LA CROYANCE
témoignage à Dieu, fut livré aux bêtes : « Je suis le froment du Christ; je serai moulu par la dent des bêtes pour être trouvé pur pain du Christ *. »
La Jérusalem terrestre
Après avoir confirmé encore la résurrection des corps par la Résurrection et l'Ascension du Seigneur, Irénée en vient à décrire comment il conçoit la cité des justes.
Il rappelle d'abord la destinée des âmes après la mort.
Puisque le Seigneur est allé au milieu de V ombre de la mort {Ps. xxii, 4), où étaient les âmes des morts, et qu'il est ensuite ressuscité dans son corps et qu'après la résurrection il est monté (au ciel), il est clair que les âmes de ses disciples — cause (véritable) de ce qu'il a fait — s'en iront dans le lieu invisible que leur a marqué Dieu, et y demeureront jusqu'à la résurrection; ensuite, elles recevront leur corps, et ils ressusciteront d'une manière parfaite, c'est-à-dire corporelle, comme le Seigneur est ressuscité; et ils viendront ainsi en présence de Dieu. Car «ww/ disciple n'est au-dessus du maître; mais tout disciple sera par-
I. Le lecteur connaît la belle lettre de saint Ignace aux Romains. Cf. Avenir du Christianisme I, (2® éd.), p. 186-190.
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fait comme son maîtres (Luc, vi, 40). Puisque notre Maître ne s'est pas aussitôt envolé (au ciel), mais a attendu pour ressusciter le temps marqué par le Père..., nous aussi nous attendrons le moment de la résurrection marqué par Dieu...
Comme les hérétiques commettent beaucoup d'erreurs touchant le mystère de la résurrection des justes,
il faut parler de ceux-ci. Il faut* que les justes soient les premiers, dans la création renouvelée, à ressusciter à l'apparition de Dieu, à recevoir la promesse de Théritage que Dieu a faite à nos pères (Israël) et à régner sur cette création; ensuite le jugement aura lieu. Dans ce monde où ils ont travaillé, souffert, éprouvé mille peines, il est juste qu'ils recueillent le fruit de leur sagesse ; qu'ils y soient vivifiés, comme ils y sont morts, pour l'amour de
I. Toutes les idées développées ici par saint Irénée ont été rejetées par l'Eglise. A la suite d'Eusèbe In Isaïam, 65, 23. — (P. G. 24, 513), les chrétiens croient qu'il s'est trompé en prétendant que le grand jugement sera précédé d'une résurrection partielle réservée aux justes, et que ceux-ci passeront mille ans à Jérusalem dans l'abondance de tous les biens ; les chrétiens croient que la nouvelle Jérusalem dont parle Isaïe n'est autre que l'Eglise. — Afin d'apprécier ce fait à sa juste valeur, il est juste d'ajouter que les chrétiens ont retenu l'idée sous-jacente au millénarisme et croient, avec Irénée, à la résurrection des corps. Il faut ajouter aussi que l'erreur d'Irénée luf est commune avec Tertullien, Lactance, Hilarien, Commodien, saint Ambroise; saint Augustin la partagea pendant quelque temps (Turmel : Histoire de la théolagie positive. Paris, 1904, p. 183). Il faut ajouter enfin que d'illustres chrétiens se sont parfois trompés : je rappelle d un mot l'histoire d'Origène ; et l'on sait que saint Bernard, saint Thoma-s et saint Bonaventure, — trois docteurs de l'Eglise — ont combattu la croyance de l'immaculée conception de la Vierge. Cf. notre Saint Irénée [LecoSTe], p. 146-149.
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Dieu; qu'ils y régnent, comme ils y ont été esclaves... Il faut que la création revenue à son état primitif serve les justes sans aucun obstacle. C'est ce que TApôtre a dit clairement dans la lettre aux Romains (vm, 19)...
Ainsi la promesse de Dieu faite à Abraham demeure ferme... Sa descendance, c'est TEglise : elle a reçu du Seigneur l'adoption qui unit à Dieu, selon ce qu'a dit Jean-Baptiste (Luc, m, i) : ^Dieu peut de ces pierres mêmes susciter des enfants à Abraham^ ^ et ce qu'a dit Paul dans l'épître aux Galates (iv, 28) : « Mes frères^ vous êtes selon Isaac les enfants de promesse ^^^ et, (plus haut), (m, 16) : ^Les promesses faites à Abraham s'adressent aussi à sa descendance.,,:^ Ceux qui sont (enfants) de la foi seront bénis avec le fidèle Abraham; ce sont les fils d'Abraham. Or Dieu a promis la terre en héritage à Abraham et à sa descendance ; mais ni Abraham ni sa descendance, c'est-à-dire ceux qui sont justifiés par la foi, ne recueillent maintenant cet héritage; (il est donc clair qu')ils le recueilleront lors de la résurrection des justes. Car Dieu est ferme (dans ses promesses).
