Manuel Danvila, op. cit., XXXVII, 180, 394, 490, 493.
3. Voir les anciens historiens espagnols Zurita, Sandoval, Moret, Ganbay; et aussi les regents historiens fran9ais, Bascle de Lagreze, La Navarre francaise, et surtout Boissonnade, La reunion de la l^av^rre a fa Castillo
Paris, Picard, 1892, .
a 1516, c'est'un. manege continue! cle deux puissants voisins pour tirer a cux Jean d'Albret.
Par ses origines, le roi de Navarre semble condamne a marcher dans 1'orbite de la France. Mais Ferdinand le Catholique est fort entreprenant. Des 1474, au traite de Tudela, il a fait accepter a la Navarre le protectorat de 1'Espagne; a plusieurs reprises, il tente, par des projets de mariage (1483-1494-1503) de resserrer les liens politiques ; au moyen de traites d'alliance plusieurs fois renouveles (1488-1494), il reussit a enchainer la liberte d'action de Jean d'Albret. A mesure que 1'unite des Espagnes avanee, il devient plus hardi dans ses desseins. Maitre de la Castille par son union avec Isabelle (1479), conquerant sur les Maures du royaume de Grenade (1491), possesseur du Roussillon qu'il a re?u de Charles VIII au traite de Barcelone (1493), pourquoi Ferdinand n'incorporeraitril pas a ses fitats ce pays de Navarre que les Pyrenees separent de la France ?
En face des agissements du roi de Castille, les rois de France ne demeurent pas inactifs. Louis XI, Charles VIII, Louis XII ont aussi leur politique, leurs manages et leurs traites; encore qu'ils ne mettent pas dans leurs entreprises la tenacite de Ferdinand.
Et selon les poussees subies et les interets qui prevalent, le malheureux Jean d'Albret oscille d'un parti a 1'autre. D'autant qu'en Navarre, Fran9ais et Espagnols ont, parmi la noblesse, leurs amis hereditairement devoues; les Grammont sont Fran9ais, les Beaumont sont Espagnols.
Finalement, en 1512, les entreprises de Louis XII par dela les Alpes provoquent, de la part de Jules II, la formation de la Sainte Ligue. Ferdinand y entre, aux cotes du roi d'Angleterre et de Maximilien d'Autriche. Ceci va decider du sort de la Navarre.
Tandis qu'en vue d'une expedition en Italic les Anglais descendent sur les cotes des Landes, Ferdinand demande a Jean d'Albret le passage pour ses troupes, afin de rejoindre les Anglais. Jean essaye de faire respecter la neutralite de ses
s. Ses deputes obtiennent de Louis XII la garantie desiree (Blois, 18 juillet 1512). Ferdinand, qui avait recu des demandes analogues, laisse les negotiations se poursuivre sans conclusion. Mais, le jour meme ou est signe le traite de Blois, il en fait publier les clauses pretendues. La piece, en depit de ce qu'en disent tous les historiens espagnols, n'est qu'un faux audacieux, Qu'il ait cru ou non a rauthenticite de ce texte, Ferdinand s'en autorise pour ordonner 1'invasion de la Navarre. Le 21 juillet 1512 le due d'Albe franchit la frontiere; le 24, Pampelune se rend, sous reserve des droits de Jean d'Albret, n cinq jours tout le royaume est conquis. Le roi de Castille declare que Jes statuts memes de la Sainte Ligue, lui donnaient tous drpits pour cette conquete (31 juillet); Jean proteste aupres de ses sujets (30 septembre) et aupres de Leon X (23 juin 1513). Le 15 juin 1515, par acte solennel, Ferdinand reunit la Navarre a la Castille; quelques mois apres, il meurt (22 Janvier 1516).
