‹ Saint-JustChapitre 37 sur 60 · Archives nationales F · texte numérisé non relu

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distribuer des aumônes au bout de courses trop longues. Thuilliers, qui de sa prison écrivait sur lui une note enthousiaste, en parle avec émotion : « Je forcerai à l'admiration ceux même qui t'auront méconnu... Je dirai quel était ton zèle à défendre les opprimés et les malheureux, quand tu faisais à pied, dans les saisons les plus rigoureuses, des marches pénibles et forcées, pour aller leur prodiguer tes soins, ton éloquence, ta fortune et ta vie. » Il est très vrai qu'il leur donna sa fortune. En 90, Blérancourt l'ayant chargé d'une pétition à l'Assemblée nationale, voici la lettre qu'il écrivit à Robespierre au lieu de faire passer la chose par les députés de son département.

Blérancourt, près Noyon, le 19 août 1790.

Vous qui soutenez la patrie chancelante contre le torrent du despotisme et de l'intrigue ; vous que je ne connais que, comme Dieu, par des merveilles, je m'adresse à vous, Monsieur, pour vous prier de vous réunir à moi pour sauver mon triste pays. La ville de Coucy s'est fait transférer (le bruit court ici) les marchés francs du bourg de Blérancourt. Pourquoi les villes engloutiraient-elles les privilèges des campagnes ! il ne restera donc plus à ces dernières que la taille et les impôts ! appuyez, s'il vous plaît, de tout votre talent une adresse que je fais par le même courrier, dans laquelle je demande la réunion de mon héritage aux domaines nationaux du canton, pour que l'on conserve à mon pays un privilège sans lequel il faut qu'il meure de faim.

Je ne vous connais pas, mais vous êtes un grand homme. Vous n'êtes point seulement le député d'une province, vous êtes celui de l'humanité et de la République. Faites, s'il vous plaît, que ma demande ne soit pas mérpisée.

signé : Saint-Just.

Electeur du département de l'Aisne.

La vie publique avait déjà commencé pour Saint-Just. Nous le trouvons de suite lieutenantcolonel de la garde nationale de Blérancourt, il fréquentait les clubs de Blérancourt, de Chauny, de Coucy, il y parlait, « il parlait admirablement ». On a de lui un précoce et premier discours prononcé le 15 avril 1790, à la réunion des électeurs de TAisne, convoquée pour décider laquelle des deux villes, de Laon et Soissons, serait mise en possession du chef-lieu de départem.ent :

Mon âge et le respect que je vous dois ne me permettent pas d'élever la voix parmi vous, mais vous m avez déjà prouvé que vous étiez indulgents... C'est sous vos yeux que j'aurai fait mes premières armes ; c'est ici que mon âme s'est trempée à la liberté, et cette liberté dont vous jouissez est encore plus jeune que moi.

Le discours continuait plem de sagesse et de tact, il n'emporta pas les suffrages, mais tous les compliments. Saint-Just que nous trouvons alors

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en correspondance avec Camille Desmoulins, qu'il a dû voir à Paris quand il s'occupait de l'impression à' Or gant — le poème est annoncé dans les Révolutions de France et de Brabant — lui parle de l'événement :

Vous avez su avant moi que le département était définitivement à Laon. Est-ce un bien, est-ce un mal pour Tune ou l'autre ville ? Il me semble que ce n'est qu'un point d'honneur entre les deux villes, et les points d'honneur sont très peu de chose, presque en tout genre. Je suis monté à la tribune ; j'ai travaillé dans le dessein de porter le jour dans la question du chef-lieu, mais je ne suivis rien ; je suis parti chargé de compliments comme l'âne de reliques, ayant cependant cette confiance, qu'à la prochaine législature je pourrai être des vôtres à l'Assemblée nationale.

Une autre lettre à Desmoulins raconte ceci :

Les paysans de mon canton étaient venus, lors de mon retour de Chauny, me chercher à Manicamp. Le comte de Lauraguais fut fort étonné de cette cérémonie rustipatriotique. Je les conduisis tous chez lui pour le visiter. On nous dit qu'il était aux champs et moi cependant je fis comme Tarquin ; j'avais une baguette avec laquelle je coupai la tête à une fougère qui se trouvait près de moi, sous les fenêtres du château, et sans mot dire, nous fimes volte-face.

