‹ Saint JéromeChapitre 225 sur 387 · LIVRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE VIL

veulent fouler aux pieds les perles, afin que personne ne les ramasse; ou plutôt je prends mon parti, je travaille, j'interprète les Écritures, et me soucie peu des fantômes et des larves, dont la nature est, dit-on, de murmurer la nuit dans les coins, pour faire peur aux petits enfants'. »

Les trois années qui s'écoulèrent pendant la construction des monastères forment l'époque la plus laborieuse peut-être de la vie de Jérôme, et assurément la plus heureuse. Aucun orage ne grondait encore du côté de Jérusalem, et les nuages qu'on y voyait poindre semblaient pouvoir être dissipés aisément. Exempt des soucis d'une direction monastique et du chagrin des luttes personnelles, sauf les critiques littéraires, dont il commençait à prendre son parti, il se livrait sans réserve à la contemplation solitaire et à l'étude, au sein d'une amitié pieuse et tendre. Les deux bonheurs terrestres qu'il avait rêvés à côté de la perfection religieuse, l'affection et la renommée, étaient venus le chercher en même temps. Paula et Eustochium ne le quittaient guère, l'assistant, l'encourageant dans ses travaux, le soutenant à ses heures de défaillance ou d'irritation. Elles s'étaient fait de l'aimer, de l'admirer et de le servir, comme une seconde religion en ce monde : elles y mirent leur gloire, et furent pour beaucoup dans la sienne. Symptôme étrange de la révolution qui renouvelait par sa base la société romaine ! Un des grands noms du Gapitole venait, dans un coin de la Judée con-

1. Hoc unum dico, quod vellem cum invidia nominis ejus habere etiam scientiam Scripturarum, floccipendens imagines umbrasque larvarum, quarum natura esse dicitur, terrere parvulos, et in angulis garrire tenebrosis. Hicron., Quœst. Hebraic. Prœfat,

quise, s'attacher au nom vulgaire d'un prêtre dahnate, et en recevait une immortalité qui n'a point pâli à côté des souvenirs de Cartilage et de Numance. Jérôme a mêlé à des œuvres aussi durables que l'Église chrétienne, dont elles sont un des joyaux, le nom et la mémoire de deux filles de Scipion. Leur savoir, leur vertu, leur douceur, leur dévouement filial pour le grand docteur d'Occident, inscrits au frontispice de nos Livres saints, sont connus et célébrés jusque dans des pays où l'histoire de Rome est ignorée, et ne pénétrera peut-être jamais. Jérôme l'espérait \ et elles le croyaient également, abritant sous cette noble amitié leur bonheur au ciel comme leur renommée ici-bas.

Les préfaces de Jérôme et ses lettres intimes nous initient aux mystères de cette communauté de trois âmes pieuses et savantes. Quand il fut installé dans son paradis (il appelait ainsi, comme on l'a vu, son cabinet de travail établi dans une grotte voisine de la Crèche), Paula et sa fille brûlaient de l'y visiter au milieu de ses livres et de ses scribes. Elles tentèrent enfin l'aventure, et vinrent solliciter la faveur de lire avec lui l'Ancien et le Nouveau Testament. Jérôme refusa d'abord, par sentiment de son insuffisance, dit-il; a mais leurs instances, ajoute-t-il bientôt, étaient si douces que je cédai. » Ils commencèrent donc à eux trois une lecture complète de la Bible, chacun apportant dans ce travail commun un caractère et des dispositions différentes. Paula, lente à prendre la parole, était prompte à écouter, suivant le

1. Excgi monumentum sere perennius, quod nulla possit destruere vetustas... ut quocumqiie sermo noster pervenerit, te laudatam, te in Bethleemitico agro conditam lector agnoscat. Hieron., Ep. 80. Epitaph. Paulœ.

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