LE RETOUR A ANTIOCHE. L'« ALTERCATIO
Antioche, la composition du premier ouvrage de polémique publié par saint Jérôme, VAltercatio Luciferiani et Orthodoxi ^. Il se présente comme le procès-verbal d'une conférence publique entre le luciférien Helladius ^ et un catholique anonyme. Celui-ci réfute les objections que ces schismatiques opposaient à la réception des évêques faillis àRimini,et montre l'inconsistance de leur distinction entre les laïques et les prêtres pour la pénitence. Puis, dans une seconde partie, à l'aide surtout des actes du concile de Rimini, il expose les origines du schisme et réfute les attaques du diacre romain Hilaire, principal représentant de la secte. Ce dialogue fictif trahit une certaine inexpérience et, dans la première partie, ne laisse pas d'avoir une marche quelque peu embarrassée. Malgré le schisme, la mémoire de Lucifer de Cagliari était en particulière vénération dans le milieu antiochien où se trouvait alors Jérôme. C'était Lucifer qui, par une malheureuse initiative^ avait ordonné Paulin, sans prendre l'avis de ses collègues, alors réunis en concile à Alexandrie, pour porter remède à la division de l'église d 'Antioche (362). C'était là même que le schisme avait pris naissance, quand Lucifer comprit que sa conduite déplaisait à Eusèbe de Verceil, député par le concile pour communiquer aux catholiques d 'Antioche ses décisions. Sans partager ses idées, les pauliniens vénéraient en Lucifer le défenseur indomptable des droits de l'Eglise et celui qui, avec Paulin, s'était toujours refusé à pactiser avec les ariens ou ceux qu'ils considéraient comme arianisants. Cela explique la réserve ou plutôt la sympathie, avec laquelle, tout en le blâmant, Jérôme parle du bienheureux Lucifer et de sa conduite. L'ouvrage est intéressant, moins pour l'ensemble du développement ou la valeur littéraire assez médiocre, que pour certaines idées concernant les sacrements, pour ses déclarations sur le rôle de l'Église et de l'épiscopat, pour sa méthode de démonstration, où la tradition intervient à côté de
^ PL, XXIII, 155-182. Cfr Bahwpoi., Les sources de VAltercatio..., dans Miscellanea Geronimiana , p. 97-113.
^ On sait que les lucifériens se séparèrent de l'Église, parce qu'ils refusaient de reconnaître la légitimité du pardon accordé par le concile d'Alexandrie (362) aux évêques, qui avaient failli lors de la persécution de Constance.
l'Écriture, pour le rôle primordial que joue celle-ci, mais avec la prépondérance réclamée, contre la lettre, au profit de l'interprétation typique, pour les allusions liturgiques assez nombreuses, enfin pour l'utilisation des documents conciliaires et les emprunts faits à saint Hilaire et à Tertullien. Il est difficile de voir à quelles circonstances concrètes répond la publication de cet ouvrage. C'est seulement longtemps après, à l'occasion de l'erreur pélagienne, que Jérôme reprendra la forme dialoguée et, pas plus que la première fois, d'une manière qui fasse regretter qu'il n'y ait pas eu recours plus souvent.
De son côté, Evagrius aussi se livrait à la composition. C'est alors qu'il donna lecture à son ami Jérôme de plusieurs écrits, encore inédits au moment où ce dernier publiait son catalogue des écrivains chrétiens (392-393) ^.
Ainsi s'amassaient les richesses intellectuelles et se continuait la vie laborieuse de Jérôme, dès lors tout acquise à l'idéal de la perfection monastique et à l'étude des sciences sacrées. Il ne voulait négliger aucune source du savoir. C'est pourquoi, quelques mois après son retour, il quitta Antioche, pour demander à Constantinople un complément d'érudition.
^ De ViriSy CXXV (PL, XXIII, 711-713) : « Antiochiae episcopus, acris et praestantis ingenii, cum adhuc esset presbyter, diversarum hypotheseon tractatus mihi legit, quos necdum edidit. »