‹ Saint JérômeChapitre 85 sur 192 · COMMENTAIRES SUR DANIEL ET ISAIE · texte numérisé non relu

COMMENTAIRES SUR DANIEL ET ISAIE

interrompu, Jérôme est tombé malade. La guérison survenue lui apparaît une invitation divine à poursuivre activement son œuvre jusqu'au terme ^. On ne peut lire sans émotion les confidences discrètes de ce vieillard infatigable au travail :

« Le Seigneur qui regarde la terre et la fait trembler, qui touche les montagnes et les fait fumer (Ps. CIX, 32), qui, dans le Deutéronome (XXXII, 39) déclare : C'est moi qui mettrai à mort et moi qui vivifierai ^ je frapperai et je guérirai, par de fréquentes maladies fait trembler aussi ma propre terre, à laquelle il a été dit : Tu es terre et tu iras à la terre (Gen. 111,19). Comme j'oublie ma condition d'homme, il m'avertit souvent d'avoir à reconnaître que je suis homme et vieux et pas éloigné de la mort. C'est à ce sujet qu'il est écrit : Pourquoi se glorifie-t-elle la terre et la poussière? (Eccl. X, 92). Aussi lui qui m'avait frappé subitement de langueur m'a guéri avec une incroyable rapidité. Il voulait m'efïrayer plutôt que m'accabler, me corriger plutôt que me flageller. Sachant donc à qui appartient tout ce que j'ai de vie et que, peut-être, ma dormition est différée pour l'achèvement de mon travail sur les Prophètes, je me livre tout entier à cette étude et, comme du haut d'un observatoire, je contemple les tourbillons et les naufrages de ce monde, non sans douleur ni gémissement, n'arrêtant pas ma pensée au présent, mais à l'avenir, ne redoutant point l'opinion des hommes et leurs vains bruits, mais le jugement de Dieu. Toi, vierge du Christ, Eustochium, qui pendant ma maladie m'as assisté de tes prières, maintenant que je suis guéri, obtiensmoi encore la grâce du Christ, pour que le même esprit qui a dévoilé aux Prophètes l'avenir, me fasse entrer dans leur nuée obscure et connaître la parole de Dieu, sensible non aux oreilles de chair, mais à celles du cœur. »

Saint Jérôme se remet donc avec ardeur au commentaire d'Isaïe. Au cours des nouvelles préfaces, il défend ses idées bien connues sur la valeur relative des Septante 2. Il termine par l'exposé des diverses opinions sur le millénarisme, qu'il ne se lasse pas de rejeter énergiquement ^.

La lettre CXXIV ramène pour un instant à la controverse origéniste. La traduction faite par Jérôme du Periarchon avait été,

1 Préface au livre XIV (PL, XXIV, 477) ; voir encore livre IX {Ibid. 3 1 3-3 14).

- Préface au livre XV {Ibid. 513-514), et au livre XVI (547-548), où il résout une difficulté d'Eustochium à propos du psaume XIII et d'un passage analogue de l'épître aux Romains.

^ Préface au livre XVIII {Ibid. 627-628). La réfutation du millénarisme est le thème du commentaire de ce livre, bien qu'il y ait déjà touché auparavant.

sans son aveu, éditée furtivement, avec des erreurs si grossières, un désordre tel dans la suite du texte et des fautes si nombreuses, qu'elle en était incompréhensible. Avitus lui ayant demandé un exemplaire correct, Jérôme le lui envoie en l'accompagnant de cette lettre destinée à servir d'introduction et d'avertissement, pour que la lecture du livre ne soit point funeste ^. Ce n'est pas autre chose en effet qu'un relevé minutieux livre par livre et chapitre par chapitre des passages critiquables. En le terminant, Jérôme proteste une fois de plus contre la traduction de Rufin,qui s'est contenté de modifier le texte en ce qui concerne la Trinité et a laissé le reste intact. Qui donc voudra lire le Periarchon, a qu'il se chausse avant d'entrer dans la terre promise pour éviter d'être mordu par les serpents et frappé par la blessure en arc du scorpion; qu'il lise d'abord ce livre et avant de se mettre en route il saura ce qu'il doit éviter. »

Mais depuis longtemps, des préoccupations singulièrement plus actuelles et plus poignantes le torturaient. Déjà il les avait manifestées, lorsqu'à la prière d'Hédybia, il correspondait avec Rusticus 2. Celui-ci, après avoir voué la continence avec sa femme Artémia, était revenu sur sa parole. Jérôme lui tresse, comme il dit, au sujet de la pénitence, une couronne de textes scripturaires, qu'il l'invite à mettre sur sa tête. Il lui recommande d'imiter sa femme, en venant à son tour visiter les Saints-Lieux. Sera-t-il insensible à la leçon de détachement que les incursions des barbares lui mettent sous les yeux ? Tant de ruines, de villes détrui-

^ Epist. CXXIV, I, dix ans après la traduction du Periarchon : « Ante annos circiter decem », ce qui reporte à 409. Il explique {Ibid., i) comment un ami trop zélé s'étant fait prêter le manuscrit de Pammachius, le fit transcrire en hâte, et l'édita tout criblé de fautes. La version hiéronymienne ayant disparu, les fragments qui en sont ici conservés sont extrêmem.ent précieux pour reconstituer la teneur originale du livre des Principes.

^ Epist. CXXII, en 407, à cause de la mention d'une lettre d'Hédybia apportée sans doute par Apodemius et des allusions aux ruines accumulées en Gaule par l'invasion vandale, fin 406. — Dès 396, l'éloge funèbre de Népotien {Epist. LX) contient une lamentation (n. 15-16) sur la dévastation de l'empire.

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