Peu de temps après, nouvel épisode à la romaine, quand il jure, la main tendue sur la flamme d'un libelle qu'on brûle solennellement, « de mourir pour la patrie et l'assemblée nationale et de périr

plutôt par le feu que d'oublier ce serment ». Cette popularité si bien entretenue lui valut de conduire à Paris les fédérés de son pays. A son retour la carrière civique se poursuit. Mais l'essentiel est que les élections pour l'Assemblée législative auront lieu au mois d'août suivant. Saint- Just ne le perd pas de vue et, dans la maison de la rue aux Chouettes, sous la charmille où Ton dit qu'il écrivait tant, il prépare son manifeste électoral.

UEsprit de la Révolution et de la Constitution de France se souvient, dès le titre et dès l'épigraphe, de l'Esprit des Lois. Barère nous dit qu'il avait beaucoup lu Tacite et Montesquieu, « ces deux auteurs qui abrègent tout ». La préface de Saint- Just commence ainsi :

L'Europe marche à grands pas vers sa révolution.

Le destin qui est l'esprit de la folie et de la sagesse se fait place au travers des hommes et conduit tout à sa fin. La révolution de France n'est point le coup d'un moment ; elle a ses causes, sa suite et son terme : c'est ce que j'ai essayé de développer.

Je n'ai rien à dire de ce faible essai, je prie qu'on le juge comme si l'on n'était ni Français, ni Européen ; mais qui que vous soyiez, puissiez-vous en le lisant aimer le cœur de son auteur ; je ne demande rien davantage, et je n'ai point d'autre orgueil que celui de ma liberté.

Tant d'hommes ont parlé de cette révolution, et la

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plupart n'en ont rîen dit. Je ne sache point que quelqu'un, jusqu'ici, se soit mis en peine de chercher dans le fond de son cœur ce qu'il avait de vertu, pour connaître ce qu'il méritait de liberté.

Je ne prétends faire de procès à personne ; tout homme fait bien de penser ce qu'il pense, mais quiconque parle ou écrit, doit compte de sa vertu à la cité.

Au milieu de ces intérêts je me suis cherché moimême ; membre du souverain, j'ai voulu savoir si j'étais libre et si la législation méritait mon obéissance ; dans ce dessein, j'ai cherché le principe et l'harmonie de nos lois, et je ne dirai point comme Montesquieu que fat trouvé sans cesse de nouvelles raisons d'obéir, mais que j'en ai trouvé pour croire que je n'obéirai qu'à ma vertu.

Je suis très jeune, j'ai pu pêcher contre la politique des tyrans, blâmer des lois fameuses et des écritures reçues, mais parce que j'étais jeune il m'a semblé que j'en étais plus près de la nature.

Il ajoute encore ceci :

Je remarquerai ici toutefois que les peuples n'ont envisagé la révolution des Français que dans ses rapports avec leur change et leur commerce, et qu'ils n'ont point calculé les nouvelles forces qu'elle pouvait prendre de sa vertu.

« Chercher dans le fond de son cœur ce qu'on a de vertu... devoir compte à la cité de sa vertu... n'obéir qu'à sa vertu... )> enfin « la révolution prenant de nouvelles forces dans sa vertu... » comme la voilà déjà la révolution puritaine, le fameux

« système de la vertu ^) qui déplaira si fort aux thermidoriens, et comme l'histoire fit du symbole en donnant la victoire actuelle, matérielle à Barras sur Saint- Just !

Mais on voit déjà combien sa révolution n'est pas celle des Dantonistes, et combien il est dédaigneux pour la prise de la Bastille, le 14 juillet de Camille Desmoulins :

La Bastille est abandonnée et prise, et le despotisme qui n*est que l'illusion des esclaves périt avec elle.

