‹ Saint Jérôme (volume 2)Chapitre 90 sur 106 · NOUVEAUX TRAVAUX SCRIPTURAIRES · texte numérisé non relu

NOUVEAUX TRAVAUX SCRIPTURAIRES

Paula, il traduit Josué, les Juges, Ruth^, Esther^, en promettant de revenir bientôt aux commentaires des Prophètes et de satisfaire ainsi aux désirs de son beau-frère Pammachius. C'est aussi vers le même temps, sinon plus tôt, qu'il envoie à Chromatius et à Héliodore la traduction de Tobie et de Judith ^. A l'occasion de tous ces travaux, il se défend comme d'habitude avec insistance, de vouloir ruiner l'œuvre des Septante, mais revendique avec une égale énergie le droit d'imiter ses prédécesseurs, multipliant les traductions directes sur l'hébreu, malgré les versions grecques déjà existantes.

C'est aux Septante d'ailleurs que l'avait ramené, à propos du

^ Préface commune aux trois (PL, XXVIII, 461-464) : «Tandem finito Pentateucho Mosi, velut grandi faenore liberatus, ad lesum filium Nave manum mittimus et ad ludicum librum,... ad Ruth quoque et Esther...»; (464, B): «Ceterum post sanctae Paulae dormitionem, cuius vita virtutis exemplum est et très libros quos Eustochio virgini Christi negare non potui, decrevimus, dum spiritus hos régit artus, Prophetarum explanationi incumbere et omissum iamdiu opus, quodam postliminio repetere, praesertim cum et admirabilis sanctusque vir Pammachius hoc idem htteris flagitet. » La traduction, antérieure aux commentaires écrits en 406, doit être de 405.

^ Prologue d'Esther (PL, XXVIII, 1433-36), dédié à Paula et à Eustochium. Il ne peut s'agir de la jeune Paula, qui avait à peine cinq ou six ans alors et n'était pas encore sans doute à Bethléem, où sa présence n'est signalée qu'en l'année 415 (Epist. CXXXIV, 2). Le contexte l'exclut : « Vos autem, o Paula et Eustochium, quoniam et bibliothecas hebraeorum studuistis intrare et interpretum certamina comprobastis, tenentes Esther hebraicum librum, per singula verba nostram translationem aspicite ut possitis agnoscere me nihil etiam augmentasse addendo. » Jérôme suppose donc la science de l'hébreu dans ses lectrices, ce qui, avec le premier rang donné à Paula, exige qu'il fasse allusion à Paula senior. Pourtant, d'après le prologue sur Josué, elle était déjà morte (76/^.461-462 et 464). On peut dire avec vraisemblance qu'Esther était traduit, mais non encore édité, lors de la mort de Paula et que lorsque Jérôme publia ce livre avec la traduction du reste de rOctateuque, il laissa la préface primitive. Sur ces questions, voir l'exposé critique de dom Cottineau, Chronologie des versions bibliques de Saint Jérôme y dans Miscellanea Geronimiana, p. 42-68, sur Esther, p. 63. Il croit à une erreur de copiste pour la mention d'Esther, dans la préface de Josué. Le texte : « quos iisdem nominibus efïerunt », la rend difficilement croyable.

' Il semble bien que Judith soit dédié à Chromatius et à Héliodore (préface ; PL, XXIX, 37-40) ; pour Tobie, voir ibid. 23-26 ; les traductions, là-même. Héliodore ayant un successeur dès l'année 407, les versions datent au moins d'avant cette époque. Elles sont supposées par la lettre LXXI, 5, qui ne mentionne que rOctateuque et de fait la préface de Josué (Juges et Ruth) laisse entendre que le cycle des traductions sur l'hébreu est terminé, en exprimant la volonté de revenir aux commentaires sur les Prophètes, réclamés avec instance par Pammachius.

Psautier, une lettre, beaucoup plus curieuse encore pour son origine que pour son objet. Deux moines gètes, Sunnia et Frétéla, ayant comparé la revision de Jérôme, dite aujourd'hui psautier gallican, avec le texte grec, relevèrent tous les passages qui étaient discordants et lui en demandèrent la raison. Ravi de voir ces barbares s'intéresser aux Livres Saints et à ses études, Jérôme leur répondit avec le plus grand détail, justifiant le choix fait par sa version et reconnaissant aussi au passage les quelques inexactitudes qu'elle avait conservées ^.

A la même époque appartient une de ses lettres les plus remarquables, le traité qu'il écrit pour Laeta, femme de Toxotius, le frère d'Eustochium, à l'occasion de la naissance de sa fille Paula, vouée dès lors à la vie religieuse, en remerciement pour la protection divine ^. Jérôme s'y fait petit avec les petits. Il entre dans les plus menus détails sur la manière d'élever pour Dieu la jeune patricienne et de la préserver de tout ce qui pourrait développer en elle des goûts en opposition avec sa vocation prédestinée. Il termine d'ailleurs en recommandant de l'envoyer, dès que cela sera possible, à sa grand'mère Paula et à sa tante qui rélèveront avec joie au couvent de Bethléem. Lui-même se fera son éducateur et son père nourricier. Il ne devait pas être donné à l'aïeule de voir ce vœu réalisé.

Peu d'années auparavant, dans l'éloge funèbre de Paulina, qui était surtout le panégyrique de Pammachius, Jérôme le mettait en garde contre la vaine gloire, en lui rappelant ce que de faibles femmes, sa belle-mère et sa belle-sœur, Paula et Eustochium, accomplissaient à Bethléem. « Je n'étais pas à Rome, mais au désert, — que ne m'a-t-il gardé ! — lorsque du vivant de Toxotius ton beau-père, elles étaient asservies au siècle, mais je l'ai entendu raconter. Elles qui ne pouvaient supporter la boue des rues, que les mains des eunuques portaient, et à qui les iné-

^ Epis t. CVI, ad Sunniam et Fretelam, De psalterio quae de LXX interpretum editione corrupta sint. Sur une identification assez arbitraire de Draeseke, adoptée par M. Zeiller, voir le mémoire de ce dernier : Saint Jérôme et les Gothsy dans Miscellanea Geronimiana, p. 123-130.

2 Epist. CVII, vers 400.

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