‹ Saint Gilles et son pèlerinageChapitre 60 sur 81 · ENCORE LA BELGIQUE ET L*ANGLETERRE · texte numérisé non relu

ENCORE LA BELGIQUE ET L*ANGLETERRE

Nous avions pu nous rendre compte, par les visites des pèlerins venus de lointaines régions à St-Gilles, des sentiments qui animaient leur cœur pour notre grand patron. Nous les voyions s'unir aux accents d'une prière commune à laquelle nous les avions conviés.- Ils croyaient retrouver, devant le tombeau de saint Gilles, la patrie qu'ils avaient quittée, et, avec elle, les symboles du même culte, les images du même Saint que leur avaient légués leurs aïeux.

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Des témoignages non moins consolants nous arrivaient aussi des extrémités de TAngleterre et de la Belgique. Ils nous prouvaient d'une manière certaine la vitalité du culte de saint Gilles dans ces contrées. Un jour il nous fut donné de faire par nous*même la douce expérience de la réalité de ces sentiments qui de« vaient nous être si chers.

Bruges, une des villes les plus importantes de la Belgique, justement fière de posséder quelques gouttes du précieux sang du Sauveur, est, aux yeux des habitants de St-Gilies, célèbre à d'autres titres encore. Là s'élève une paroisse dédiée à saint Gilles, paroisse que sa piété, son zèle et son admirable organisation rendent digne de marcher en première ligne sous la bannière de rillustre solitaire de la vallée Flavienne. Combien fut grande notre émotion à la vue d'une relique insigne de saint Gilles conservée dans cette église ! C'est un bras enchâssé dans le cristal, surmonté d'une main en argent ; il est de la part des fidèles Tobjet de la plus grande vénération.

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Mais au milieu de tous ces cœurs dévoués au culte de saint Gilles, il en est un que nous ne saurions oublier. Cest M. Tabbé Rembry, chanoine de la cathédrale de Bruges, et secrétaire à révêché,

A côté de ce prêtre nous aimons à placer le nom de M. Tabbé V. Vanaecke, chapelain du Î^récieux-Sang, digne émule'du chanoine Rembry dans sa foi et sa confiance en saint Gilles.

Nous ne sommes pas tenté d'attribuer à notre humble personne les témoignages d'estime que nous ont valus, dans la cité de Bruges, nos rapports intimes avec plusieurs ecclésiastiques distingués, et en particulier avec M. l'abbé Rembry. Le titre de curé de St-Gilles était tout à leurs yeux. Le prêtre obscur qui passait au milieu d'eux appartenait au diocèse de Nîmes, alors en deuil de son premier pasteur, Mgr Plantier^ Bruges avoit entendu l'illustre orateur, et les échos de cette voix éloquente étaient encore vivants dans toutes les âmes. C'est à ce double titre que nous pûmes agréer, pour les

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renvoyer à ces deux grandes mémoires, à notre évêque regretté et au patron de notre église, les paroles bienveillantes de M. le représentant de Clerq, et les procédés pleins de délicatesse dont nous fûmes Tobjet de la part du clergé réuni au presbytère de St- Jacques, dont Bruges célébrait la fête^

L'Angleterre, on le sait, a été dévouée dans tous les temps au culte de saint Gilles, et rien, malgré les ruines amoncelées par la Réforme, n'a pu lui arracher l'image vénérée et bénie de notre Saint.

Londres a donné au reste de l'Angleterre l'exemple de cette surprenante fidélité. Une paroisse importante est dédiée a saint Gilles; un quartier populeux porte son nom. Il nous a été donné d'y recevoir la bénédiction de l'illustre cardinal Manning. Son Éminence daigna nous admettre clans son palais et nous exprimer les vœux les plus ardents pour ,1a restauration de Tanûque basilique de St-Gilles, renversée, elle ne l'ignorait pas, par les prétendus

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réformateurs du XVI* siècle. « Oh ! priez pour

€ cette ville de Londres, » nous disait le cardinal en nous bénissant, « offrez mon souvenir « affectueux à John Archer Houblon, mon « condisciple d'Oxford, et que le ciel vous a aide dans votre pieuse entreprise, vous le « prêtre du grand évêque de Nîmcs,qui fut mon « ami. »

Le lendemain, Téglise paroissiale du château de Hallingbury, consacrée à saint Gilles, recevait la visite de deux ecclésiastiques. L'un, nouveau catholique, appartenait au Carmel de Londres ; l'autre était le curé de St-Gilles, en France, La famille Archer Houblon, après une réception comme savent en faire les familles opulentes de l'Angleterre, avait bien voulu accompagner ses hôtes dans cette église réparée par ses soins.

Cette église est un des plus curieux monuments de l'architecture du moyen-âge encore r debout au sein de l'Angleterre. Son style est gothique. Une tour romane, dans laquelle est

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enchâssée la statue de saint Gilles, en surmonte le porche. Un arceau du même style sépare le chœur du reste de Téglise. Une fenêtre latérale murée rappelle les ouvertures pratiquées au moyen-âge, et appelées, à cause de leur usage, fenêtre des lépreux. Un autel se dresse dans lie chœur ; des stalles admirablement sculptées, et sur lesquelles se font remarquer les statues de saint Gilles et de sainte Catherine, en ornent rentrée.

Devant ces restes bénis du catholicisme, conservés avec tant d'amour et restaurés avec un goût exquis, notre âme fut émue. Elle éprouva un sentiment de muet étonnement à la vue de cette passion mystérieuse pour un culte qui ne cach« plus là que des symboles et ne rappelle guère que des souvenirs. Ce phénomène de l'anglicanisme a fait dire à un auteur célèbre : € Quand je vois l'église anglicane se passion- « ner ainsi pour les restes de ce culte catho- € lique, je me représente une mère ayant perdu % l'objet de sa tendresse et pressant sur son

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€ coeur le berceau vide d'un enfant qui n'est « plus (l). »

A ce sentiment d'étonnement muet je ne pus qu'ajouter une parole d'espérance et d'adieu : « Au revoir, m'écriai-je, en saluant l'honorable famille dont j'avais reçu la plus bienveillante hospitalité, laissez-moi espérer qu'un jour, plus tard, il me sera permis de montera l'autel dans cette église, rendue par les prières de saint Gilles au centre de la vérité catholique, dont elle fut autrefois une des gloires les plus chères.

Après ces témoignages recueillis en faveur du culte de saint Gilles dans ces contrées, n'estil pas permis d'espérer ? Les semences précieuses de vérité, les étincelles d'un ardent amour pour le grand patron de la vallée Flavienne, demeureront ^elles toujours stériles au sein de ces populations ? La foi ne pourra-t-elle ja-

(i) Nettement, Introduction aux Conférences du cardinal Wiseman,

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