‹ Saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de JésusChapitre 272 sur 305 · LIVRE VI. — CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — CHAPITRE X

couvrant ainsi du voile de la religion ses intentions coupables. Une charitable dame la recueillit chez elle pour la former aux œuvres de sa nouvelle profession. Mais l'hypocrite se démasquant tous les jours davantage, laissa bientôt voir qu'elle pensait à autre chose qu'à dire des prières et à fréquenter les sacrements. Comme si le démon, à la suite de ce baptême sacrilège, avait attisé dans son sein avec une violence nouvelle les flammes de la passion, elle s'abandonnait à de véritables accès de folie, et voulait coûte que coûte se précipiter où l'emportaient ses désirs. Comme on la tenait étroitement renfermée, elle se jeta un jour du haut d'un mur dans un jardin ; ramenée de force, elle menaça de mettre le feu à la maison, si on ne lui donnait sa liberté. La patience et la charité de sa pieuse gardienne étaient près de céder à ses importunités. Cependant, avant de la renvoyer, elle voulut consulter un Père de la Compagnie. Celui-ci, intérieurement inspiré de Dieu, et persuadé que le démon devait être en grande partie la cause de transports si violents, lui remit une relique de saint Ignace, en lui disant de la suspendre au cou de cette femme. Aucun remède ne pouvait être plus efficace.

Au moment où celle-ci était plus furieuse que jamais, jetant la menace à pleine bouche et se démenant comme une possédée, la dame s'approcha d'elle comme pour lui faire entendre qu'elle serait bientôt consolée. En attendant, elle voulait, disait-elle, lui donner pour gage un bijou qui valait un trésor, et elle lui passa au cou un cordon de soie au bout duquel était la relique du Saint dans une petite bourse.

Ce fut un miracle évident de voir le changement qui se fit à l'heure même dans cette malheureuse. Toute la fureur de sa passion tomba aussitôt; elle demeura quelque temps comme stupide et hors d'elle-même; puis elle versa un torrent de larmes, confessa son péché et la coupable pensée qui lui avait fait demander le baptême. La bonne

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