DE LA FAUSSE GNOSE DÉMASQUÉE ET REFUTEE
puiser dans les écrits des disciples de Valentin, comme ils disent, et d'entrer en relations avec quelques-uns d'entre eux et de nous rendre maître de leur doctrine afin de vous révéler, mon bien-aimé *, ces prodigieux et profonds mystères que tout le monde ne peut pas comprendre.., parce que tout le monde n'a pas un assez puissant cerveau. Apprenez à les connaître, vous aussi, afin de les révéler à ceux qui soiit avec vous, afin de les exhorter à se bien garder des abîmes de la folie et des blasphèmes contre le Christ ! Autant qu'il sera en notre pouvoir, c'est la doctrine de ceux qui enseignent aujourd'hui, — je parle des élèves de Ptolémée, la fleur de l'école de Valentin — , que nous ferons connaître brièvement et clairement; et, dans la mesure de nos faibles moyens, nous vous mettrons en mesure de ruiner cette doctrine, en montrant que ce qu'ils disent est absurde et répugne à la vérité.
Nous n'avons pas l'habitude d'écrire, nous ne sommes pas habile dans l'art des mots; mais c'est la charité qui nous pousse à vous révéler, à vçus et à ceux qui sont avec vous, les doctrines jusqu'ici cachées que la grâce de Dieu fait venir au jour : « car il n'est rien de caché qui ne doive être révélé, rien de secret qui ne doive être connu.» (mt. x. 26). Vous ne chercherez chez nous — qui vivons chez les Celtes et qui, dans nos occupations, usons de la langue barbare — , ni l'art des mots que nous n'avons
I. Nous ignorons le nom de cet ami auquel saint Irénée adresse son ouvrage ; c'est sans doute un évêque et un Grec.
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pas appris, ni la force du (véritable) écrivain que nous n'avons pas cherché à atteindre, ni ces grâces du style, ni cet art de plaire que nous ignorons *. Simplement, véridiquement, sans recherche, mais avec amour, nous avons écrit (ce livre) pour vous; avec amour recevez-le de même ; développez-le, puisque vous en êtes plus capable que nous; les germes naissants que nous vous donnons fructifieront dans les profondeurs de votre pensée; vous montrerez avec force à ceux qui vous entourent ce que nous aurons faiblement indiqué. Vous cherchez depuis longtemps à étudier leur doctrine : nous nous sommes efforcé de vous la faire connaître et même de vous donner le moyen d'en montrer les mensonges ; rivalisez donc avec nous et occupez- vous de servir nos autres frères, selon la grâce que vous a donnée le Seigneur, afin que les raisons spécieuses (de ces gens-là) n'entraînent plus les âmes.
I. C'est là... un trait commun à presque tous les écrivains chrétiens de ce temps. Justement offensés, dans leur sérieuse tendance, par le bavardage prétentieux des rhéteurs à la mode, ils croient que bien écrire est une marque de frivolité. Aucun d'eux ne se rend bien compte de ce que la pensée gagne à être claire, ordonnée, dégagée, à se traduire dans des expressions justes et choisies. Une certaine barbarie leur plaît, comme une preuve de sincérité. D'ailleurs, elle n'est pas uniquement chez eux affaire de principe..» ils ont été plus ou moins troublés dans leur goût, ...par la brusque influence des lectures toutes différentes qui ont été la conséquence de leur conversion... Leur style est l'image des bouleversements intérieurs par lesquels ils ont passé. [A. et M. Croisbt : Histoire de la littérature grecque, V,