LIVRE V. — CHAPITRE XIV
silencieusement, sans aucune grande commotion, et venaient tellement du plus intime de mon être, que je ne sais comment l'exprimer. La parole intérieure et extérieure, tout me portait à Tamour de Dieu, et cette parole se faisait entendre au dedans de moi-même avec une harmonie si divine que je n'ai point de termes pour l'expliquer.
» Le lendemain, comme le jour précédent, beaucoup de larmes pendant la messe, et après la messe; en même temps, jouissance de la voix intérieure; cette voix ressemblait au langage ou à la musique du ciel. La dévotion et l'amour croissaient en moi avec mes larmes, à mesure que je m'apercevais qu'il m'était donné de connaître et de comprendre d'une manière toute divine. Le jour suivant, encore beaucoup de larmes et parole intérieure merveilleuse. Comme je priais la sainte Vierge de m'aider auprès de son Fils et auprès de son Père, et que je priais aussi le Fils de s'employer pour moi avec sa Mère auprès de son divin Père, je me sentis transporté en la présence du Père. Mes cheveux se dressèrent; une vive chaleur se répandit dans tout mon être, puis vinrent les larmes et une dévotion très ardente. J'entrai en oraison avec une grande abondance et une grande effusion de larmes, une vive dévotion, des lumières et des connaissances nombreuses sur la Très Sainte Trinité. Ces illuminations et d'autres semblables étaient si fréquentes et si pleines de douceur, que mes souvenirs et mon intelligence sont tout à fait impuissants à les expliquer.
» J'eus une telle surabondance de lumières, de visions et de consolations spirituelles accompagnées de tant de larmes, que les seuls noms de Dieu et de Notre-Seigneur, chaque fois que je les prononçais, me pénétraient tout entier et me remplissaient d'un respect et d'une humilité, qu'aucune parole , ce me semble , ne saurait exprimer. Après l'oraison, nouveaux mouvements intérieurs, tout à lait inaccoutumés, sanglots et larmes. Grand amour pour Jésus-Christ; protestations et désirs de mourir avec lui