‹ Saint IrénéeChapitre 54 sur 181 · PRÉFACE DU SECOND LIVRE · texte numérisé non relu

PRÉFACE DU SECOND LIVRE

... Dans le livre que voici,... nous renverserons tout leur système dans ses principales parties. C'est parce qu'il révèle et renverse leur doctrine que nous avons donné à notre ouvrage le titre qu'il a...

Dessin général de l'argumentation id'Irénée

Comme les Gnostiques rejettent la création du monde, au sens propre du mot, ils sont nécessairement rejetés ou vers l'hypothèse grecque d'une matière préexistante, ou vers la théorie orientale de l'émanation : dualisme ou panthéisme, ils n'ont pas d'autre recours. « Saint Irénée les poursuit dans ces deux retranchements. Ou vous séparez Dieu du monde, leur dit l'évêque de Lyon, ou vous confondez Dieu avec le monde, et dans l'un ou l'autre cas vous détruisez la vraie notion de Dieu. Si vous placez la création hors de Dieu, en ce sens qu'elle existe indépendamment de lui, quelque nom que vous donniez à cette matière éternelle, que vous l'appelliez vide, chaos, ténèbres, peu importe ; vous limitez l'être divin, vous circonscrivez le domaine de son activité, ce qui revient à le nier. Dieu ne peut exister qu'à la condition d'être infini, de renfermer en soi l'universalité des êtres ; et s'il

d'irénée 87

en était un seul qui pût exister par lui-même ou échapper à sa puissance, c'en serait fait de TÈtre souverain. Vous avez beau dire que le monde a pu être formé par des Anges ou par quelque autre puissance secondaire, de deux choses Tune : ou ils ont agi contre la volonté du Dieu suprême, ou d'après son commandement. Dans la première hypothèse, vous accusez Dieu d'impuissance; dans la seconde, vous êtes ramenés malgré vous à la doctrine chrétienne, qui voit dans les Anges de simples instruments de la volonté divine. Donc, ou admettez la création, ou renoncez pour toujours à trouver le Dieu véritable. — Que si, au contraire, vous placez la création en Dieu, de telle sorte qu'elle se réduise à un pur développement de sa substance, vous entrez dans une voie encore plus inextricable. Alors, tout ce qu'il y a dans les créatures d'imperfections et de souillures retombe sur Dieu lui-même, dont la substance devient la leur. Vous dites que le monde est un fruit de l'ignorance et du péché, le résultat d'une déchéance ou d'une chute du Plérôme, une dégénération progressive de l'Etre, ou, suivant votre métaphore favorite, une tache sur la tunique de Dieu; mais ne voyez-vous pas que, dans cette confusion de l'infini avec le fini, c'est la nature divine elle-même qui déchoit, qui dégénère, qui est entachée de vice ou d'imperfection? Est-il possible d'altérer plus gravement la notion de Dieu? Vous ne pouvez échapper à cette conséquence qu'en revenant au dogme chrétien de la création qui, tout mystérieux qu'il est, renferme la seule solution raisonnable, parce qu'il distingue parfaitement ce qui ne doit être ni séparé ni confondu *. »

i.MgrpREPPEL : Saint Irénée... [Paris, Bray, 1861, in-8, p. 346-

Page 1