‹ Saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de JésusChapitre 237 sur 305 · UN ENFANT QUI VEUT S APPELER IGNACE · texte numérisé non relu

UN ENFANT QUI VEUT S APPELER IGNACE

avait donné à ses deux fils les noms des protecteurs de cette cité; il avait appelé l'un Vitalien et l'autre Fortunat. C'était son intention, si Dieu lui donnait un troisième garçon, de l'appeler Irénée du nom du troisième protecteur de la ville. Or sa femme étant enceinte, il arriva qu'un Frère coadjuteur de la Compagnie vint à passer par la maison. La future mère le pria de vouloir bien s'intéresser pour elle auprès de Dieu, afin que sa délivrance qui était prochaine se fît sans accident. Le Frère le lui promit ; et à son tour, il l'exhorta à se recommander à saint Ignace, qui avait maintes fois signalé son pouvoir dans des circonstances semblables, et à prendre l'engagement, si elle avait un fils, de le nommer Ignace. Elle y consentit volontiers. Le temps venu, Dieu lui donna en effet un garçon. Fidèle à sa parole, elle voulut l'appeler Ignace. Mais le père, sans égard à ses désirs, imposa à l'enfant le nom d'Irénée.

Ce fut le sujet d'un long débat entre les deux époux, celle-là tenant pour Ignace, et celui-ci pour Irénée. Quelques instances qu'ils pussent se faire l'un à l'autre, aucun d'eux ne voulait céder; ils se croyaient obligés, l'un par sa dévotion envers son protecteur, l'autre par ses engagements. La contestation dura ainsi longtemps. A la fin, ennuyés de discuter sans cesse en pure perte, et de ne pouvoir même tomber d'accord en joignant les deux noms ensemble, parce que chacun d'eux voulait que le sien fût le premier, ils résolurent par jeu, ou plutôt par une inspiration secrète de la Providence de laisser l'enfant luimême juge du difi'érend. Se tournant de son côté : « Eh bien, lui dit le père, comment veux-tu être appelé? » L'enfant ne bégayait pas encore ; il ne commença même que plusieurs mois plus tard. Cependant, la question venait à peine d'être posée, qu'il répondit distinctement: « Ignace. » Et ainsi se termina le litige, en faveur de la mère et à l'honneur du Saint.

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