‹ Saint-JustChapitre 46 sur 60 · Vieux Cordelier · texte numérisé non relu

Vieux Cordelier

l'état malheureux des affaires et Timportance des opérations ne compensent à Saint- Just l'effort de quitter Paris. Il revient comme la foudre et part avec toutes les lenteurs. Excepté cependant à la veille de Fleurus où, rappelé de tout le Comité, il se fait attendre, mais pour fondre sur eux après le pensum de sa victoire et ne les plus quitter jusqu'à thermidor. Il a senti le danger de ces absences et, dans cette partie fort belle de sa vie, il faut lui savoir gré de s'être compromis plus qu'un autre.

Les missions de Saint- Just sont bien connues. Celle de l'Alsace aboutit à Wissembourg et Landau, la mission de la Sambre à Charleroi et Fleurus. Devant 1 immense résultat on n'ose le rapporter à un homme et pourtant, chaque fois, c'est à l'arrivée de Saint- Just que tout change, tout passe du désarroi honteux au succès décisif :

Quand nous arrivâmes, écrit Saint- Just aux Jacobins de Strasbourg qui ne lui pardonnèrent jamais ses mesures, larmée semblait désespérée, elle était sans vivres, sans vêtements, sans discipline, sans chefs ; il ne régnait dans la ville aucune police ; le pauvre peuple y gémissait sous le joug des riches dont l'aristocratie et l'opulence avaient fait son malheur en dépréciant la monnaie nationale et en disputant à l'enchère les denrées à l'homme indigent.

Les portes de la ville se fermaient tard, les spectacles, les lieux de débauche, les rues de la ville étaient pleines d'officiers ; les campagnes étaient couvertes de soldats vagabonds.

Nous bannissons au nom du salut public les autorités constituées ; nous imposons les riches pour faire baisser les denrées... Nous prenons diverses mesures de police ; le peuple rentre dans ses droits ,• l'indigent est soulagé ; l'armée est vêtue, elle est nourrie, ^lle est renforcée ; l'aristocratie se tait ; l'or et le papier sont au pair...

Ce n'était pas « un étourdi de vingt-six ans ^ » qu'ils envoyaient ainsi en désespoir de cause, et ce ne fut pas au moyen de sa seule « suffisance » que Saint-Just investi de pouvoirs extraordinaires sur deux armées et cinq départements sut tenir en respect dix collègues et deux états-majors. Il s'est toujours inquiété des armées. Dès son arrivée à la Convention, dès les premiers discours ^, on le trouve renseigné comme s'il prévoyait déjà ses missions. Hérédité paternelle, option réfléchie de la plus actuelle besogne ? C'est à ses papiers, au carnet rouge trouvé par Barère dans son bureau du Comité que nous devons les rectifications, les renseignements authentiques sur les forces de la France en 93. Ce carnet ne contient que des

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