‹ Saint Jérôme (volume 2)Chapitre 9 sur 106 · NAISSANCE ET ENFANCE A STRIDON · texte numérisé non relu

NAISSANCE ET ENFANCE A STRIDON

Dès le berceau Jérôme fut élevé avec un compagnon de même âge et de même rang social, Bonose, qui devint pour lui un ami très cher. Ils passèrent ensemble des bras des nourrices aux mains des pédagogues ^.

Assez vite, on appliqua l'enfant à Tétude des éléments, mais ce ne fut pas sans difficulté. L'heure de la classe venue, il fallait plus d'une fois l'arracher de force à sa grand 'mère pour le livrer au maître impitoyable, qui n'épargnait pas les coups. Il prenait sa revanche les jours de congé et s'en donnait alors à cœur joie de courir à travers les chambrettes des esclaves et de cultiver ses jeux préférés ^. Toutefois il ne tarda pas non plus à s'intéresser aux jouissances intellectuelles et à manifester un goût surprenant pour les travaux de l'esprit. On peut se le représenter alors comme un enfant d'aspect plutôt chétif, petit de taille et de santé délicate, ce qui expliquerait au besoin une pointe non dissimulée de gourmandise ^. Il a des qualités et des défauts caractérisés. Remuant, espiègle, fort sensible, aussi prompt aux éclats de la colère qu'aux élans passionnés de la reconnaissance et de l'amitié, il est susceptible, ombrageux, vindicatif, habile à dis-

que, à la date où il écrivait (384), Paulinien l'avait déjà rejoint à Rome. Il semble que la sœur fût l'aînée de Paulinien, car celui-ci n'avait pas trente ans lors de son ordination (394) ; il était donc né après 364. Or onze ans plus tard, Jérôme disait {Epist. VII, 4) en parlant de sa sœur, qu'elle allait entrer dans l'adolescence ; elle devait donc avoir atteint environ sa quinzième année. Vallarsi (FiVa Hieronymiy I, 4; PL, XXII, 13-14) fait une confusion au sujet de Paulinien; il n'est nullement question de lui comme « e servo clericum factum », dans la lettre LXXXII, 6, mais d'un autre clerc.

^ Epist. III, 5 : « Scis ipse (Christe) ... ut ego et ille a tenera pariter infantia ad florentem usque adoleverimus aetatem, ut idem nos nutricum sinus, idem amplexus foverint baiulorum. » Plus haut {Epist. III, 4), Jérôme avait déjà écrit : •« Ecce puer honestis saeculo nobiscum artibus institutus, cui opes adfatim, dignitas adprime inter aequales. »^(i | ^

^ Apol. I, 30 (PL, XXïII, ^70-rJV) : « Memini me puerum cursitasse per cellulas servulorum, diem feriatum duxisse lusibus et ad Orbilium saevientem de aviae sinu tractum esse captivum. » Ce maître est appelé Orbilius, par allusion à celui dont parle Horace {Epist. II, i, 71).

^ Epist. III, I : « Invalidum etiam cum sanum est corpusculum »; In Zachariam, XII, 2 (PL, XXV, 1509, D). Pour la gourmandise, j'interprète en ce sens l'aveu de la lettre XXII, 30 : « Cum... domo... cognatis et, quod his difficilius est, consuetudine lautioris cibi, propter caelorum me régna castrassem. » Les données qui suivent sont déduites des manifestations ultérieures de son caractère.

cerner les travers et à les souligner d'un trait mordant. Son esprit est très vif et sa mémoire tenace. Il manifeste une curiosité intellectuelle de bon augure. En dépit de sa causticité, son cœur est généreux, accessible aux sentiments élevés; un idéal terre à terre ne pourra jamais lui suffire. Sa nature complexe offre pour le bien comme pour le mal des ressources peu communes.

Soit à cause de ses dispositions merveilleuses, soit pour d'autres motifs, lorsque l'instruction élémentaire prit fin et qu'il fallut chercher hors de Stridon où poursuivre les études, ce ne fut point aux villes voisines que l'on songea, ni même à Milan relativement proche, mais à la capitale. Aux environs sans doute de la douzième année, le fils d'Eusebius de Stridon prit avec Bonose la route de Rome.

On était aux derniers temps de l'empereur Constance, à ce moment où l'empire officiellement chrétien était déchiré par les luttes intestines, tandis qu'aux frontières l'ennemi multipliait les incursions. Le pouvoir favorisait l'arianisme, mais s'il avait pu désorganiser les communautés orthodoxes en exilant leurs évoques, il n'avait point réussi à détacher l'Occident du catholicisme. Rome en restait le plus vif foyer, malgré les désordres que l'éloignement de Libère et les conversions superficielles favorisaient. D'ailleurs elle n'avait point cessé d'être le centre d'attraction de toutes les sectes chrétiennes, aussi bien que des cultes païens. Les manichéens et les novatiens y voisinaient avec les fidèles du polythéisme que ne décourageait point la défaveur du pouvoir. La plupart des patriciens et des hommes en place s'en tenaient ainsi aux coutumes ancestrales. Plusieurs même regardaient avec complaisance vers la Gaule où le César Julien laissait deviner vers quels autels il porterait ses hommages, lorsqu'il serait le maître.

D'ailleurs les écoles continuaient à y être florissantes et le goût des choses de l'esprit n'y avait rien perdu de sa ferveur. Parmi les nombreux professeurs qui se disputaient la clientèle scolaire,

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