‹ Saint Justin et les apologistes du second siècleChapitre 220 sur 257 · Cf. TuRMEL, op. cit. p · texte numérisé non relu

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CHAPlTRi: VIII

LE PL:1 IM.K Di: DIKl

Groupés dans la profession dune même foi et la pratique des mêmes sacrements, inspirés par un niômo idéiU de perfection, unis par la plus éti'oite charité, les chrétiens ne peuvent que former dans le monde un tout à part et, pour tout dire en un mot, une véritable société. La communauté chrétienne est un fait primordial et qui frappa de bonne heure les yeux même des adversaires. Mais encore cet organisme cache une réalité plus profonde. Là où le regard indifférent du profane ne voit que le groupement extériiîur des fidèles du Christ, le croyant découvre la société idéale des âmes qui connaissent et servent Dieu, et que Dieu, en retour, comble, dès ici-bas, d'incomparables bienfaits. Le Christianisme est une Eglise; et cette Eglise, pour employer les expressions techniques de la théologie moderne, a un corps et une àmé. Du corps de l'Eglise, nos Apologistes nont que peu ou pas parlé; ils ont en revanche décrit davantage son âme. Ici comme toujours, saint Justin sera nôtre principale source. S'il offre peu de documents à l'historien sur l'organisation ecclésiastique de son temps, il réserve au théologien de précieuses indications sur le rôle spirituel de l'Eglise, ses qualités et ses privilèaies.

Déjà pour l'apôtre saint Paul, l'unité de foi et d'espérance a pour effet de créer entre les chrétiens, un

véritable lien social (1). Cette idée, qui fut la grande force du Christianisme primitif, a été aussi retenue par les Apologistes. Avec sa précision rigoureuse, Tertullien disait aux magistrats romains :

« Nous formons mi corps par la religion qui nous est commune, par la discipline qui " nous vipit, par l'espérance qui nous sert de pacte. (Corpus sumus de conscientia religionis et disciplinae unitate et spei foedere) (2). »

Sous une forme moins juridique, Justin exprime le même sentiment.

« Ceux qui croient dans le Christ forment une seule âme, une seule association, une seule Eglise. C'est pourquoi le Verbe de Dieu parle comme à une « fille » (Cf. Ps. xliv, 11-12) à l'Eglise qui est issue de lui et qui porte son nom; car nous nous appelons tous chrétiens (3). »

Plus que cela, l'Eglise est comme une continuation morale de la personnalité de Jésus : Justin la représente comme la robe du Sauveur, qu'il a lavée dans son sang (4). Ailleurs, reprenant la métaphore bien connue de saint Paul, il fait de l'Eglise l'épouse du Christ.

« Les noces de Jacob signifiaient la conduite future du Christ. Car il n'était pas permis à Jacob d'épouser à la fois deux sœurs. Cependant il

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