Le peuple n'avait point de mœurs, mais il était vif. L'amour de la liberté fut une saillie et la faiblesse enfanta la cruauté. Je ne sache pas qu'on ait vu jamais, sinon chez les esclaves, le peuple porter la tête des plus odieux personnages au bout des lances, boire leur sang, leur arracher le cœur et le manger. La mort de quelques tyrans à Rome fut une espèce de religion. On ne songea pas au plus solide des avantages, à la fuite des troupes qui bloquaient Paris ; on se réjouit de la conquête d'une prison d'Etat. Ce qui portait l'empreinte de l'esclavage dont on était accablé, frappait plus l'imagination que ce qui menaçait la liberté qu'on n'avait pas, ce fut le triomphe de la servitude... il semblait qu'on ait pris les armes pour les lettres de cachet.

Pour peu qu'on juge sainement les choses, les révolutions de ce temps n'offrent partout qu'une guerre d'esclaves imprudents qui se battent avec leurs fers e*^ marchent enivrés.

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Ce n'est pas le style du Procureur de la Lanterne aux Parisiens. Saint- Just emploie si souvent dans cette brochure le mot de « conservation » très rare alors, pour ne pas dire inconnu, qu'un de ses historiens s'est demandé s'il n'avait pas affaire à un conservateur. La vérité est que Saint- Just se montre alors pleinement satisfait du degré atteint par la Révolution :

Il est beau de voir comment tout a coulé dans le sein de 1 état monarchique que les législateurs ont judicieusement choisi pour être la forme d'un grand gouvernement ; la démocratie constitue, l'aristocratie fait les lois ; la monarchie gouverne !

Rousseau lui-même ne lui en impose pas :

Chez Rousseau de Genève tout sublime qu'il est, la liberté n'est que l'art de l'orgueil humain.

Il avait sincèrement le goût de l'ordre, comme les hommes qui ont en eux de grandes possibilités de tyrannie. Il dit énergiquement : « Là où les pieds pensent, le bras délibère et la tête marche. »

Mais le chapitre où la curiosité se porte d'emblée est celui « de la force répressive civile » intéressant à lire avant les grands rapports de l'an II :

Malheur au gouvernement qui se défie des hommes I

LES ANTÉCÉDENTS m

Remarquez que lorsqu'un peuple emploie la force civile, il ne punit que les crimes maladroits, et la corde ne sert qu'à raffiner les fripons. Le peuple qui se gouverne par la violence l'a sans doute bien mérité. Je ne vois plus en France que des gens d'armes, que des tribunaux, que des sentinelles ; où donc sont les hommes libres ? Un tribunal pour les crimes de lèse-nation est un vertige de la liberté qui ne se peut supporter qu'un moment, quand l'enthousiasme et la licence d'une révolution sont éteints. Le supplice est un crime politique, et le jugement qui entraîne peine de mort un parricide des lois ; qu'est-ce, je le demande, qu'un gouvernement qui se joue de la corde et qui a perdu la pudeur de l'échafaud ?

Mais Saint- Just ne fut pas élu par la raison qu'on le raya même des citoyens actifs. Cela ne se passa pas du gré de ses compatriotes ; il eut pour lui une sédition, et il fallait qu'on redoutât bien le député dans le citoyen actif pour qu'on s'acharnât comme on le fit à cette radiation. Ce qui n'empêcha pas d'ailleurs quelques voix obstinées de se porter sur lui quand on nomma les députés.

Ce glorieux échec lui fut sans consolation. On ne prévoyait pas d'autre législature ; c'était l'avenir qui s'en allait. Jusqu'ici il avait toujours monté, avait tout réussi au delà de son attente, et maintenant il lui restait une chose : se faire clerc dans

Tétude de M® Thorin. Les destins se le ménageaient et rheure n'était pas assez terrible pour l'entrée en scène de Saint- Just.

Il vit alors dans sa famille; une lettre à son beau-frère nous le découvre sous le jour d'un parent fort aimable. Nous la citons pour la rareté des lettres de Saint- Just :

J'ignorais, mon cher frère, que l'indisposition de notre sœur eût eu des suites ; maman nous avait dit l'avoir laissée tout à fait de retour à la santé. Prenez garde que les eaux et l'air cru de nos montagnes ne soient la cause de son mal. Je vous conseille de lui faire prendre beaucoup de lait, et de ne lui point faire boire d'eau.

