VIII AVANT-PROPOS
ont été attribués faussement à saint Justin. On trouvera plus loin (p. xi) les deux listes, avec Tindication des trois grands ouvrages authentiques, unanimement reconnus et sur lesquels seuls on peut s'appuyer. Même ainsi réduite d'un consentement général, Toeuvre de Justin est encore considérable. Son importance n'est pas douteuse. Placé entre les Pères apostoliques et les grands controversistes de la fin du second siècle, saint Irénée, TertuUien, saint Hippolyte, Justin est, sinon le premier par la date, du moins à la tête des apologistes grecs. Sa sincérité, sa confiance dans la force de la vérité, l'ont poussé à lever le voile des réunions liturgiques chrétiennes. Comme controversiste avec les Juifs, il occupe aussi un rang à part. Enfin, le premier, il a adressé à la raison humaine un sympathique appel.
L'accord cesse lorsqu'il s'agit d'apprécier la valeur intellectuelle de saint Justin. Son style est négligé et sa composition embarrassée; ce sont choses dont il ne se souciait guère. Mais son esprit est-il aussi médiocre qu'on l'a dit tout récemment? La parfaite exactitude de ses renseignements sur le judaïsme suffirait à prouver le contraire. Depuis longtemps on agite la ques-
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tion rie savoir si Justin est un philosophe teinté de christianisme ou un franc chrétien qui a mis sa philosophie au service de sa foi. La seconde alternative est incontestablement la vraie. Si donc Justin s'est quelquefois trompé, comme il faut le reconnaître, ce n'est pas par suffisance philosophique, ou par manque de docilité aux enseignements de l'Eglise, Je crois pouvoir ajouter que ces erreurs ne sont point une conséquence de sa philosopliie, mais le résultat d'une exégèse encore inexpérimentée. Son opinion sur le millénarisme vient de l'interprétation trop littérale des anciens prophètes et de l'Apocalypse. S'il a paru assez souvent subordonner le Fils au Père, c'est sous l'influence d'un texte biblique mal traduit en grec, et d'une théorie exégétique peu sûre à propos des apparitions de l'Ancien Testament. Tout a été dit sur saint Justin, et l'on voudra bien ne pas chercher ici des vues nouvelles, sauf peut-être ce qui vient d'être dit sur l'exégèse du saint martyr. Je n'ai point entrepris de dresser une bibliographie ; la liste qui suit est celle des auteurs auxquels je dois le plus. Je tiens en particulier à signaler les services que m'ont rendus les traductions de MM. Pautigny et Archambault,