LIVRE VI. — CHAPITRE VII
le plus grand bien de son âme, de lui obtenir sa guérison. Don Lopez accepta de tout cœur la proposition et s'engagea, s'il échappait à la mort, à envoyer au tombeau du Saint un ex-voto en argent. La fièvre et l'oppression cessèrent aussitôt.
Le lendemain, le médecin et les chirurgiens voulurent, comme ils avaient fait la veille, introduire la sonde dans la blessure, mais ils s'aperçurent qu'au lieu de la longueur d'une palme, elle y entrait à peine d'un doigt. Ils n'en furent pas peu inquiets; craignant qu'il ne se fût peut-être formé à l'intérieur un commencement d'abcès, ils remirent à plus tard à prendre une décision ; mais c'était la blessure qui se cicatrisait; en quatre jours elle fut entièrement fermée. Le septième jour, don Lopez se leva, et le surlendemain il quitta Milan et se mit en route pour la Flandre où il était envoyé.
Hyacinthe, enfant de quatre ans, fils de Stanislas Filippovicz, de Varsovie, était par une complication de maladies également rebelles à l'art des médecins, réduit à une telle extrémité que d'heure en heure on attendait sa fin. C'était en 1611. Un chanoine de la ville alla le voir, et conseilla à la mère de le porter dans l'église des Pères de la Compagnie, et là, de le recommander à saint Ignace, La mère suivit ce conseil. Son mari tenta vainement de l'arrêter en lui disant qu'avant d'arriver à l'église, l'enfant serait mort. Elle entendit une messe, et tout le temps qu'elle dura, elle tint le petit malade devant le Saint en le lui recommandant avec instances. La messe finie, l'enfant se trouva parfaitement guéri ; placé sur l'autel, il s'y tint debout sans appui, et la pieuse mère changea ses gémissements de douleur en larmes d'allégresse.
Anne Barcelona était sexagénaire. Une paralysie de deux ans l'avait presque entièrement privée de l'usage de ses membres; ce n'était qu'à grand'peine et en s'appuyant sur un bras étranger qu'elle pouvait faire quelques pas. Dans cet état, elle eut une attaque d'apoplexie qui acheva de
lui ôter une grande partie de ce qu'elle conservait encore de vie, et la condamna à rester immobile sur son lit. Pour comble de disgrâce, elle éprouvait dans les membres épargnés par la maladie des douleurs si vives que pendant huit jours et huit nuits, il lui fut impossible de goûter un moment de repos. Elle n'avait plus aucune espérance et n'attendait rien de l'art des médecins. Elle n'en recourut qu'avec plus de ferveur à l'intercession de saint Ignace. Malgré son état d'impuissance, elle voulut aller en personne prier devant son autel, assurée qu'elle ne s'en éloignerait pas sans avoir été consolée. Elle se mit donc en route, et s'aida si bien de toute manière, qu'en deux heures elle vint à bout de parcourir la faible distance qui séparait sa maison de l'église des Pères. Là, elle promit au serviteur de Dieu une neuvaine, une messe et un ex-voto en cire, et s'engagea à se confesser et à communier dans sa chapelle. Cette prière terminée, elle sentit qu'elle était guérie. Elle avait en effet recouvré le plein usage de ses membres, et elle qui tout à l'heure paraissait demi-morte, s'en retourna sans appui. Elle revint le lendemain remercier son bienfaiteur et s'acquitter de ses promesses
4. Munebrega est un village d'Espagne, à deux lieues environ de Calatayud. Le P. Valère Piquer, de notre Compagnie, y prêchait le carême en 1623. Ayant trouvé dans la sacristie de l'église paroissiale un tableau de saint Ignace en pied, avec une tête de mort dans une main et un livre dans l'autre, il demanda l'autorisation de l'exposer à la vénération publique dans une des chapelles de l'église. La translation se fit avec une grande solennité le lundi de Pâques, en présence de tous les habitants du village. Le Père prononça le panégyrique du Saint et raconta plusieurs miracles obtenus par son intercession. Ses paroles inspirèrent une vive confiance à Marie Gascon, femme de Jérôme Ladron de Guevara ; elle était si estropiée, qu'elle ne pouvait faire un pas sans l'appui