‹ Saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de JésusChapitre 231 sur 305 · LIVRE VI. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — CHAPITRE V

2. Trois Portugais, religieux de la Compagnie de Jésus, avaient pris ensemble, en 1597, le chemin de Rome. L'un d'eux mourut à Gênes; un autre à Rome, presque dès son arrivée ; le troisième, nommé Paul Carvalho. Frère coadjuteur, après avoir lutté quatre jours contre la fièvre, avait été obligé de s'arrêter dans notre collège de Sienne. Il y serait bientôt mort, si saint Ignace n'était venu à son secours. Son mal offrait tous les caractères d'une fièvre maligne : respiration pénible, oppressions de cœur, et le reste. A la tombée de la nuit, une recrudescence se déclara, accompagnée des plus fâcheux symptômes. Les médecins perdirent tout espoir, et on prévint le Frère qu'il était temps de se préparer à paraître devant Dieu. Celui-ci se contenta de demander si on avait dans la maison une signature de saint Ignace. On en trouva une et on la lui apporta. Se soulevant alors comme il put et s'asseyant sur son lit, il la baisa avec un grand respect à plusieurs reprises, la mit sur son front et sur son cœur, et dit ensuite à celui qui la lui avait donnée : « Maintenant je suis guéri ; je suis sûr de vivre. Notre Père saint Ignace ne veut pas que son enfant meure sitôt. »

Étonné de ces paroles, le religieux en prit occasion de lui rappeler qu'il ne lui restait que peu de temps à vivre. « Si notre Père saint Ignace, lui dit-il, voulait vous avoir auprès de lui dans le ciel, ce qui peut-être ne tardera guère, n'êtes-vous pas disposé à vous en aller? » — « Et moi, répliqua le moribond, je vous dis qu'il me guérira. Car s'il a rendu la vue à une aveugle, parce qu'elle était la sœur d'un Père de la Compagnie, comment ne me rendrait-il pas la santé à moi qui suis son fils? » Et animé d'une admirable confiance , il mit encore une fois la signature sur son cœur : l'efficacité du remède fut souveraine; car lui qui ne pouvait pas même auparavant supporter la vue des aliments, mangea avec appétit; il reposa toute la nuit, et se réveilla le lendemain matin dans une santé parfaite.

3. Espérance Castillo de Majorque avait la goutte aux mains; ses souffrances étaient continuelles et ne lui laissaient aucun repos. Le mal s'aggravait encore tous les mois et la faisait entrer dans de véritables convulsions. Déjà sa main droite était déformée et elle ne pouvait plus s'en servir. Pour comble de disgrâce, il lui survint un ulcère gangreneux à la poitrine. Les médecins et les chirurgiens voyant que leur art était inutile et ne servait qu'à la faire souffrir, l'avaient abandonnée comme atteinte de deux infirmités également incurables. La malade se tourna donc vers saint Ignace auquel elle avait une tendre dévotion. Elle lui promit, s'il la guérissait, de visiter son autel neuf jours de suite. Trois jours après, le 9 août 1601, elle se trouva entièrement délivrée et de la goutte et de l'ulcère.

4. Une jeune enfant de Ghio, nommée Théodora, avait eu, à l'âge de sept ans, le visage si maltraité par la petite vérole, que son œil gauche s'était comme fondu et se trouvait perdu sans remède. Cependant la nouvelle de la canonisation de saint Ignace parvint à Chio, et y provoqua une joie universelle. La mère de l'enfant affligée outre mesure de la difformité de sa fille, sentit naître dans son cœur une confiance extraordinaire. Elle se rendit à l'église des Pères, et y pria quelque temps avec dévotion; puis elle se fit donner du coton qui avait touché à l'image du serviteur de Dieu et revint chez elle. Là, en présence de toute la famille, réunie pourjoindre ses supplications aux siennes, elle mit le coton sur l'œil éteint de son enfant, en promettant à saint Ignace, s'il l'exauçait, de faire brûler un cierge -en son honneur, et de célébrer tous les ans le jour de sa fête. Cela fait, elle retira le coton; l'œil était ranimé et plein de vie comme auparavant. Avec une simplicité charmante, l'enfant lui demanda pourquoi elle avait tant tardé à lui ôter cette chose obscure qui l'empêchait de voir; c'est ainsi qu'elle désignait sa cécité.

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