Pour assurer sa conquete navarraise, il n'a, avant de mourir, neglige aucune precaution militaire. Pampelune doit avoir une ceinture de murailles et de tours, dominees par une citadelle, afin 4'imposer au dedans et au dehors du royaume, le respect des etendards de Castille. Des 1514, les requisitions de chariots et 4e montures commencent, en vue des travaux. Lorsque, le 22 mai 1516, le due de Najera prend possession de la charge de vice-roi, 1.522 tapias de ma9onnerie sont deja construites. Entre temps, le cardinal Ximenes a dpnne ordre de demanteler toutes les forteresses seigneuriales.. Un an plus tard, la citadelle de Pampelune est presque achevee.. En juin 1517, tout est pret, on met les portes et les fenetres aux chambres des gens de guerre. Miguel de Herrera x a re9u Je commancjement de la forteresse et fait serment entre les mains du viceroi (3 mai 1517).
A la nouvelle de la mort de Ferdinand le Catholique, Fran- 9ois I er pense que pour la Navarre a sonne enfin 1'heure des
I. Pampelune, Arch. prov. de Navarre, Reyno Leg. 23, carp. 54. L a tapia est une mesure de 50 pieds Carre's.
esperances. II pousse Jean d'Albret a recouvrer le royaume perdu et lui pro met des troupes (4-13 fevrier 1516). II entame a Noyon, avec 1'Espagne, des conferences diplbmatiques que la mort de Jean d'Albret (17 juin 1516) ne favorise guere,' mais qui, pourtant, grace aux demarches actives de Catherine de Foix, aboutissent a faire resefver 1'examen des droits de la dynastic. Pour soutenir ces droits, on n'epargne m memoires ni negociations. La famille de Xavier est au prettiier rang des serviteurs fideles de la marson d"A!bret. Malheureuseifcent Catherine de Foix meurt a Mont-de-Marsan (n fevrier 1517); ee qui fournit a Germaine, veuve de Ferdinand le Catholique, Foccasion de revendiquer J'heritage de la maison de Foiixr. Au milieu de ces conjonctures contraires, Francois I er fai-t, par des ambassadeurs, sommer Charles d'evacuer fa Navarre; 1 mais Charles^ Quint se croit assez fort pottr se contenter d'une r6ponse evasive (fevrier 1520) : est-ce que Pampelune n^a pas des fortifications a d^fier les boulets francais?
Plus encore que Charles- Quint, le vice-roi de Navarre et Inigo son rttemadero, se seraient reposes dans cette canfrance, si I'affaire des Comuneros n'avait mis toute 1'Espagne en ebullition.
fimu du danger que faisait courir a la Coufonrie 1'insurrection des grands de Castille, les regents du royaurne avaterit degarni la Navarre de troupes des 1'automne de 1520. Le due de Najera, responsable de Tordre dans une province en-core rnal soumise, s'6tait plaint k 1'Empereur du hasard oft on le mettait. D'Aix-la-Chapelle (24 octobre 1520) le prince repondit en enjoignant au vice-roi d'envoyer a Burgos ses meilleurs sol^ dats. Le due obeit; mais jamais il ne put comprendre que, pour mieux defendre la Castille, on exposat la Navarre a une invasion francaise : tant qu'on persevere a lui enfever des fantassins' et des lances, il continue a protester, a expffquer, a p'lafdef pour la Navarre 1 . Nul doute qu'Inigo de Loyola ne s'associe de plern eceur a ces actes de vraie fid-elite.
i. Sandoval, I, 502. Boissonnade, 543-544; Danvila, XXXVII, 231, 240, 253. Depuis les travaux de Danvila et de Boissonnade, les cotes d'archives nt 6t6 changees a Simancas.
Le 15 mars 1521, le due de Najera avise Charles-Quint du peril imminent. Le 27, il precise des faits graves : Fran- 9ois I er envoie de I'artillerie par Toulouse et Bordeaux; on fait des levees dans les Landes et le Beam ; les Comuneros ont des intelligences avec la France, de Saint- Jean-Pied-de- Port a Pampelune les Franais ne trouveront pas une barriere sur leur chemin.
