‹ Saint JérômeChapitre 8 sur 192 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

I. Naissance et enfance à Stridon. — II. Éducation à Rome. — III. Séjour à Trêves. — IV. Retour en Italie : Aquilée.

Saint Jérôme naquit un peu avant le milieu du IV^ siècle ^, à Stridon, bourgade fortifiée, située sur la frontière orientale d'Italie, là où elle confinait aux provinces de Dalmatie et de Pannonie ^. Quand l'invasion des Goths vint se briser contre les Alpes Juliennes, Stridon fut ruinée par eux de fond en comble, si bien que, toute trace en ayant disparu et Jérôme étant le seul écrivain à en faire mention, sa situation précise reste incertaine. Elle était cependant assez voisine d'Aquilée vers l'ouest et d'Haemona (Lubiana) au nord, pour que les relations fussent faciles et fréquentes avec ces deux cités, ainsi qu'avec les îles du Quarnero ^. Le pays était riche et prospère. Ses habitants en tiraient bon parti. Jérôme leur reprochera plus tard, outre leur manque d'éducation, de se plaire uniquement aux jouissances matérielles et de n'estimer que la richesse ^.

Sa famille était-elle autochtone ou d'origine latine .'' Il n'est pas possible de le déterminer. En tout cas elle était considérable et

' Pour toutes les questions de dates, se reporter à l'ejccMWMî sur la chronologie de saint Jérôme, t. II, p. 1-63.

■ Voir la note complémentaire A sur la patrie de saint Jérôme. Le texte essentiel est le chapitre CXXXV du De Viris (PL, XXIII, 719): « Hieronymus, natus pâtre Eusebio, oppido Stridonis, quod a Gothis eversum, Dalmatiae quondam Pannoniaeque confinium fuit. »

^ Cela ressort de la correspondance {Epist. I-XIV), de la polémique avec Rufin et du voyage de Paulinien, frère de Jérôme, au pays natal (Epist. LXVI, 14).

Epist. VII, 5 : « In mea enim patria, rusticitatis vernacula, deus venter est et de die vivitur, sanctior est ille qui ditior est. »

des mieux pourvues. Ses domaines étaient assez vastes pour qu'après la ruine du pays, leur vente apportât des ressources appréciables au monastère de Bethléem ^. Les parents de Jérôme étaient catholiques ^, mais, selon l'usage alors si répandu, tout en l'élevant dans leur foi, ils ne le firent point baptiser et le laissèrent grandir simple catéchumène. On l'appela Hieronymus et parfois l'on ajoutait à ce nom celui de son père Eusebius ^. Sur ses parents, Jérôme ne nous a guère laissé de détails *. Il mentionne seulement une tante maternelle Castorina, avec laquelle il fut quelque temps brouillé ^, et une grand'mère dont l'indulgence caressante lui laissa de tendres souvenirs ^. Une sœur et un frère Paulinien, notablement plus jeunes, complétaient la famille \

^ La preuve est tirée de la lettre LXVI, 14 : « Compulsi sumus fratrem Paulinianum ad patriam mittere ut semirutas villulas quae barbarorum effugerunt manus et parentum communium cineres venderet » (edd.: census ; la correction est adoptée par M. Hilberg). Elle est confirmée par tout ce qui est dit de la situation sociale de Bonose et par les détails sur les esclaves ; cfr infra, p. 5.

- Préface de la traduction de Job sur l'hébreu (PL, XXVIII, 1082, B) : « Ego christianus, de parentibus christianis natus. » — Epist. LXXXII, 2 : « Nos ... ab ipsis, ut ita dicam, incunabulis, catholico sumus lacté nutriti. »

^ La notice autobiographique {De Viris, CXXXV) ne connaît que le nom de Hieronymus . Ainsi les lettres, les dédicaces et les traités saui la Chronique : par exemple, Epist. IV, 2 et VII, 3 : « Hieronyme, veni foras. » De même les contemporains : Épiphane, Palladius, Jean de Jérusalem. La traduction de la Chronique (en 380-381) débute exceptionnellement (PL, XXVII, 33-34) par : « Eusebius Hieronymus Vincentio, etc. ». Quant au nom de Sophronius donné à Jérôme par quelques manuscrits, il est dû sans doute à une confusion avec le nom du moine grec, son ami, traducteur de quelques-unes de ses œuvres et auquel est attribuée une version grecque du De Viris.

* Ils étaient encore en vie, lors de son premier départ pour l'Orient, en 374 {Epist. XXII, 30). Ils sont donnés comme parents communs de lui et de Paulinien dans la lettre LXVI, i4.Tillemont renvoie à tort à V Apologie (I,3o) : ilyest question de Vavia, non de la mère. On a voulu tirer des conclusions défavorables de ce silence sur sa mère : rien de plus vain que de pareilles déductions. D'ailleurs il a su parler du dévouement maternel avec émotion sinon avec un goût irréprochable {Epist. CXVII, 4) : « Illa te diu portavit, diu aluit et difficiliores infantiae mores blanda pietate sustinuit; lavit pannorum sordes et immundo saepe foedata est stercore, adsedit aegrotanti et quae propter te sua fastidia sustinuerat, tua quoque passa est, etc. » Voir encore les touchantes recommandations au moine Rusticus sur la conduite à tenir à l'égard de sa mère {Epist. CXXV, 6).

* Epist. XIII. Voir plus bas, chapitre II, p. 48-49.

« Apol. I, 30 (PL, XXIII, 422, A) ; cfr infra, p. 5, n. 2.

^ Il est remarquable que Jérôme ne mentionne que sa sœur dans l'énumération de la lettre XXII, 30: «Parentibus, sorore, cognatis,» — probablement parce

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