RETOUR EN ITALIE : AQUILEE
difficultés de famille, une brouille durable avec sa tante maternelle Castorina ^. Il eut cependant la satisfaction d'exercer sur sa jeune sœur une action bienfaisante. Sous son influence et grâce aux conseils de Julien, diacre d'Aquilée, elle se décida à mener une vie fervente et à marcher ainsi sur les traces de son aîné 2. Quant à Paulinien, il n'en est pas encore question, sans doute parce qu'il était encore trop jeune, mais le souvenir de son frère ne fut évi-
car sacerdos est employé tantôt pour désigner des évêques et tantôt des prêtres, le plus souvent cependant pour des évêques, ^rej/^y fer étant plus ordinaire pour les prêtres, quand il s'agit de la qualification courante. Ici il semble bien qu'il s'agisse d'un évêque, le contexte ne réclamant guère l'emploi d'une expression aussi solennelle s'il s'agit d'un simple prêtre, sauf intention ironique. Plusieurs ont nié que Stridon fût un évêché pour des raisons trop influencées par leur théorie particulière sur la patrie de saint Jérôme.
' Epist. XIII, ad Castorinam materteram. La lettre est de 374-376. Il y est dit expressément : « Super quorum ira non unius diei sed tantorum annorum sol occubuit. »
' Saint Jérôme parle d'elle deux fois, dans une première lettre (Epist. VI) à Julien, diacre d'Aquilée, puis vers le même temps (Epist. VII), dans une autre à Chromatius, Jovinus et Eusebius, également d'Aquilée. Epist. VI, 2 : « Sororem meam, filiam in Christo tuam, gaudeo, te primum nuntiante, in eo permanere quo coeperat. » Epist. VII, 4: « Soror mea sancti Iuliani in Christo fructus est : ille plantavit, vos rigate, Dominus incrementum dabit. Hanc mihi lesus pro eo vulnere quod diabolus inflixerat praestitit vivam reddendo pro mortua. Huic ego, ut ait gentilis poeta, omnia etiam tuta timeo. Scitis ipsi lubricum adulescentiae iter in quo et ego lapsus sum et vos non sine timoré transistis. Hoc illa cum maxime ingrediens omnium fulcienda praeceptis, omnium est sustentanda solaciis, id est crebris vestrae sanctitudinis epistulis roboranda et, quia caritas omnia sustinet, obsecro ut etiam a papa Valeriano (l'évêque d'Aquilée) ad eam confortandam litteras exigatis. Nostis puellares animos his rébus plerumque solidari, si se intellegant curae esse maioribus. » Il cite Virgile, Jen., IV, 298.
On voit généralement dans ces textes l'affirmation que cette enfant avait commis quelque faute grave contre les mœurs, dont Julien l'avait aidée à se relever. J'y verrais plutôt l'adhésion à quelque secte hérétique, sinon au paganisme et peut-être simplement le baptême reçu. La sœur de Jérôme est devenue fervente catholique, mais maintenant on redoute pour elle la fragilité de l'adolescence. Loin de contenir l'affirmation d'une chute, le contexte l'exclut puisque Jérôme la redoute seulement pour l'avenir. La jolie remarque finale sur les puellares animos, encouragés par la confiance que leur témoignent de grandes personnes, montre bien qu'il n'y avait pas lieu de faire agir le mobile du repentir ; cfr BLE, 1918, p. 317-318. Peut-être même faut-il y voir que la sœur de saint Jérôme s'était dès lors consacrée à Dieu. En tout cas son frère eut part à ce développement de vie spirituelle, comme l'indique la fin de la lettre à Julien où il parle de communiin Christo gloria et où il l'invite à continuer à s'occuper d'elle et aussi à le rendre lui-même heureux par les nouvelles fréquentes qu'il lui communiquera à ce sujet.
demment pas étranger à la détermination qu'il prit plus tard de le rejoindre et de partager définitivement son genre de vie ^. C'est vers ce temps et dans des circonstances mal définies que commencèrent à se répandre de Stridon jusqu'à Haemona et Aquilée des bruits fâcheux à propos de Jérôme. Sur leur nature nous sommes mal renseignés. Il semble qu'ils furent au moins partiellement motivés par le changement de vie de sa sœur. Quoi qu'il en soit, les sifflements de la « vipère d'Ibérie » furent si aigus et si funestes à sa réputation et à son repos que, dégoûté de la malice et de la sottise des hommes, il se résolut à quitter brusquement cette inhospitalière patrie, quelque déchirement que lui. causât l'abandon définitif de sa famille et de ses amis ^.
^ A RoiTie, d'où il partit en compagnie de Jérôme, pour la Palestine, en 385,;. * Voir note complémentaire C.