LIVRE VI. — CHAPITRE VII
qu'elle était parfaitement guérie. Elle se leva aussitôt et courut se présenter aux siens. Ceux-ci furent saisis de stupeur en la voyant ; mais leur surprise se changea en allégresse, quand ils eurent entendu le récit de sa vision, et tous ensemble ils rendirent de justes actions de grâces à Dieu et à son serviteur. Pour elle, non seulement elle était guérie, mais elle avait recouvré toutes ses forces, si bien que le même jour elle put se livrer aux travaux ordinaires de la maison.
2. En 1601, le galion le Saint-Thomas faisait voile vers les Iles Philippines. Il portait un grand nombre de soldats et de passagers, et avec eux quelques religieux de la Compagnie envoyés à Manille. Après soixante-deux jours de navigation, on découvrit la terre ; d'après les pilotes c'était le cap du Saint-Esprit. Mais, un épais brouillard s'étant élevé, on la perdit de vue, et en même temps des courants si impétueux entraînèrent le navire qu'il fut emporté à la dérive. On s'engagea, sans y prendre garde dans un immense cordon de récifs qui se dressaient en avant et de chaque côté, sans qu'il fût possible de sortir de cette impasse et de reprendre l'étroit chenal par lequel on était entré. Et comme les vents et le courant continuaient à pousser le navire contre les écueils, on se trouvait en un péril évident de s'y briser. La nuit venue, on jeta l'ancre, en se recommandant à Dieu. Dès le point du jour, le vent redoubla de violence , on se crut alors irrémédiablement perdu, on tira plusieurs coups de canon pour rappeler une embarcation envoyée en reconnaissance du côté de la terre, et dont on espérait se servir pour le sauvetage.
La veille, il s'était élevé une sorte de contestation ou de dispute au sujet de la sainteté d'Ignace, qui n'était pas encore béatifié, et quelques-uns en avaient parlé avec moins de respect qu'il ne convenait.
Le capitaine don Antoine Maldonado de Ribera, très