de la terre ; dans les ravissements d'une contemplation sublime, son cœur se livre sans partage aux ardeurs de son amour. L'eau des fontaines étanche sa soif. Il se nourrit de racines sauvages et du lait d'une biche, seul témoin de ses austérités, il dort sur la terre nue, ne cessant,

(i) Deus super bis résistif, humilibus autem dat grattam Jacob. 1V.6.

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à l'exemple de l'Apôtre de « châtier son corps et de le réduire en servitude (i). » Telles sont les saintes rigueurs de sa pénitence, qu'il en laissera les preuves certaines dans ses reliques vénérées.

SAINT GILLES DÉCOUVERT PAR lE ROI WAMBA

Il n'est pas hors de propos de remarquer ici l'alliance étroite qui a toujours existé, dans les desseins de la Providence, entre la vie des saints et les événements les plus considérables de l'histoire. Établis en Espagne, les Wisigoths gouvernaient une partie de la Gaule. Ils avaient pour roi Flavius Wamba qui se glorifiait de compter l'empereur Vespasien parmi ses ancêtres.

Nîmes, la Rome des Gaules, obéissait au prince Wisigoth. Mais bientôt, lasse du joug, la

(0 Cor. IX, 27.

s. GILLES DECOUVERT PAR LE ROI WAMBA Q

vieille cité se révolte contre son souverain légitime. A .cette nouvelle, Wamba accourt à la tête de son armée et la ville rebelle ne tarde pas à rentrer dans le devoir (ôyS).

Pour se distraire des fatigues d^un siège sanglant, le roi veut se livrer au plaisir de la chasse dans la forêt voisine. Il s^ rend accompagné d'une suite nombreuse. Une biche a été aperçue : les chiens s'élancent à sa poursuite, tandis que Fanimal effrayé par ces cris inaccoutumés vient se réfugier auprès du solitaire qu'elle nourrissait de son lait. Ce solitaire était saint Gilles. Tout à coup une flèche lancée par un bras vigoureux frappe la main du serviteur de Dieu. Les gens du roi se précipitent, croyant avoir atteint la biche. Quel étonnement pour eux, à la vue du saint anachorète couvert de sang et répandant des larmes, moins à cause de sa blessure, qu'à la pensée du danger auquel vient d'être exposé ce pauvre animal, le compagnon et Tami de sa solitude !

« Scène ravissante, empreinte d'une inexpri'

10 s. GILLES DÉCOUVERT PAR LE ROI VVAMBA

« mable poésie ! Trait le plus populaire de la « vie de saint Gilles, dans lequel on a vu une « image touchante du rôle de T Église protège géant le faible contre le fort, Tinnocent conte tre l'oppresseur (i).

Informé de ce qui vient de se passer, le roi s'empresse de visiter le solitaire. Il trouve saint Gilles en prière et la biche étendue à ses pieds. Ému par ce spectacle^ il tombe à genoux et implore son pardon. Ce n'est pas assez de l'avoir obtenu pour cette offense involontaire. Wamba, après s'être humilié, se montre généreux et magnifique. Il fait don à saint Gilles de la vallée Flavienne et y [ajoute tout Targent nécessaire pour y bâtir une abbaye.

Cette munificence royale touche moins notre saint que la crainte de se voir encore exposé aux regards des hommes. Il redoutait par

i) Saint Gilles et son culte, par Jules de Kerval, p. 6^

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dessus toute chose « cette hauteur du jour » (i)^ qu'il avait fui au prix de tant de sacrifices.

FONDATION d'uN MONASTÈRE DANS LA VALLÉE FLAVIENNE (674)

La sainteté a pour caractère essentiel la soumission aux desseins de la Providence. Elle voit dans les causes secondes les moyens dont Dieu se sert toujours pour arriver à ses fins. Wàmba peut donc élever dans la vallée Flavienne un monastère, à la place de l'humble grotte du solitaire. Saint Gilles accepte tout ; là il vient de voir le « doigt de Dieu (2). »

Bientôt de nombreux disciples accourent se placer sous sa direction. Le redoutable fardeau du sacerdoce lui est imposé; il est élu Abbé du monastère ; et désormais, père des âmes, il va

(i) a Ab altitudine diei timebo* » Ps. lv, 4. (2) € Digitus Dei est hic» » Exod., viii, 19.

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