‹ Saint-JustChapitre 30 sur 60 · Lettre à Daubigny, juill · texte numérisé non relu

Lettre à Daubigny, juill

6 octobre 1786.

Interrogat^® subi par le s^ de s^ just.

Comm'"® Chenu.

Interrogatoire subi par devant nous, Gilles Pierre Chenu, Commissaire au Châtelet de Paris et Censeur Royal.

Par le S^ de S* Just, à nous amené par le S^ de S* Paul, Inspecteur de Police.

En exécution des ordres à nous adressés, à quoy nous avons procédé ainsy qu'il suit.

Du Vendredy six octobre mil sept cent quatre vingt six, neuf heures du matin.

' Premièrement enquis de ses noms, surnoms, âge, qualités, païs et demeure.

A dit, après serment par luy fait de dire vérité, et qu'il a promis de repondre cathégoriquement, se nommer Louis de Saint- Just sans qualité ny état, natif de Décize en Nivernais, âgé de dix-neuf ans, demeurant ordinairement à Blérancourt en Picardie, chés la Dame sa mère, et de présent à Paris, logé hôtel Saint-Louis, rue Fromenteau.

Interrogé pourquoy et depuis quand il a quitté la maison maternelle :

A dit qu'il a quitté la. maison de la Dame sa mère, il y a environ cinq semaines, parce qu'elle l'a envoyé à Paris.

Interrogé si en quittant la maison de la Dame sa mère il n'a point emporté une écuelle d'argent neuve marquée de la lettre T., etc., etc.

A dit qu'il a emporté lesdits objets, et qu'il ne les a plus, et qu'il les a vendus.

Interrogé à qui il les a vendus :

A dit qu'il les a fait vendre par un commissionnaire qu'il a trouvé dans un café.

Interrogé où sont ses effets, a dit qu'il n'en a point, n'en ayant point emporté avec lui.

Interrogé de quoi il vit à Paris :

A dit qu'il vit chez un traiteur auquel il a payé avec l'argent qu'il a touché de la vente des effets susdits.

Interrogé ce qu'il comptait faire après avoir dissipé ledit argent ^ :

A dit qu'il est au moment d'être placé dans les Gardes de M. le Comte d'Artois, en attendant qu'il soit assez grand pour entrer dans les Gardes du Corps.

Interrogé s'il a été présenté à cet effet :

A dit que non, mais qu'il est sur le point de l'être.

Interrogé pourquoy il n'est point retourné chez la dame sa mère :

A dit qu'il n'a pas osé.

Interrogé s'il veut croire les témoins qui ont connaissance des faits :

A dit qu'il ne peut y en avoir.

Interrogé s'il a jamais été en prison :

A dit que non.

Lecture à luy faite dudit interrogatoire et de ses réponses. 1 A dit ses réponses contenir vérité, y a persisté, et a refuser i de signer, de ce requis suivant l'ordonnance, et nous commist saire susdit avons signé en notre minute.

our copie

le commissaire

Chenu.

1. Toute cette partie de l'interrogatoire est omise par M. Hame dans son article à la Révolution française, févr. 1897.

8o SAINT-JUST

Nous voyons par les lettres du chevalier d'Evry à M. le Lieutenant de police, alors M. de Crosne, et par les bons du baron de Breteuil, secrétaire d*Etat et ministre de la maison du Roi ^, que Saint- Just est arrêté et incarcéré en vertu d*un ordre anticipé et 'provisoire du Lieutenant général de Police, que devait remplacer la lettre de cachet signée du Roi et du secrétaire d'État. C'est donc « sous le bon plaisir du ministre » que le jeune homme est conduit à la maison de la Dame Marie, maîtresse de pension à Picpus. M. de Crosne, informé « que sa mère n'était point aisée, n'ayant que le nécessaire pour vivre avec ses autres enfants», avait assuré M. d'Evry que cette maison ne serait pas plus chère que Saint-Lazare et serait aussi sûre.

Les registres de la Préfecture de Police ont été préservés de l'incendie. On lit au tome XII, page 169 :

Le sieur de Saint- Just, enfermé sur la demande de sa mère, pour s'être évadé de chez elle, en emportant une quantité assez considérable d'argenterie, et autres efïets ainsi que des deniers comptants.

1. M. Bégis donne la correspondance officielle entre MM. d'Evry, de Crosne et de Breteuil. Annuaire de la Société des amis des Livres,

LES ANTECEDENTS 8i

Ordre du 30 septembre 1786, donné par l'intermédiaire de M. le chevalier d'Evry. Dame Marie.

M. Lenôtre a retrouvé cette singulière maison de force pour fils de famille, tenue par une dame bien élevée, M^® de Sainte-Colombe ; « C'est Tétrange et bel hôtel, aujourd'hui abandonné, dont on voit encore, rue de Picpus, à l'angle du boulevard Diderot, derrière d'épaisses murailles, les hautes fenêtres à fortes grilles et les terrasses en ruine ^ . » Nous avons eu la curiosité de rechercher quelle compagnie Saint- Just y trouva. Elle n'était pas plus nombreuse que brillante. Je découvre quatre « sieurs » enfermés sur la demande de père, m.ère ou femme, l'un pour « s'être fait chasser de chez tous les marchands où on l'avait placé ». Le milieu n'est pas aristocratique.

La pension de Saint- Just y est de 800 francs, dont les quartiers sont payés par l'intermédiaire de M. d'Evry. Il avait été spécifié qu'on ne donnerait au jeune homme que « son nécessaire indispensable ». Voici, en effet, le montant de sa dépense d'après un reçu de la dame Marie.

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