février
« l'ordre présent est le désordre mis en lois ». M. Taine les a-t-il mieux repris, a-t-il plus vertement remis à leur place les ingérences de leur utopie, que ne le fait ce paragraphe des Institutions :
Il s*agit moins de rendre un peuple heureux que de lempêcher d'être malheureux. N'opprimez pas, voilà tout. Chacun saura bien trouver sa féHcité. Un peuple chez lequel serait établi le préjugé qu'il doit son bonheur à ceux qui gouvernent, ne le conserverait pas longtemps !
Est-ce bien lui, après deux miois de séances, et non Vergniaud, qui avouera : « Nous nous jugeons tous avec sévérité, je dirais même avec fureur... ? » Puisque nous parlons de Vergniaud, il lui reprochera sa métaphysique : « Il mit tout le droit public en problèmes et vous proposa une série de questions à résoudre que l'on eût mis un siècle à discuter ». Et la critique suprême, il l'a faite ; nos historiens philosophes n'ont pas autrement caractérisé leurs partis ; le ton même de l'impatience n'est pas étranger au bon sens de Saint- Just : « Quelle est donc cette superstition qui nous érige en sectes et en prophètes, et prétend faire au peuple un joug mystique de sa liberté ? »
Saint- Just a beaucoup parlé des « institutions » de la « République >> et des ^^ mœurs ».
On ne s'en cloute pas, on croit avoir tout fait quand on a une machine à gouvernement. J'entends dire à beaucoup de gens qu'ils ont fait la Révolution. Ils se trompent, elle est l'ouvrage du peuple. Mais savez-vous ce qu'il faut faire aujourd'hui et ce qui n'appartient qu'au législateur } C'est la République ^.
Pour Saint- Just les institutions et les mœurs sont même œuvre, même révolution, la seule importante et la seule durable : la révolution civile. Il ne cessera d'exiger, de définir sa révolution spirituelle. « La Terreur peut nous débarrasser de la monarchie et de l'aristocratie, mais qui nous débarrassera de la corruption ? Des institutions ^. «
Au fond que pouvaient-elles être ces institutions de Saint- Just, qu*entend-il par « miettre la Révolution dans l'état civil ? » Que veut-i! donc que Robespierre n'ait pas encore voulu ? seraitce, par hasard, « un supplément de révolution sociale ^ » ? avons-nous vraiment, en 93, un socialiste de cette importance, qui serait alors le premier