LIVRE V. — CHAPITRE II
y trouve des choses si grandes et si belles, qu'elles suffisent à faire juger, comme on le verra plus tard, d'après les extraits que j'en donnerai, des trésors de grâces renfermés dans son cœur.
C'est avec la même délicatesse d'humilité qu'il soumit les Constitutions à l'examen et à la censure de ses premiers compagnons réunis à Rome. Il était très certain qu'ils ne changeraient pas un iota à ce qu'il avait écrit, ou plutôt à ce que Dieu lui-même lui avait dicté ; mais il ne voulut pas qu'elles parussent l'œuvre de Dieu ou qu'elles lui fussent attribuées à lui-même. Il aurait pu, d'après l'autorisation qu'il en avait reçue du Souverain Pontife, les présenter à la Compagnie comme définitivement fixées ; il aima mieux réserver cet acte de suprême autorité à la Congrégation générale qui se tint après sa morty
C'est (ici ^surtout, dans sa fin bienheureuse, que se déploya son incomparable humilité. Il mourut, ou peu s'en faut, comme un délaissé. Il était à l'extrémité, et savait bien qu'il ne lui restait que peu d'heures à vivre. Vers le soir, il envoya demander la bénédiction du Saint-Père, comme devant expirer le lendemain. Néanmoins les médecins lui donnaient encore quelques jours. Il profita de cette sécurité qu'il n'avait point provoquée, mais qui correspondait parfaitement à ses désirs, pour mourir, comme il avait essayé de vivre, ignoré de tous, excepté de Dieu. Il ne dit pas un mot qui fît entendre qu'il se sentait arrivé à sa dernière nuit, et il se laissa traiter comme un malade qui aurait encore quelques jours devant lui. Et peu après, sans avoir nommé de Vicaire, précaution qu'il avait prise autrefois, quand il s'était déchargé du gouvernement sur le P. Natal, sans avoir retenu personne auprès de lui pour le veiller, sans s'être accordé la consolation de bénir ses enfants, de leur donner ses derniers avis, de les voir autour de lui pleurer et prier, il s'éteignit presque abandonné, et c'est à peine si on accourut auprès de lui