Floréal an IL Mission de la Sambre
LES ANTÉCÉDENTS loi
il est possible qu'une voix plus puissante que la mienne ait parlé. Tant mieux.
Mais Lebas est vite découragé :
Nous avons beaucoup de mal et menons une vie très dure. Ma position n'est pas agréable ; les chagrins domestiques viennent se mêler aux peines inséparables de ma mission. Cela mine mon existence... Mille amitiés à Henriette. Je n'ose parler d'elle à Saint-Just, c'est un homme si singulier !
Décidément il a rompu ; mais pourquoi ? M. Hamel nous découvre une raison tellement insignifiante ^ qu'on y verrait volontiers un prétexte. Ce qui paraîtrait plus sérieux, c'est qu'à cette époque le divorce de Madame Thorin est en bonne voie et sera prononcé un mois plus tard; queSaint- Just revient d'ailleurs de Blérancourt, et qu'il n'est pas impossible de voir en cette première amie, « la jeune personne » dont parle Thuilliers « que le ciel semblait lui avoir destinée pour compagne et dont il s'était plu lui-même à former l'esprit et le cœur, loin des regards empoisonnés des habitants des villes ». Lebas écrit encore :
Je n'ai avec Saint- Just aucune conversation qui ait pour objet mes affections domestiques ou les siennes. Je suis seul
I . La jeune fille « prenait du tabac », et refusa à Saint- Just de lu' sacrifier cette habitude.
avec mon cœur. Embrasse Henriette pour moi. Schillischem me caresse beaucoup et je le lui rends bien.
Et puis :
J'ai reçu aujourd'hui, ma chère amie, une lettre d'Henriette adressée à Saint- Just et à moi. Saint- Just l'avait ouverte et lue ; il me l'a rendue sans me dire autre chose, si ce n'est qu'elle était pour moi seul. 11 y était question de Désiré, dont je lui ai dit deux mots une autre fois, qu'il a paru entendre avec beaucoup d'indifférence. Je t'ai écrit presque tous les deux jours. C'est mon seul plaisir. Ce n'est guère qu'avec toi que je peux m'expliquer ; il est si peu d'amis ! Nos affaires continuent à prendre une assez bonne tournure. J'espère sortir un peu de ma tristesse en t'annonçant de bonnes nouvelles.
Enfin :
Les affaires commencent à bien aller ici. Ecris-moi dorénavant sous le couvert du général Favereau, commandant à Maubeuge... La personne que tu sais est toujours la même.
Une pièce des archives, le procès-verbal demeuré inédit des agents envoyés chez Saint-Just après thermidor, pour l'apposition des scellés, nous apprend que depuis floréal il n'habitait plus rue Gaillon, dans l'hôtel où logeait aussi Saint- André, mais plus spacieusement? au N° 3 de la