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Histoire du pontificat de Damase. — Sa famille , son éducation , sa vie à Rome. — Il est porté au siège épiscopal en remplacement de Libère. — Compétition d'Ursin. — Scission du clergér — Guerre dans les églises de Rome. — Massacres. — Prise d'assaut de la basilique Sicinine. — Persécution contre les partisans d'Ursin. — Damase accusé d'adultère* — Concile de Rome. •— Jérôme secrétaire du Concile. — Lutte entre le concile de Constantinople et celui de Rome; insolence des Ofientaux; lettre de Théodose qui censure les Occidentaux. — Les ApoUinaristes accu^nt Jérôme d'avoir falsifié un texte. — Son indignation contre les calomniateurs. —Travaux de Jérôme à Rome.— Sa révision du Nouveau Testament. — Son amitié avec Damase. — Projet de réforme du clergé.
Le pape Damase, monté depuis seize ans au siège épiscopal de Rome, et qui en avait près de soixantedix-sept à l'époque aii nous avons conduit notre récit, offrait un des vivants et plus lamentables exemples de l'esprit de désordre et d'ambition fiévreuse dont celte Église était travaillée : son avènement avait été signalé par des massacres, et lui-même ne menait, à la tête de son clergé, qu'une vie tourmentée, rendue misérable pat les calomnies, les persécutions et le schisme.
Il était Espagnol d'origine \ m h Rome d'un père
1. Anast. Biblioth., Baron., ad ann. 367, 6. — Tillem,, Mém. ecclés. t.. Vni, p. 380.
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ecclésiastique attaché à l'église de Saint-Laurent comme scribe ou greffier d'abord , puis comme lecteur, diacre* et enfin prêtre. Damase avait grandi sous son aile ; il avait reçu de lui ou près de lui la premièl^ connaissance des lettres, en même temps que les premiers degrés du sacerdoce : l'église de Saint-Laurent avait été sa patrie et son berceau *. A l'époque où il n'était encore que diacre, Rome se trouva partagée entre deux évêques catholiques, le pape Libère, que l'empereur arien Constance avait relégué en Syrie, et Félix, qu'il fit instituer à sa place. Damase, après avoir accompagné l'évêque exilé pendant une partie de la route, revint à Rome, où il soutint d'abord fidèlement sa cause; mais il finit par se rallier à Félix, avec la majeure partie du clergé, quand on désespéra de revoir jamais Libère, qui était vieux et infirme. De telles variations au reste n'étaient pas rares en ces temps de troubles ecclésiastiques, toutes les fois que la hiérarchie seule y était intéressée, et non le dogme.
Élevé à la prêtrise, Damase prit rang parmi les membres les plus importants de l'Église romaine ^ On vantait son instruction dans les sciences sacrées et même profanes, ce qui s'appelait confisquer les vases de l'Egypte au profit du temple de Dieu; il écrivait
i. Hinc pater Excepter, Lector, Levita, Sacerdos,
Creverat hinc meritis quoniam melioribus actis; Hinc mihi provecto Christus, cui summa potestas , ' * Sedis apostôlicae voluit concedere honorern.
Inscript. Damas.^ in Basilica S. Laurentii, ap. Baron., anno 384, 22.
2. Vir omni génère virtutis ornatus. Theodoret., ii, 22. — Vir egregius et eruditus in Scripturis. Hieron., Ep. 30, p. 240.
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des lettres estimées dans ce style un peu subtil et prétentieux mis à la mode par Symmaque ; enfin il était poëte *. Son caractère affable et bienveillant le faisait rechercher du monde, non moins que la distinction de son esprit, et ses liaisons avec quelques matrones donnèrent lieu à des bruits médisants qu'il démentit avec indignation ^ . Ces bruits semblaient étouffés depuis longtemps, lorsqu'on 366, et quand il était déjà dans sa soixante-deuxième année ^, le siège de Saint-Pierre devint vacant par la disparition de Félix et la mort de Libère : Damase se présenta pour l'occuper.
11 avait pour lui la saine partie du clergé, qui n'était pas précisément, alors comme toujours, la plus active et la plus habile. Une faction de diacres ambitieux, grossie de quelques prêtres jaloux, lui opposa un des leurs nommé Ursicinns ou plutôt Ursinus * : c'était en quelque sorte le parti des diacres contre les prêtres; c'était aussi le parti des pursj attendu que beaucoup d'entre eux, ayant refusé de se rallier à Félix pendant l'exil de Libère, faisaient sonner bien haut leur martyre, quoiqu'ils eussent vécu fort paisiblement à Rome \ Ursin, candidat de ce parti à la papauté, était un homme entreprenant, alerte, passé maître en fait de brigues et
1. Elegans in versibus componendis ingeiiium habuit, multaque et brevia opuscula heroico métro edidit. Hieron., CataL Script, eccles,^ 103, p. 125.