C'est par Pedro Velez de Guevara, qui, au retour de son voyage aux Pays-Bas, vient de traverser la France, que le viceroi sait ces nouvelles. II envoie Pedro a Segovie, esperant que les recits d'un temoin decideront le conseil royal a agir. Pedro Velez de Guevara, fils d'une tante du due de Najera et eleve dans la famille du due *, n'a rien a refuser a son cousin germain Antoine. II est d'ailleurs dans les memes sentiments de fidelite absolue au souverain. II fait part aux gouverneurs des craintes du vice-roi. et de ses propres impressions. Tout est vain. Meme apres la defaite des Comuneros a Villalar (21 avril 1521); quand leur chef Padilla a ete pendu a Valladolid et que 1'eveque de Zamora est en fuite, le Conseil s'entete dans sa politique : 1'insurrection tient encore a Tolede, la Navarre peut attendre. A un nouvel emissaire du vice-roi, le cbnnetable de Castille finit par r.epondre par de vagues promesses de secours.
Tandis qu'on raisonnait de la sorte a Segovie, le 4 mai, Henri d'Albret entrait en campagne. L'armee fran9aise etait sous les ordres d'Andre de Foix, seigneur d'Asparros, qui avait pour lieutenant le seigneur Ergobarraque, maire de Bayonne et 1'eveque de Couserans, Charles de Grammont. L'armee etait forte de 12.000 fantassins, 600 lances et 29 pieces d'artillerie. Le 12 mai, elle arriva devant Saint- Jean-Pied-de- Port, qui capitula le 15; les defiles de Roncevaux, que Louis de Beaumont fit un instant mine de defendre, furent franchis sans coup ferir. La route de la Haute-Navarre etait libre.
Le 13 mai, le due de Najera renouvelle ses instances. Son
i. Salazar de Castro, o{). cit., II, 154.
fils Juan Manrique, doit dire a Segovie : les ennemis sont la, jl faut des secours. Rien ne venant, le due part, le 17 mai, avec I'eVSque d'Avila, Rodrigue de Mercado, pour arracher au Conseil royal les troupes jusque-la refusers.. Tandis qu'il execute ce voyage, Andre 1 de Foix arrive a Villanueva, dans le val d'Araquil, a quatre Heues de Pampelune. La capitale de la Navarre est menacee d'un siege en regie 1 ..
La dynastic d'Albret, hier encore regnante, comptait dans la ville beaucoup d' obliges et de partisans; les Grammont etaient a leur tete. Au bruit de 1'approche des troupes fran- ^aises, tout ce monde exulte. Les armoiries espagnoles sont abattues, le palais du vice-roi est mis au pillage ; dans le Conseil de la cite on parle de se rendre. Inigo de Loyola n'a point accompagne le due de Najera a Segovie. On devine les sentiments de son a"me noble et fidele, en face de la revoke et de la peur qui gagnent. II n'est pas de ceux qui changent de maitre et renient leurs serments. II rejoint 1'alcade de la citadelle, Herrera, et les gentilshommes de la garnison. Centre tous, il met en avant avec force les raisons de se battre et il est assez heureux pour entrainer a la resistance les hesitants z . Au surplus, au Castillo rien ne manquait sans doute, ni salaison, ni viande fraiche, ni boulets, ni canons, ni mortiers, ni barils de poudre, ni fusils, ni piques, ni cuirasses 3 . Herrera avise le Conseil de viile que la citadelle se defendra.
Le Conseil n'en persiste pas moins dans ses pensees premieres. Une deputation est envoyee au camp de Villanueva pour offrir a Andre de Foix les cles de Pampelune, s'il consent
1. Sandoval, 522; Boissonnade, 548-549. Arch, de Simancas, Estado, Navarra 158, Leg. 2, 135, 136, 138; Comunidades de Castillo, Leg. 3, 45.