Scr. de S. Ign., II
2. La presence de ces futurs jesuites k Alcala en 1527, est affirme par Ribadeneyra, Vida, 21, c. 14; Castro, Historia del colegio de Alcala, 1. I, ch. VHI ; Nadal, Ep., I, i.
coupable, Inigo commence ses representations. L'interlocuteur se cabre d'abord, et s'irrite qu'on ose lui en remontrer jusque dans sa propre maison. La fermete et la courtoisie du censeur finirent par en imposer au jeune homme oublieux de ses devoirs. Celui-ci garda a diner le visiteur qu'il voulait d'abord mettre a la porte. Le soir, quand vint le moment de se separer, il voulut que son ami fut reconduit chez lui sur une mule, avec une suite de valets portant des torches. Inigo reussit, par ses instances, a esquiver 1'honneur d'une monture. Mais il lui fallut subir le cortege des valets, torche en main, au moins jusqu'au point ou ceux-ci, tout surpris, s'aper?urent que le prisonnier force de tous ces honneurs leur avait echappe. Dans cet acte de liberte apostolique nous revoyons le reformateur des Angels de Barcelone.
Comme a Barcelone, Inigo cherchait, a Alcala, toute occasion d'evangeliser. II catechisait les enfants, conversait avec les femmes devotes, enseignait a quiconque voulait profiter de ses lecons, les principes de vie chretienne que nous lisons aujourd'hui dans le livre des Exercices spirituels. Ces entreprises de zele etaient benies de Dieu.
Beaucoup de personnes, c'est Inigo lui-meme qui le dit 1 , en vinrent a une connaissance et a un gout notable des choses spirituelles. Mais ce bien faisait du bruit. On se demandait qui etaient cet Inigo, ce Caceres, ce Calisto et ce Juan, vetus comme des ermites, qui, sans etre pretres, faisaient les apotres et attiraient 9a et la grand concours. En courant de bouche en bouche, la rumeur grossit, se deforma; quand elle parvint a Tolede, les inquisiteurs s'emurent.
Les Illumines d'Espagne 2 ont laisse dans 1'histoire une trace longue et honteuse. On oublie parfois que leurs exces trai-
i. Gonzalfcs de Camara, n. 57.
z. Voir Menendez Pelayo (op. cit., II, 421-558).
nerent en des regions et a des epoques diverses. La secte eut ses docteurs en bien des villes et ses ravages alarmerent 1'Inquisition pendant plus de cent annees. On rencontre dans les papiers ecclesiastiques d'Alcala, aujourd'hui transportes aux Archives Nationales de Madrid, des proces tfAlumbrados jusque dans les annees qui precedent la venue d'Inigo a 1'Universite. Et en outre, n'etait-ce pas dans les milieux universitaires que partout le protestantisme naissant cherchait et trouvait des plus actifs moyens de propagande ? II n'est done pas surprenant que, des le mois de novembre 1526, les inquisiteurs aient mene une enquete, pour savoir au juste qui etaient les predicants suspects dont on parlait dans le pays.
L' enquete * fut faite par le docteur Miguel Carasco, chanoine de Saint- Just d'Alcala, et le licencie Alonso Megia, chanoine de Tolede, assistes de Francisco Ximenes, notaire. Parmi les temoins, Fray Fernando Rubio, pretre de 1'ordre de Saint-Francis, raconte qu'allant vers la mi-septembre chercher un peu de son a la maison d'Isabelle la devote, situee tout contre Peglise Saint- Fran9ois, il aper9ut, par la porte ouverte, un jeune homme assis sur une chaise a bras, qui discourait; tandis que deux ou trois femmes 1'ecoutaient, les mains jointes. Comme il allait entrer, Isabelle la devote lui dit : Laissez-nous, nous sommes occupes. Le P. Rubio n'en sait pas plus long ; les predicants sont jeunes ; ils ne vont pas, dit-il, a 1'Universite; on leur donne des Ie9ons particulieres ; ils n'habitent pas ensemble; on dit que Fun d'eux est natif des environs de Najera; on ignore s'ils sont de famille maurisque; mais c'est evidemment une nouveaute que d'assembler les gens ainsi pour les precher 2 .
Beatrix Ramirez, d'Alcala, declare que des predicants, au
1. Le texte des proces faits a Ignace a Alcala a 6t6 publi6 trois fois : d'abord par Serrano y Sanz, San Ignacio en Alcala de Henares, Madrid, ^9S J puis par le P. Fita, Los procesos de San Ignacio, dans Bol. de la Real Acad. de Htstor., 1898, XXXIII, 422-462; enfin dans Scr. de S. Ign., I, 598-624.