‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 82 sur 396 · Hagen 251-271; Fiissli · texte numérisé non relu

Hagen 251-271; Fiissli

4. On trouvera dans la Bibliotheca geographica Syriae de Reinhold Rohricht (Berlin, Reuther, 1890) des indications fort nombreuses sur les plus anciens rcits de voyage en Terre sainte. De I'e'poque d'Ignace nous avons des re"cits italiens, esp.agnols, fran9ais. De ces derniers, plusieurs ont e'te' publics par Camille Couderc, Tamisey de la Roque, Charles Schefer, et J. Chavanon, en des recueils divers. Tous offrent le m6me cadre. II est manifeste qu'il y a, chez les Franciscains de la Custodie, une tradition pour organiser ces pieuses visites.

de ne point sortir dans les rues, afin d'eviter des bagarres. La derniere semaine (du mercredi 16 au mercredi 23 septembre) se passa dans une reclusion presque absolue. Cependant Fussli et un de ses amis, sous la conduite d'un musulman, reussirent a gagner le mont des Oliviers, pour en venerer les souvenirs, et contempler une fois encore, de ces hauteurs la ville sur laquelle Jesus avait pleure 1 . Inigo aussi risqua cette course, mais seul, comme nous le verrons.

Sous la menace de ce contingent de de*trousseurs venus de Damas, les pelerins partireht de nuit (23 septembre). Des le premier pas en Palestine, ils avaient senti les apres exigences des Turcs. Elles ne cesserent pas. A chaque visite au Saint- Sepulcre, il fallut payer 7 ducats par personne; comme 1' argent manquait, & la derniere visite, Francesco dut aller jusqu'a Jaffa, pour en chercher; sans quoi, Tentree du sanctuaire fut demeuree close. Dans 1'excursion du Jourdain, les Turcs de 1'escorte s'emparerent de tout le vin et d'une partie des vivres des voyageurs; ils prirent le plus vif plaisir a les frapper, a les bousculer, a presser leurs montures.

Malgre tout, ces gens etaient heureux de leur saint pelerinage. Pendant deux semaines, ils avaient revecu 1'histoire e'mouvante du Sauveur. Le journal de route de Fussli et de Hagen temoigne de la foi chretienne de tous. Pour Inigo, plus encore que pour tous ses compagnons de voyage, les traces du Christ aux Lieux Saints etaient parlantes. Dans ses lectures de Loyola et dans ses meditations de Manrese, il s'etait rendu present tout ce drame de 1'^vangile, auquel il assistait les yeux pleins de larmes et le coeur navre d' amour. Et maintenant, il voyait, il touchait, il baisait de ses levres ardentes, le sol de la grotte de Bethleem, les murs du Cenacle, le roc ou fut plantee la Croix. Avec quelle nettete et quel charme, rayonnait a ses regards la figure du Christ, plein de grace et de puissance; et lui, a ses pieds, renouvelait les magnanimes offrandes des meditations manresiennes.

i. Hagen, 251-271; Fussli, 176.

Trois des pelerins, dont Hagen, avaient etc, le jour de saint Maurice, armes chevaliers du Saint-Sepulcre 1 . Durant la ceremonie, que de souvenirs durent monter a I'ame d'Inigo : souvenirs de 1'Amadis des Gaules, de Pampelune et de Montserrat. Pour son cceur tout evangelique, il n'est plus besoin desormais d'une autre armure que le Christ lui-meme. Jerusalem est le lieu de son choix. C'est la qu'il aurait voulu vivre jusqu'a la mort. Quelle occupation plus digne d'un chretien que de nourrir sa pensee des mysteres de la vie de Jesus? Et au milieu des habitants de cette Jerusalem ou Je"sus avait annonce le royaume de Dieu, pourquoi lui, a son tour, ne precherait-il pas 1'Iivangile ?

II avait des lettres de recommandation pour le gardien du couvent des Franciscains. II les lui remit et s'ouvrit a lui de son dessein de passer aux Lieux Saints le reste de ses jours. Le gardien objecta que la maison etait trop pauvre pour le recevoir. Inigo repondit qu'il demanderait seulement au couvent un confesseur. Le gardien rassure acquiesca, sauf ratification du Provincial, qui se trouvait pour lors a Bethleem 2 . Comptant sur cet arrangement provisoire, Inigo ecrivit a quelques personnes de Barcelone sans doute, pour les instruire de sa vie nouvelle et des resolutions prises 3 . Malheureusement, cette lettre est perdue. II faut nous contenter des souvenirs contes a Gonzales de Camara par Ignace lui-meme. La veille du depart des pelerins (22 septembre), le Provincial de saint Fran9ois le manda au couvent. C'etait pour lui dire que le projet confie au gardien etait irrealisable. Beaucoup 1'avaient tente naguere et toujours sans autre resultat que d'etre tues par les musulmans ou faits captifs. Le mieux etait done de s'en aller avec les compagnons de voyage. Inigo repartit, avec fermete et courtoisie, que son parti etait pris, a tout evenement, et qu'il resterait, a moins qu'on le lui interdit, sous peine de peche. Le P. Ange de Ferrare argua des Lettres papales qui le

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