‹ Saint Jérôme (volume 2)Chapitre 73 sur 106 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

I. La traduction du Periarchon et les préfaces de Rufin. — IL La

dénonciation du Periarchon. L'origénisme de Rufin. Premières

attaques contre Rufin. — IIL La lettre LXXXIV de Jérôme

à Pammachius. — IV. Anastase et l'origénisme. La

lettre de Rufin au pape et son Apologie ^ en

réponse à la lettre LXXXIV. — V. L'anti-

origénisme en Orient. La première

Apologie de saint Jérôme. —

Dans le courant de l'année 397 ^, pour un motif qui nous échappe, Rufin regagna l'Occident. Ces «retours de Jérusalem» momentanés ou définitifs, n'avaient rien alors que de très ordinaire. Vers le même temps, à intervalles rapprochés, quatre moines du monastère de saint Jérôme quittaient eux aussi la Palestine pour l'Occident. Parmi eux était son frère Paulinien, qui se rendait à Stridon pour vendre le reste des biens familiaux, afin de subvenir aux besoins du couvent de Bethléem 2. L'origénisme

^ Les synchronismes sont indiqués par saint Jérôme lui-même, Apol. III, 24 (PL, XXIII, 475, C); Préface au commentaire de saint Matthieu (PL, XXVI, 20).

^ Apol. III, 24 (PL, XXIII, 475, C) : " Vincentius, Paulinianus, Eusebius, Rufinus presbyteri, quorum Vincentius, multo tempore ante vos, Romam venit, Paulinianus et Eusebius post annum vestrae navigationis profecti sunt, Rufinus, in causa Claudii post biennium missus ;omnes vel pro re familiari vel propericulo capitis alieni. » Le pluriel vos, vestrae, viserait-il Rufin et Mélanie ? L'argument de M. Brochet pour nier qu'ils soient revenus ensemble en Occident: le silence de Paulin de Noie dans la lettre XXIX, où il raconte l'arrivée de Mélanie à Noie, est loin à lui seul d'être décisif.

n'entrait pour rien dans le retour de Rufin ^. Les derniers événements n'avaient point modifié son attitude à cet égard et jusqu'au bout elle devait, contrairement à celle de Jérôme, rester la même ^.

Si l'on définit l'origénisme par les huit propositions qu'avait formulées saint Épiphane ^, Rufin pas plus que Jean de Jérusalem, n'était origéniste. Non seulement il ne faisait aucune propagande en leur faveur, mais il affirmait très haut son attachement à l'orthodoxie, à la foi de l'église d'Aquilée, laquelle était la même que celle de Rome, d'Alexandrie et de Jérusalem *. En revanche il restait fidèle à la mémoire et à la personne d'Origène. Comme Jérôme l'avait soutenu longtemps, il persistait à croire que les œuvres de ce docteur, expurgées de ce qu'il croyait des interpolations dues aux hérétiques^, restaient éminemment utiles à l'Occident, si pauvre en fait de théologie originale. Rufin y rentrait tout disposé à vulgariser les œuvres du grand alexandrin, mais aussi celles des autres écrivains orientaux, les Basile, les

^ Cela ressort entre autres du silence de celui qui avait intérêt à le dire et qui pourtant ne l'a jamais dit. Pas un mot, dans les diverses accusations de Jérôme, sur ce sujet. Il suppose expressément le contraire, quand il se défend d'avoir envoyé, comme le lui reproche Rufin, ses « chiens » aux trousses de son ancien ami (Apol. III, 24; PL, XX, 475, A — 476, A) : «Novum calumniae genus ; ante accusatores misimus quam tu accusanda committeres . Non fuit, non fuit, inquam, nostri consilii sed Dei providentiae ut missi ad aliud contra nascentem haeresim dimicarent. » Voir encore Ibid., III, 33 (481, C) : « Scilicet noveramus quid in animo volveres. » Cela ressort aussi du fait que Rufin s'occupe de beaucoup d'autres choses que de l'origénisme et qu'en dehors des travaux demandés par Macaire, on ne fournit pas la preuve qu'il ait fait la moindre propagande. Tout cela part d'un faux présupposé qui vicie la plupart des travaux sur ce sujet, surtout celui de M. Brochet (Saint Jérôme et ses ennemis, Paris 1905), à savoir que Rufin était un origéniste à tout crin et n'avait pour ainsi dire qu'une pensée, propager l'origénisme. C'est justement ce qu'il faudrait d'abord démontrer.

2 Apol. III, 18 (PL, XXIII, 470, C) : « Et audes dicere in suggillationem mei : Magistros meos nec accuso nec muto. »

^ Saint Jérôme les rapporte dans le Contra lohann. Hierosol. VII (PL, XXIII, 360, A D) ; cfr Epist. LI, 4 et suiv.

* Il est facile de s'en assurer en consultant, outre son Commentaire sur le symbole (PL, XXI, 335-386), sa préface à V Apologie d'Origène (PG, XVII, 541- 542), et son Apologie au pape Anastase (PL, XXI, 623-628).

^ La démonstration de cette assertion est le sujet du De adulteratione librorum Origenis, appendice à sa traduction de V Apologie d'Origène par Pamphile (PG, XVII, 615-632).

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