ESSAIS D*EXÉGÈSE PERSONNELLE
dû lui recommander l'étude approfondie d'Origène, dont il était un fervent, Jérôme résolut d'essayer ses propres forces et de donner au public un spécimen de commentaire. La vision où les Séraphins vinrent purifier les lèvres d'Isaïe était déjà l'objet de cinq des homélies qu'il venait de traduire ; elle l'attira de nouveau. Ce travail de traduction lui servit ainsi comme de préparation immédiate à la nouvelle tâche ^.
Jérôme suit, en effet, de très près Origène dans l'interprétation des détails de la vision, tout en faisant cependant œuvre personnelle. A la malencontreuse allégorie, qui découvre dans les deux Séraphins le Fils et le Saint-Esprit, il substitue le symbolisme des deux Testaments. D'autres détails attestent son originalité. D'ailleurs, il a recours à diverses sources qu'il sait excellemment approprier à son développement. L'ensemble est bien venu; aucun détail n'est négligé ; le style est élégant comme à l'ordinaire. L'exégèse hiérony mienne est déjà constituée dans ses grandes lignes : établissement du sens littéral, interprétation symbolique, mais avec rareté, ici, de l'application morale; richesse de l'érudition biblique et mise à contribution continue des devanciers. On voit, par la multiplicité même des questions qu'il pose, que le commentateur a étudié le récit sous toutes ses faces ^ ; les comparaisons de texte entre les différents livres de l'Ecriture témoignent d'une certaine dextérité ^. Saint Jérôme ne craint pas de donner son opinion personnelle; il fait preuve d'une certaine maîtrise de pensée et de jugement indépendant.
1 Epist. XVIII, 1-16 (édit. HiLBERG, XVIII A, p. 73-96) — M. HUberg a détaché sous le nom de Epist. XVIII A et Epist. XVIII B, les deux parties mises par Vallarsi sous le même numéro XVIII, chacune donnée par les manuscrits comme adressée à Damase, auquel le texte lui-même ne fait aucune allusion, probablement parce que, l'ayant composée à Constantinople, il ne la publia qu'à Rome en la dédiant directement à ce pape. Dans les manuscrits chacune est diversement intitulée : Epist. XVIII A : « de seraphim», « de seraphim et de calculo », « de morte Oziae régis et seraphim et calculo » ; Epist. XVIII B : « de seraphim et de calculo et de quis ibit nobis ». Sur l'anecdoton publié par Amelli comme représentant le traité sur Isaïe VI, composé à Constantinople, voir note complémentaire F.
^ Epist. yiNMl, iet6.
^ Ibid., 4, réfutation d'Origène et accord de saint Jean et de saint Paul; 76ïû?., 7, « Dominus Sabaoth ».
Un deuxième travail sur le même sujet est d^une allure un peu différente et de caractère plus technique^. Reprenant les derniers versets commentés dans l'exposé précédent, Jérôme groupe les diverses traductions grecques, Septante, Aquila, Théodotion, Symmaque et y ajoute quelques explications exégétiques.
Ces essais intéressent surtout comme prémices. Ils marquent une étape dans l'acquisition de la méthode définitive. 'L^hehraica Veritas est encore à peu près absente du commentaire ; elle ne se fera pas attendre longtemps.
1 Epist. XVIII, 17-21 (édit. Hilberg, XVIII B, p. 97-103).