‹ Saint Jérôme (volume 2)Chapitre 41 sur 106 · I06 LA PROPAGANDE ASCÉTIQUE · texte numérisé non relu

I06 LA PROPAGANDE ASCÉTIQUE

dans ses paroles, se défiant des flatteurs; qu'elle se souvienne que Marie fut préférée à Marthe, se soucie de vivre dans le recueillement, les yeux fixés au cieP. Elle doit aussi combattre la vaine gloire et ne pas ressembler à tant de vierges qui, pour se faire valoir, emploient mille artifices. Jérôme les décrit, comme il Ta fait plus haut pour les vierges mondaines, avec une verve n'épargnant aucun de leurs ridicules. Il met de nouveau Eustochium en garde contre les clercs de clientèle, les moines hypocrites, un Anthime, un Sophronius dont la fin lamentable a récemment causé du scandale, contre les prêtres mondains dont, au passage, il croque un type achevé. Qu'elle se défie ! le danger est partout. Qu'elle fuie les vierges vagabondes; qu'elle vive avec ses servantes -. Il lui recommande ensuite la simplicité chrétienne du langage. Elle n'a pas besoin de la littérature païenne. Jérôme qui l'a trop cultivée et au début de sa conversion, en Orient, y était encore trop attaché, en a été terriblement châtié dans un songe dont le souvenir le fait encore trembler de tous ses membres. Oh ! non, il n'a plus été depuis lors cicéronien, mais chrétien ^.

Les conseils pratiques s'accumulent sur la fuite de l'avarice, le détachement évangélique, la manière discrète de faire l'aumône, à l'inverse de cette grande dame qu'il a vue un jour, à Saint- Pierre, au cours d'une distribution, ensanglanter la figure d'une pauvresse qui se présentait à elle pour la seconde fois*. Qu'elle mette en Dieu sa confiance, au lieu de thésauriser pour le lendemain, comme ce moine de Nitrie, près de qui l'on enterra la petite fortune qu'il avait laissée à sa mort, pour exciter chez les autres moines l'horreur d'une pareille pratique. Jérôme disserte à ce propos sur les diverses espèces de moines que l'on rencontre en Egypte, blâmant ceux qui vivent sans autre règle que leurs caprices et rappelant, avec les cénobites, les anachorètes dont Paul fut l'initiateur et Antoine le grand modèle^. Avec le détachement.

* Epist. XXII, 23-24.

^ Epist. XXII, 25-28 ; ici, la description du veredarius urbis, 29.

3 ^'pwf. XXII, 29-30.

^f^w^ XXII, 3 1-32.

•'^•pw^XXII, 33-36.

qu'Eustochium cultive la prière, qu'elle évite la médisance, la colère. « Propose- toi l'imitation de la Vierge Marie dont la pureté fut telle qu'elle a mérité d'être la mère de Dieu. » Quelle réserve dans la scène de l'Annonciation M Eustochium aussi peut devenir mère de Dieu par sa fidélité. Grand labeur, mais grande récompense, devenir ce que sont les Martyrs, les Apôtres, le Christ lui-même ! Arrivé là, Jérôme laisse libre cours à son enthousiasme. On n'écrira rien de plus beau que ce chant final du triomphe de la virginité :

« Tout ce que j'ai exposé paraîtra dur à celle qui n'aime pas le Christ. Mais qui méprise avec saint Paul la pompe du monde répète avec lui : Qui me séparera de la charité de Jésus-Christ ? Lui s'est tant dévoué et a tant multiplié les preuves de son amour par ses sacrifices continus jusqu'à la croix où il prie encore pour ses bourreaux. « La seule réponse digne est de donner sang pour sang, et rachetés par le sang du Christ, de mourir volontiers pour lui ! » Tous les Saints ont ainsi souffert. « Rien n'est dur à qui aime, aucun labeur n'est pénible à qui est passionné. )) Ainsi Jacob pour Rachel. « Aimons nous aussi le Christ. Ce qui est difficile nous paraîtra facile et bien court tout ce qui est long. » Paul a donné l'exemple. Quelle longue liste de souffrances endurées pour l'amour de Jésus ! C'est cette violence qui ouvre les Cieux ! Ah ! la douce pensée que celle de cette récompense ! Quel jour que celui où tu verras Marie la Mère de Dieu venir à ta rencontre en compagnie des chœurs des Vierges... alors Thècle se précipitera pour t'embrasser....; alors l'époux lui-même viendra te recevoir et te dira : Lève-toiy viens; alors les anges seront en admiration et diront : Qui est celle-ci ? » ^

La description s'achève dans l'apothéose finale, au chant du cantique que seules les vierges peuvent chanter :

«Chaque fois que la vaine ambition essaiera de te charmer, chaque fois que quelque spectacle glorieux sur terre frappera tes regards, transporte-toi en esprit au paradis, commence à être ce que tu deviendras, entends l'époux te dire : Place-moi comme un rafraîchissement sur ton cœur, comme un cachet sur ton bras, le corps et l'âme ensemble mis

^ Epist.XXll, 37-38.

^ Epist. XXII, 39-41. Je résume le plus souvent avec quelques citations tex-

tuelles mises entre guillemets.

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