Je ne puis vous promettre précisément quand je pourrai aller vous voir. Je suis accablé d'affaires, et voici des jours bien humides et bien courts. Cependant, d'ici à Noël, j'aurai le plaisir de vous embrasser tous les deux. Si vous vous aperceviez que l'air incommodât votre femme, envoyez-nous-la quelque temps ; elle ne doute point de l'amitié tendre avec laquelle elle sera toujours reçue de nous. J'espère que son mariage ne nous aura point séparés et que nous n'oublierons ni les uns, ni les autres, les sentiments qui nous doivent unir. Ecrivez-nous, l'un et l'autre, de temps en temps, et surtout ne nous laissez point ignorer, d'ici au moment oii je partirai pour vous aller voir, quelles seront les suites de la maladie de ma sœur. Il me tarde de l'avoir vue pour me rassurer. Egayez votre jeune mariée, et, surtout, veillez qu'elle n'éprouve aucun chagrin domestique de la nature de ceux qu'elle n'oserait point vous confier. L'idée que j'ai conçue de votre famille me fait croire qu'ils aimeront tendrement cette nouvelle sœur et cette nouvelle fille. Rendez-la souveraine après vous,

mais souveraine débonnaire, c'est ainsi que je l'entends. Vous êtes fait pour lui tenir lieu de tout au monde, mais l'amour ne console point l'amour-propre, et l'amour-propre d'une femme, vous le connaissez. Elle vous rendra heureux, je l'espère et j'en suis convaincu. Je n'épouserais point ses torts à votre égard : vous m'êtes également chers l'un et l'autre, et dans toutes les circonstances, je vous montrerai le cœur d'un frère et d'un bon ami.

Adieu. Embrassez votre chère épouse, embrassez-la même de temps en temps, pour m.oi, afin qu'elle se souvienne que je l'aime et qu'elle vous le rende.

Je suis votre frère et votre serviteur.

A Blérancourt ce 9 décembre 1 79 1 .

P.-S. Je vous prie de présenter mon respect à Madame Hannotier et à M. le curé, et à votre famille que j'aime comme la mienne.

On vous embrasse ici et l'on se porte bien.

Mais derrière cette sollicitude affectueuse d*un chef de famille un peu despote, il y a ce que Saint- Just ne dit pas à M. Adrien Bayard, le juge de paix. Il y a « cette fièvre républicaine qui le dévore et le consume », Tanxiété de n'être pas à Paris quand Desmoulins, quand les autres y sont. Cette volonté magnifique dont on lui saura gré aux frontières, l'habile intelligence des grands rapports et des discours spéciaux, l'activité en puissance d'un membre supérieur du Comité de

Salut public, il faut que tout cela vive à Blérancourt, ou mieux à Soissons, dans une étude de procureur. On a jugé qu'il perdit la tête quand on découvrit cette lettre enragée. Il y a toutefois une circonstance atténuante, c'est qu'on la retrouve dans ses papiers, il ne l'a jamais envoyée :

Je vous prie, mon cher ami, de venir à la fête ; je vous en conjure ; mais ne vous oubliez pas toutefois dans votre municipalité. J'ai proclamé ici le destin que je vous prédis : vous serez un jour un grand homme de la République. Pour moi, depuis que je suis ici, je suis remué d'une fièvre républicaine qui me dévore et me consume. J'envoie par le même courrier, à votre frère, ma deuxième lettre. Procurez-vous-la dès qu'elle sera prête. Donnez-en à MM. de Lameth et Barnave ; j'y parle d'eux. Vous m'y trouverez grand quelquefois. Il est malheureux que je ne puisse rester à Paris, je me sens de quoi surnager dans le siècle : compagnons de gloire et de liberté, prêchez-la dans vos sections ; que le péril vous enflamme. Allez voir Desmoulins, em.brassez-le pour moi, et dites-lui qu'il ne me leverra jamais, que j'estime son patriotisme, mais que je le méprise, lui, parce que j'ai pénétré son âme, et qu'il craint que je ne le trahisse. Dites-lui qu'il n'abandonne pas la bonne cause et recommandez-le-lui, car il n'a point encore l'audace d'une vertu magnanime. Adieu, je suis au-dessus du malheur. Je supporterai tout ; mais je dirai la vérité. Vous êtes tous des lâches qui ne m'avez point apprécié. Ma palme s'élèvera pourtant, et vous obscurcira peut-être. Iniâmes que vous êtes, je suis un fourbe, un scélérat, parce que je n'ai pas d'argent à vous donner. Arrachez-moi le cœur et mangez-le ; vous deviendrez ce que vous n'êtes point : grands ! J'ai donné à Clé un mot pour lequel je vous prie de ne lui point

