‹ Saint IrénéeChapitre 133 sur 181 · VALEUR UNIVERSELLE · texte numérisé non relu

VALEUR UNIVERSELLE

vie, selon ce qu'a dit Jérémie : « le Seigneur saint d^ Israël s'est souvenu de ses morts,,, y il est descendu vers eux pour les évangéliser,,,, les sauver. :^ C'est pourquoi les yeux des disciples étaient alourdis par le sommeil lorsque le Seigneur marchait à sa passion. . . ; c'est pourquoi il les a d'abord laissés, montrant par là la patience de Dieu pendant que les hommes sont endormis (dans la mort) ; c'est pourquoi, revenant ensuite, il les a réveillés et fait lever : il montrait ainsi que sa passion est le réveil de ses disciples endormis, à cause desquels il est descendu dans les lieux inférieurs de la terre [Ephes,i\^ 9]... Le Christ n'est pas venu pour ceux-là seuls qui ont cru en lui au temps de Tibère César ; ni pour ceux-là seuls qui vivent aujourd'hui..., mais pour tous les hommes absolument qui, depuis l'origine,... ont craint etaimé Dieu, ont observé la justice et la piété dans leurs rapports avec le prochain, ont désiré voir le Christ et entendre sa voix. Il les réveillera tous, lors de sa seconde venue, du sommeil (de la mort)...

Depuis la venue du Seigneur [1085], le Nouveau Testament a réconcilié (les hommes) dans la paix..., selon ce qu'a dit... Michée [iv, 3] : « ils briseront les glaives pour en faire des charrues, les lances pour en faire des faux, ils n' apprendront plus à combattre. ,,% Si la loi de liberté, c'est-à-dire la parole de Dieu annoncée par les Apôtres sortis de Jérusalem,., a produit un tel bouleversement * qu'elle a changé en

I. Méliton a déjà noté, peu de temps avant Irénée, que le Christianisme et l'empire romain ont paru à la même date ; mais

DE l'incarnation I99

charrues et en faux les glaives et les lances guerrières..., (c'est donc que) les Prophètes, en parlant ainsi, ne visaient pas un autre que Celui qui a fait tout cela. Et celui-là est Notre-Seigneur, et la prophétie est exacte : c'est lui qui a fait la charrue, c'est-à-dire qui a semé l'humanité, puisqu'il a modelé Adam ; c'est lui qui a porté la faux,, c'est-à-dire qui a recueilli les fruits (de la moisson humaine), à la fin des temps, par le Verbe.

Le Verbe uni à la chair, c'est le fer fixé au bois, qui purifie la forêt humaine ; comme Abel était la faux et figurait la moisson des justes.

L'Ecriture et l'Église

Si donc quelqu'un lit attentivement les Écritures, il verra qu'elles traitent du Christ et qu'elles préfigurent la vocation nouvelle. C'est le trésor caché dans le champ, c'est-à-dire dans le monde ; — le

il en conclut seulement, semble-t-il, que le Christianisme contribue à la prospérité de l'empire. [Éusèbe, H.-E. iv, 26, éd. Dindorf, IV, 177.] — Un demi-siècle après Irénée, Origène dira que Tunitè romaine a préparé Tceuvre de l'Eglise [Contra Cblsum. ii, 38. P. G. II, 849.] — Irénée, ici, relève de Méliton : c'est le Christ qui est le véritable auteur de la paix romaine. On discerne le rapport de cette idée avec l'idée d'Origène ; on en croit trouver l'origine dans l'idée d'Irénée.

200 l'Église

champ, c'est le monde [mt. xiii, 44], le trésor caché dans les Écritures, c'est le Christ qu'annonçaient les types et les paraboles... Mais on ne pouvait pas humainement le comprendre avant que fussent accomplies les choses qui ont été accomplies, c'està-dire avant la venue du Christ. Et c'est ce qu'ont dit Daniel [xn, 4, 7]... et Jérémie [xxni. 20]... Avant d'être réalisée, toute prophétie apparaît aux hommes comme une énigme. Lorsque le temps est venu et que s'accomplit ce qui a été annoncé, les prophéties deviennent claires et certaines. Lorsque les Juifs, aujourd'hui encore, lisent la Loi, ils y voient une fable, parce qu'ils n'ont l'explication de rien de tout ce qui touche à la venue du Fils de Dieu... ; lorsque ce sont des Chrétiens, la Loi est le trésor caché dans le champ qui est révélé par la croix du Christ... Lisez les Écritures,... et vous serez le disciple consommé, semblable au père de famille.

C'est donc aux prêtres qui sont dans l'Église qu'il faut obéir, à ceux qui sont les successeurs des Apôtres...* et qui, avec la succession épiscopale, ont reçu un charisme assuré de vérité, suivant la volonté du Père. Quant aux autres, qui s'écartent des successeurs des Apôtres [a prinçipali sticcessione) et qui se

I. Dans un passage curieux [IV, 23 et 34, 1047-1050], Irénée apprécie l'œuvre des Apôtres : ils ont récolté ce qu'avaient semé les Prophètes ; ils ont eu, par conséquent, moins de travail qu'eux. Seulement, comme les Prophètes n'ont pas instruit les Gentils, les Apôtres qui ont évangélisé les Gentils ont eu plus de mal que ceux qui ont évangélisé les Juifs. Il rappelle Joan. IV, 35 ; il s'appuie en particulier sur l'histoire de 1 eunuque de

HIERARCHIQUE 201

réunissent en quelque endroit, il faut les tenir pour suspects, ou pour hérétiques, pour des hommes de mauvaise doctrine, ou pour des hommes qui déchirent (l'unité), des orgueilleux qui se complaisent en soi, ou pour des hypocrites poussés par l'amour du gain ou d'une vaine gloire. Tous se sont écartés de la vérité. . . comme Coré, Dathan et Abiron [Ntim . xvi] .

Ceux qui déchirent et divisent l'unité de l'Église, reçoivent le même châtiment divin que Jéroboam [III Reg, XIV, lo].

... Il faut fuir tous ces gens-là, s'en tenir au contraire à ceux qui gardent la doctrine des Apôtres et qui unissent à une dignité presbytérale régulière des discours sages et une vie sans tache : tels (autrefois) Moïse [Num, xvi, 15]..., Samuel [ l^Rég. xn, 2]..., Paul [II, C(?r.n, 17 et vn, 2]...; tels les prêtres que nourrit l'Eglise et dont le Prophète a dit [isaïe, lx, i']]: ^Jete donnerai tes chefs dans la paix et tes évêques dans la justice:^^ et dont le Seigneur disait [mt. xxiv, 45-46] : « celui qui sera un fermier fidèle^ honnête^ habilcy placé par le Seigneur à la tête de ses serviteurs pour leur distribuer la nourriture dans le temps. Bienheureux ce serviteur^ si son maître^ à son arrivée, le trouve agissant ainsi, »C'QSt à propos de ceux-là que

la reine d'Ethiopie qui lisait dans Isaïe l'épisode du Serviteur de Jahvé et que convertit le diacre Philippe [Actesy VIII, 37] : quapropter non multum laboravit circa eum Philippus, quoniam erat in timoré Dei praeaptatus a prophetis. — Il rappelle également saint Paul, disant [l, Cor. xv, 10] : Plus eis omnibus laboravi ; il confirme la ,vérité de ce mot par une brève analyse des éléments communs à l'Évangile et à la Loi.

Page 1