C'est pour cela que, venant à sa passion, et voulant donner à Abraham et aux siens la bonne nouvelle que l'héritage était ouvert, (le Christ) disait, après avoir rendu grâces, et bu au calice, et fait boire ses disciples (Mat, xxvi, 2'-]):^Buves{-en tous. Car ceci est mon sang^ le sang du Nouveau Testament^ qui sera répandu pour beaucoup en rémission des i)échés, Or^ je vous dis que je ne boirai plus désormais
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DU MILLÉNARISME 26 J
de ce fruit de la vigne jusqu'au jour où je le boirai de nouveau avacvoîis dans le royaume démon Père,,, i^W a promis de boire du fruit de la vigne avec ses disciples ; il a donc montré (et que les justes auront) rhéritage de la terre où sera bu le nouveau fruit de la vigne et que la chair ressuscitera : car ce sera la nouvelle chair ressuscitée qui recevra la nouvelle coupe. Quelqu'un qui boit du fruit de la vigne ne peut pas être dans les airs, dans un endroit supra céleste ; et, de même, il ne peut pas ne pas avoir de chair...
Et c'est pourquoi le Seigneur disait (Luc, xiv, 12) : ^Lorsquevous donnei^ à dîner ou àsouper^,,, » et encore (Mat. XIX, 29): « Quiconque aura quitté ses champs^ ou ses maisons^ ou ses parents^ ou ses frères^ ou ses fils à cause de moi^ recevra le centuple dans ce monde et à r avenir aura rhéritage de la vie éternelle.^ Où est ce centuple en ce monde...? On le trouvera au temps du règne (de Dieu sur terre), c'est-à-dire au septième jour de la sanctification : jour où Dieu s'est reposé de tous ses travaux, jour qui est le vrai sabbat des justes, jour où l'on ne fait nul ouvrage terrestre : les justes trouveront à leur côté la table servie par Dieu.
De même la bénédiction d'Isaac, bénissant son second fils [Gen. xxvii, 28)... ^QueDieu te donne une abondance de froment et de t?/w...» concerne très certainement l'époque du règne, où régneront(sur terre) les justes ressuscites des morts ; quand la création renouvelée et délivrée fera éclore en abondance toute espèce. de nourriture... De même parlait Jean, le dis-
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ciple du Seigneur, — ainsi que se le rappellent les presbytres qui Tout vu — , lorsqu'il enseignait ce que le Seigneur avait dit de ces temps : des jours viendront où naîtront des vignes ayant 10.000 branches, chaque branche ayant 10.000 rameaux, chaque rameau 10.090 grappes, chaque grappe 10.000 grains ; où, de chaque grain, on pourra tirer 25 métrètes de vin. Et lorsqu'un des saints aura pris une grappe, une autre criera : Je suis une meilleure grappe ; prends-moi et, par moi, bénis le Seigneur... Tout cela est également attesté par écrit par Papias, l'auditeur de Jean * et le compagnon de Polycarp'e, un homme des anciens temps, au livre IV (de son ouvrage) : car il en a écrit cinq. — Et il ajouta : Ces choses sont croyables pour les croyants. Comme Juda le traître, continue-t-il, n'y croyait pas et interrogeait: Comment donc le Seigneur produira-t-il de telles choses ? le Seigneur répondit : Ceux qui viendront alors le verront.
Isaïe a aussi prophétisé ces temps (xi, 6 ; lxv, 25 ; XXVI, 19)..., et de même Ezéchiel (xxxvii, 12 ; xxvm, 25)..., et Jérémie (xxxm, 7)..., et Jean dans l'Apocalypse (xx, 6)..., et Daniel (vn, 20; xn, 43)... Isaïe (surtout) a dit en parlant de Jérusalem (Isaïe, XXXI, 9) : « Le Seigneur dit : Heureux qui a une semence à S ion et des gens de sa famille à Jérusalem, Voici que le roi juste régnera...^ »et encore (lxv, 18) :
I. Irénée s'est trompé. Un texte d'Eusèbe! H. E. m, 39, reproduit un passage où Papias affirme lui-même qu'il n'a pas été ^'élève des Apôtres. Son maître était un presbytre, Jean.