VOYAGE AUX SALINES
A peu près à la même époque, il cède aux aimables instances du ministre des finances , M. de Hompesch, et consent à entreprendre une excursion aux salines de Reichenhall. Ils font le voyage avec M. Utzschneider et un M. d'Asbec, employé supérieur des finances. La haute position de ses compagnons mit Crèvecœur à même de recueillir des informations de tout genre et de visiter non seulement les salines, mais encore tout ce que le pays pouvait offrir de curieux. Aussi ces intéressantes journées lui ont-elles inspiré un récit assez étendu qu'il eut un moment l'idée de publier, mais qui est resté inédit '.
La Bavière, à cette époque, offrait dans un ordre d'idées différent bien d'autres sujets de curiosité. Les événements se pressaient en Allemagne, et le récit en arrivait presque quotidienne-
tique du célèbre Garnerin. Dans ses notes^ il décrit en détail le ballon dont il donne les dimensions exactes. On fit l'expérience du parachute avec un chat.
I. Voir Correspondance, octobre 1808. M. de Barbé- Marbois, l'ancien consul général des États-Unis, avait aussi fait l'excursion des salines en 1776 et en avait publié la relation sous le titre de : Voyage d'un Français aux salines de Bavière. Paris, Baudouin, i8oo, in-iB. Peut-être est-ce le motif qui empêcha Crèvecœur de donner son récit au public. Il en fit seulement une esquisse rapide dont la traduction parut dans la Gazette de Munich.
252 lÉNA
ment à la légation. Les notes de Crèvecœur suivent donc pas à pas la marche triomphale de nos armées. Il recueille des nombreux officiers de passage mille détails, mille anecdotes sans intérêt aujourd'hui, mais qui devaient être fort goûtées de ses correspondants de Paris, réduits aux récits officiels du journahsme impérial '.
Lors de son arrivée à Munich, dans l'été de 1806, il y avait eu un moment de détente ; on avait cru à la paix, mais presque aussitôt éclatait la quatrième coalition, et il put suivre jour par jour cette magnifique campagne qui, commencée le 9 octobre 1806, amenait, le 2 5 du même mois, l'Empereur à Berlin, après cette victoire d'Iéna, que nous avons payée assez chèrement pour aimer à la rappeler 2.
1 . Nous ne pouvons cependant passer sous silence cette note de son Mémorandum, qui se rapporte à la campagne de 1806. « Soldats français couchés par terre examinant une carte. L'armée française achète toutes les cartes en passant à Augsbourg et à Wurtzbourg. Les officiers allemands n'en avaient que de petites et de mauvaises. » Quantum mutati ! !
2. C'est principalement sur cette campagne que portent les souvenirs de Crèvecœur; quand le théâtre de la guerre s'éloigne et se porte vers l'orient, ses notes deviennent plus rares et plus confuses. Il n'a plus évidemment à sa disposition les informations qu'Otto recevait directement du quartier général en 1806.