LA PREMIÈRE PRÉFACE DU « PERIARCHON
à Marcella, à Oceanus, à tout le cercle des amis romains de saint Jérôme ^. Les préfaces surtout attirèrent leur attention. Dans la première 2, Rufin se présentait comme le continuateur de l'œuvre annoncée et commencée par Jérôme, — qu'il louait à deux reprises sans le nommer, — et abandonnée depuis pour des travaux plus personnels :
« Je sais qu'un grand nombre de frères désireux de connaître les Écritures ont dans ce but demandé à quelques savants, versés dans la langue grecque, de latiniser Origène et de le faire entendre aux oreilles romaines. Prié de cela par l'évêque Damase, notre frère et collègue, ayant traduit du grec en latin deux homélies sur le Cantique des Cantiques, lui a consacré une préface si louangeuse et si magnifique qu'elle provoquait en chacun le désir de lire Origène et de se le procurer très avidement. Il promit encore assurément dans cette préface de faire don aux oreilles romaines des livres mêmes sur le Cantique des Cantiques et d'autres ouvrages d'Origène, du plus grand nombre. Mais, à ce que je vois, se complaisant en sa propre plume, il poursuit un dessein plus glorieux et préfère être père plutôt qu'interprète de la parole. Nous continuerons donc l'œuvre qu'il a entreprise et approuvée, bien qu'avec des ressources d'éloquence inégales pour exprimer littérairement les dires de ce grand homme. Aussi, je redoute que, par ma faute, il n'arrive que celui qu'il a loué à juste titre, comme le premier maître de
accusation devant l'autorité civile, pouvant entraîner un châtiment très grave. Jérôme ne discute pas sérieusement le fait même du vol. Il cherche seulement à montrer l'inconsistance des assertions de Rufin pour conclure : « Sentisne non haerere inter se mendacium ? » (Apol. III, 5 ; PL, XXIII, 461 , B) : « Vide ne magis illud verum sit a paucis illis amicis tuis et Eusebio et ceteris data exemplaria. » Ibid., 34 (492, B): « Furto et insidiis ministrorum meorum dicis schedulas tuas in publicum prolatas fuisse, quae latebant in cubiculo tuo vel apud eum solum erant qui rem sibi geri iniunxerat. Et quomodo supra confiteris quod aut nullus eas habuerit aut admodum pauci ?... Furto sublatas arguis et rursum emptas grandi pecunia et infinitis mercibus criminaris ! In una re et in parva epistula quanta varietas et dissonantia mentiendi. » La réplique n'était pas bien difficile : Rufin avait déjà indiqué la solution, dans le texte cité au début de cette note. Ailleurs il dit d'Eusèbe (Apol. l, 20; PL, XXI, 558, C) : « Quippe qui usque ad ipsum tempus etiam videre me et salutare et in oratione communicare solitus erat. »
^ Epist. LXXXIII, I (de Pammachius et d'Oceanus) : « Sanctus aliquis ex fratribus schidas ad nos cuiusdam detulit quae Origenis nomine volumen quod Periarchon scribitur in latinum sermonem conversum tenerent»; pour Marcella, Rufin {Apol. 1,19; PL, XXI, 557, C), à confronter avec la lettre CXXVII, 9-10.
^ ^/)Mf . LXXX, parmi les lettres de saint Jérôme (PG, XI, 111-114; édit. KoETSCHAU, dans les Griechische Christliche SchriftstelleTy p. 3-6).
l 'Église après les Apôtres, pour sa science et sa sagesse, par l'indigence de notre parole, ne paraisse bien inférieur à lui-même. »
Rufin exposait ensuite sa méthode de traduction, en se réclamant ici encore de l'autorité et de l'exemple de Jérôme :
« Faisant là-dessus de fréquentes réflexions, je gardais le silence et aux instances fréquentes qui m'étaient faites par les frères, j'opposais un refus. Mais ton insistance, ô très fidèle frère Macaire, est si forte que même l'inhabileté ne peut lui résister. Aussi pour n'avoir pas à subir davantage des exigences si lourdes, malgré ma résolution, j'ai cédé, à cette condition cependant et avec cette convention qu'autant que possible, dans ma traduction, j'observerai la règle suivie par mes prédécesseurs et en particulier par l'écrivain dont je viens de parler. Plus de soixante-dix opuscules d'Origène, appelés homélies et un certain nombre de tomes sur l'apôtre ont été traduits par lui en latin. Comme le grec y offre quelques passages scabreux, il a si bien dans sa traduction tout nivelé et corrigé que le lecteur latin n'y trouvera rien en désaccord avec notre foi. C'est donc lui encore que, malgré notre infériorité littéraire, pour la méthode à suivre, dans la mesure de nos forces, nous imiterons, en prenant garde de rendre les passages des livres d'Origène qui sont en contradiction avec le reste et de sens opposé.
« La cause de ces divergences je te l'ai fait connaître plus au long, dans V Apologétique que Pamphile a composée sur les écrits d'Origène en y joignant un court opuscule 011, par des preuves évidentes, je l'espère, nous avons montré qu'en beaucoup d'endroits ces livres ont été altérés par les hérétiques et les malveillants et en particulier celui-ci que tu m'imposes de traduire, ce Yl^fA ap\(vv qui peut s'intituler Des principes ou Des principats, livre par ailleurs très obscur et très difficile. Il traite de matières où les philosophes, en y dépensant toute leur vie, n'ont pu rien découvrir. Notre auteur, lui, de toutes ses forces, s'est appliqué à faire servir à la piété la foi du Créateur et l'ordre des créatures qu'ils ont détourné en faveur de l'impiété. Partout donc où dans ces livres nous avons trouvé quelque assertion contraire à ce qu'ailleurs il affirmait pieusement sur la Trinité, la considérant comme altérée et interpolée, nous l'avons omise ou modifiée, selon la règle que nous avons trouvée souvent affirmée par lui. Quant aux passages où, supposant parler à des gens déjà instruits et au courant, dans son désir de brièveté, il s'exprime avec une certaine obscurité, nous avons ajouté pour les rendre plus clairs, ce que, sur le même sujet, dans ses autres livres, nous avions lu de plus compréhensible, en vue de faciliter l'intelligence. Nous n'avons cependant rien dit de personnel, mais, quoique cela se trouve écrit ailleurs, c'est son bien que nous lui rendons.
« J'ai tenu à m'expliquer dans cette préface générale pour que les