remettre d'exemplaire de ma lettre. Je vous le défends très expressément, et si vous le faisiez, je le regarderais comme le trait d'un ennemi. Je suis craint de 'l'administration, et tant que je n'aurai point un sort qui me mette à l'abri de mon pays, j'ai tout ici à ménager. Il suffit ; j'espère que Clé reviendra les mains vides, ou je ne vous le pardonnerai pas. 0 Dieu ! faut-il que Brutus languisse oublié loin de Rome ! Mon parti est pris cependant : si Brutus ne tue point les autres, il se tuera lui-même. Adieu, venez.

20 juillet 1792.

à M' Daubigny, rue Montpensier, N° 60, à Paris.

Ce défi à la mort est entendu. Le 2 septembre 1792, pendant qu'on massacre à Paris dans les prisons, les opérations commencent à Soissons pour les élections à la Convention nationale ; Saint-Just est secrétaire d'âge au bureau provisoire. Le 4, les bureaux définitifs étant constitués, il préside encore le premier bureau. Saint-Just et Condorcet ne passèrent qu'au second tour. Saint-Just a 349 voix sur 680 votants ; son élection a lieu « aux applaudissements unanimes ». « M. le président lui a dit deux mots sur ses vertus qui ont devancé son âge. M. Saint-Just a répondu en marquant à l'assemblée toute sa sensibilité et la plus grande modestie ; il a en outre prêté le serment de maintenir la liberté et l'égalité et

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le son des cloches a annoncé sa nomination. » Un billet très court à son beau-frère ne s*étend pas sur les émotions qu'il dut ressentir :

Frère, je vous annonce que j'ai été nommé, lundi dernier, député à la Convention, par l'assemblée électorale du dépar* tement de l'Aisne. Faites-moi le plaisir de me mander dans le courant de la semaine, si je puis disposer, pour une quinzaine, de votre logement, en attendant que j'en ai trouvé un Dans le cas où cela se pourrait, donnez-moi une lettre pour le concierge.

Donnez-moi des nouvelles de votre épouse ; envoyez-la moi, si vous voulez, quand je serai installé.

Je vous embrasse tous les deux de tout mon cœur.

Soissons, ce 9 septembre 1 792.

P.-S. — Je pars lundi prochain.

Votre frère et ami,

Vous avez regardé l'ambition des héros comme une passion commune et vous n avez fait cas que de l'ambition qui raisonne.

Qui dirait qu'un héroïsme de principe ait été plus funeste qu'un héroïsme d'impétuosité ?

Montesquieu.

J'entreprends, Citoyens, de prouver que le roi peut être jugé ; que l'opinion de Morisson qui conserve l'inviolabilité, et celle du Comité, qui veut qu'on le juge en citoyen, sont également fausses; et que le roi doit être jugé dans les principes qui ne tiennent ni de l'une ni de l'autre.

L'unique but du Comité fut de vous persuader que le roi devait être jugé en simple citoyen ; et moi, je dis que le roi doit être jugé en ennemi, que nous avons moins à le juger qu'à le combattre et que, n'étant pour rien dans le contrat qui unit les Français, les formes de la procédure ne sont point dans la loi civile, mais dans la loi du droit des gens...

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On s*étonnera un jour qu'au XVIII^ siècle on ait été moins avancé que du temps de César : là le tyran fut immolé en plein Sénat, sans autre formalité que vingttrois coups de poignard, et sans autre loi que la liberté de Rome,..

