SUPPLICE D UN NÈGRE
les nègres. Dans le texte primitif, Crèvecœur, après quelques considérations sur la ville de Charlestown et sur les mœurs des habitants, s'étendait très longuement sur la triste situation des esclaves, sur la dureté des planteurs, et il racontait à ce. propos une scène vraiment horrible. Un nègre, coupable d'avoir tué par jalousie l'intendant d'une plantation, aurait été exposé sur un arbre, dans une sorte de cage, pour y être dévoré vivant par les vautours. L'émotion du narrateur est communicative ; il souligne, dans son indignation, tous les détails de cet effroyable supplice; aussi le récit, dans sa simplicité, est-il vraiment saisissant. Il fut en effet très remarqué'. Mais s'il excita la pitié et l'horreur des lepteurs impartiaux, les colons du Sud, toujours intolérants lorsqu'on touchait à la plaie saignante de l'esclavage, ne manquèrent pas de pousser les hauts cris; l'anecdote qui, tout horrible qu'elle fût, ne manquait malheureusement pas de vraisemblance, fut traitée de fable ridicule, et l'auteur, à qui l'on a souvent reproché de peindre l'Amérique sous des couleurs trop riantes, fut accusé cette fois d'avoir, dans des intentions hos-
I. Le Monthly Kcvicw le reproduisit dans son numéro d'octobre I 782.