‹ Saint JérômeChapitre 46 sur 192 · NOUVEAUX TRAVAUX 13I · texte numérisé non relu

NOUVEAUX TRAVAUX 13I

en vue d'un ouvrage plus considérable dont le dessein le préoccupe. Il ne pense plus seulement à V Histoire de son temps ^ qu'il annonçait dans la préface de la Chronique ; il projette maintenant de décrire l'établissement et la propagation du christianisme jusqu'à son époque :

« Ceux qui vont entreprendre un combat naval, écrit-il \ tout d'abord, au port et sur la mer calme, manient les gouvernails, tirent les rames, préparent les grappins et les harpons, habituent les soldats rangés sur les ponts, malgré l'instabilité de la marche et le glissement des pieds, à rester fermes, de sorte qu'instruits dans ce simulacre de combat, ils n'aient point peur dans la vraie bataille. Ainsi moi qui me suis tu longtemps, — car celui-là m'a forcé au silence à qui mon discours était un supplice, — je veux d'abord m 'exercer en un petit travail et conune faire disparaître la rouille de ma langue, pour en venir ensuite à la grande histoire. Car j'ai le dessein, si pourtant Dieu me donne vie, et si mes détracteurs cessent, du moins maintenant que je suis fugitif et reclus, de me poursuivre, d'écrire, depuis la venue du Sauveur jusqu'à notre époque, c'est-à-dire depuis les apôtres jusqu'à la lie de notre temps, comment et par qui l'Église a pris naissance, a grandi, a crû dans les persécutions, s'est auréolée du martyre, puis quand l'ère des princes chrétiens est venue, comment elle s'est développée en puissance et en richesses, mais a diminué en vertus. »

Jérôme entre aussitôt dans le sujet, narrant avec force détails pittoresques et effets dramatiques la merveilleuse histoire que lui a racontée à lui-même le héros, ce moine Malchus, échappé comme par miracle, avec une compagne d'esclavage qu'il a été forcé de prendre nominalement pour femme, aux Bédouins qui les avaient enlevés lors d'une razzia. Jérôme les avait jadis connus tous deux, du temps de son séjour chez Evagrius, Zacharie et Elisabeth sans Jean- Baptiste, filant ensemble les derniers jours de leur sainte vieillesse, au hameau de Maronia, propriété de son ami. Les dernières lignes de ce conte édifiant ^ en résumaient la leçon :

(( Voilà ce que le vieillard IVIalchus m'a rapporté dans ma jeunesse. Voilà ce qu'à mon tour, vieillard, je vous raconte. A vous chastes, j'ai fait un récit de chasteté. Vierges, je vous exhorte à rester pures. Vous,

> Vita Malchi, i (PL, XXIII, 53, B C), ^Ibid., 10 (Ibid. 60, AB).

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racontez-le à ceux qui viendront ensuite. Ils sauront que, parmi les glaives, dans le désert et au milieu des fauves, la pudicité n'est jamais captive et qu'un homme voué au Christ peut bien mourir mais jamais être vaincu. »

Le projet d'Histoire Ecclésiastique resta à l'état de rêve, sans doute parce que dès lors la tâche scripturaire absorbait de plus en plus l'activité et les pensées du grand travailleur. Dans le genre historique, il ne composera plus qu'une fresque, par où encore il veut servir la cause de l'ascétisme. Saint Epiphane l'avait mis en relations suivies avec le monastère de Besanduc (Bekos Habacuc), situé dans le diocèse voisin d'Éleuthéropolis, où il avait débuté comme moine et, à cette occasion, fréquenté saint Hilarion. La figure de ce fondateur, dont la légende avait déjà idéalisé la vie et multiplié les prodiges, mais qm,cependant, avait laissé des souvenirs précis à ses disciples dont beaucoup existaient encore, parut à Jérôme une excellente matière pour sa plume ^. S 'inspirant de la courte biographie déjà composée par saint Epiphane, et des souvenirs oraux qu'il put recueillir, prenant aussi pour modèles ces récits de pérégrinations d'hommes célèbres ou de personnages imaginaires, que connaissait déjà la littérature profane et dont les Actes apocryphes des apôtres offraient une réplique chrétienne, il retraça d'une main aisée et allègre, les principaux épisodes de la vie d 'Hilarion, quelques-uns de ses miracles les plus connus et la série de ses voyages. Ils l'avaient conduit tour à tour de la Palestine en Egypte, puis en Sicile et de là en Dalmatie, toujours poursuivi et finalement reconnu, par quelque disciple, désespéré de sa disparition. Hilarion achevait enfin sa vie, féconde en prodiges d'ordre spirituel ou temporel, dans une solitude de Chypre, d'où un cortège triomphal avait ramené sa dépouille à son premier monastère de Gaza.

Jérôme profitait de l'occasion pour revenir, dans sa préface 2, sur l'historicité de la vie de Paul de Thèbes et la défendre :

« Il est si grand le héros dont j'ai à raconter la carrière et la vie qu'un

^ Vita S. Hilarionis (PL, XXIII, 29-54;; traduction française par M. de Labriolle, dans Science et Religion, n. 436. - Z&îW., prologue (/61W. 29, A-C).

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