Les mêmes hommes qui vont juger Louis ont une République à fonder : ceux qui attachent quelque importance au juste châtiment d'un roi ne fonderont jamais une République. Parmi nous la finesse des esprits et des caractères est un grand obstacle à la liberté.

Il est telle âme généreuse qui dirait dans un autre temps que le procès doit être fait à un roi, non point pour les crimes de son administration, mais pour celui d'avoir été roi, car rien au monde ne peut légitimer cette usurpation ; et de quelque illusion, de quelques conventions que la royauté s'enveloppe, elle est un crime éternel contre lequel tout homme a le droit de s'élever et de s'armer ; elle est un de ces attentats que l'aveuglement même de tout un peuple ne saurait justifier ; ce peuple est criminel envers la nature par l'exemple qu'il a donné, et tous les hommes tiennent d'elle la mission secrète d'exterminer la domination en tout pays.

On n*a vu que de la rage dans ce discours, très réfléchi cependant :

Pour moi, je ne vois point de milieu ; cet homme doit régner ou mourir. Il vous prouvera que tout ce qu'il a fait, il l'a fait pour soutenir le dépôt qui lui était confié ; car, en engageant avec lui cette discussion, vous ne lui pouvez demander compte de sa malignité cachée ; il

vous perdra dans le cercle vicieux que vous tracez vousmême pour l'accuser.

Pour Saint- Just il s'agit avant tout de violer une première loi de majesté :

D'abord, après avoir reconnu qu'il n'était point inviolable pour le souverain, et ensuite lorsque ses crimes sont partout écrits avec le sang du peuple, lorsque le sang de ses défenseurs a ruisselé, pour ainsi dire, jusqu'à vos pieds, et jusqu à cette image de Brutus, quon ne respecte pas le roi !

Mais quinze jours après, le voici qui remonte à la tribune. Il a demandé la parole sur les subsistances et débute ainsi :

Je ne suis point de l'avis du comité ; je n'aime point les lois violentes sur le commerce. On peut dire au peuple ce que disait un soldat carthaginois à Annibal : « Vous savez vaincre, mais vous ne savez pas profiter de la victoire. »

Tant de maux viennent à un désordre profondément compliqué : Il en faut chercher la source dans le mauvais système de notre économie. On demande une loi sur les subsistances ! Une loi positive là-dessus ne sera jamais sage. L'abondance est le fruit d'une bonne administration : or la nôtre est mauvaise. Il faut qu'une bouche sincère mette aujourd'hui la vérité dans tout son jour.

Un peuple qui n'est pas heureux n'a point de patrie, il n'aime rien ; et si vous voulez fonder une République,

vous devez vous occuper de tirer le peuple d*un état d'incertitude et de misère qui le corrompt. Si vous voulez une République, faites en sorte que le peuple ait le courage d'être vertueux ; on n'a point de vertus politiques sans orgueil ; on n'a point d'orgueil dans la détresse. En vain demandez-vous de l'ordre, c'est à vous de le produire par le génie des bonnes lois ^.

Ce député presque mineur, ce secrétaire d*âge va continuer sur ce ton, et on Técoutera, et le Moniteur observera que « cette opinion est fréquemment interrompue par des applaudissements », rassemblée en votera Timpression à Tunanimité et Brissot même, dans son numéro du lendemain, fera l'éloge du discours. Il leur avait dit :

La guerre a détruit les troupeaux ; le partage et le défrichement des communes achèvera leur ruine, et nous n'aurons bientôt ni cuirs, ni viandes, ni toisons... Il y a trente ans la viande coûtait quatre sous la livre, le drap dix livres, les souliers cinquante sous... Si je ne me trompe, ce qui vaut aujourd'hui un écu, en supposant que nous ne changions pas de systèmes, vaudra dix livre dans dixhuit mois. Il sera fabriqué environ pour deux cents millions d'espèces ; le signe représentatif de tous les biens des émigrés sera en émission ; on remplacera l'arriéré des impôts par des émissions d'assignats, et le capital

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