IV AVANT-PROPOS
ouvrière d'erreurs, et toute philosophie comme une inspiration de l'esprit mauvais. L'Église d'Orient, bien moins exclusive, est en même temps plus tolérante pour la science humaine. Les Pères et les docteurs du Ile siècle ne pensent pas abaisser le christianisme en l’appelant une philosophie nouvelle. Aussi est-ce en Orient que l’Église a le plus de vitalité et se développe avec le plus d'énergie. C’est là que les enseignements du maître et des apôtres sont, dès le commencement, interprétés avec le plus de liberté et de hardiesse; c’est là aussi que les premières hérésies apparaissent. Ménandre, Cérinthe, Carpocrate, Saturnin, Basilide, Marcion, toutes les sectes du gnosticisme, qui essaient d’absorber la religion nouvelle et constituent pour elle un danger plus sérieux que les édits des empereurs et les violences de la persécution, sont le produit naturel du mouvement philosophique qui a son foyer en Orient.
Notre dessein n’est pas de nous engager dans la longue et ténébreuse polémique que suscita au Ile siècle l’apparition des sectes gnostiques. Nous voulons uniquement étudier dans le premier apolo-
AVANT-PROPOS. Y giste chrétien dont les œuvres soient venues jusqu’à nous la nature des accusations que la société païenne élevait à cette époque contre le christianisme, la manière dont la religion nouvelle se défend et le caractère singulier de rapprochement, je dirai presque de sympathique alliance, que la doctrine chrétienne revêt vis-à-vis de la philosophie profane.
Cet apologiste est saint Justin, philosophe et
martyr.